Les États-Unis ont fourni un soutien en matière de renseignement au Mexique pour éliminer son plus célèbre baron de la drogue, « El Mencho ».
Les forces armées mexicaines ont récemment mené un raid d'envergure et tué Nemesio « El Mencho » Oseguera, chef du tristement célèbre cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG). Cette opération constitue l'un des plus grands revers infligés au cartel mondial de la drogue ces dernières années, mais elle a également déclenché une vague de violentes représailles à travers le Mexique.

Le raid de Tapalpa
Le 22 février, le ministère mexicain de la Défense a officiellement confirmé la mort de Nemesio Oseguera Cervantes (surnommé « El Mencho », âgé d'environ 60 ans) lors d'une opération des forces spéciales. Les violents combats ont eu lieu dans la ville de Tapalpa, située sur la côte Pacifique de l'État de Jalisco, dans l'ouest du pays.
D'après les rapports militaires, « El Mencho » a été grièvement blessé lors de la fusillade et est décédé pendant son transport par hélicoptère militaire vers Mexico. La dépouille du baron de la drogue a ensuite été ramenée dans la capitale sous forte escorte de la Garde nationale.
L'opération visant à capturer « El Mencho » s'est heurtée à une forte résistance de la part des gardes. L'armée mexicaine a confirmé la mort de six suspects appartenant au gang du CJNG et les blessures de trois soldats. Les autorités ont arrêté deux suspects et saisi un important arsenal d'armes lourdes, comprenant plusieurs véhicules blindés artisanaux et des lance-grenades capables d'abattre des avions et de détruire des véhicules blindés.
Il convient de noter que cette opération a nécessité une étroite coordination des services de renseignement américains. La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a confirmé que Washington avait « fourni un soutien en matière de renseignement » et a remercié l'armée mexicaine pour sa coopération et le succès de l'opération. L'ambassade du Mexique aux États-Unis a également ajouté que, outre le travail essentiel des services de renseignement militaire mexicains, les informations complémentaires fournies par les États-Unis avaient joué un rôle crucial dans le cadre de la coopération bilatérale en matière de sécurité.
Une vague de violence en représailles.
Immédiatement après l'annonce de la mort d'« El Mencho », des membres du CJNG ont lancé une vague de représailles de grande ampleur, paralysant de nombreuses régions du Mexique. Des hommes armés ont incendié des dizaines de véhicules et érigé des barricades pour bloquer plus de 20 axes routiers majeurs, principalement dans l'État de Jalisco, mais aussi dans les États voisins comme le Michoacán, le Guerrero, le Tamaulipas et le Nuevo León.
À Guadalajara, capitale de l'État de Jalisco et l'une des plus grandes villes du Mexique, les rues sont désertes. Magasins, pharmacies et stations-service sont tous fermés.
Maria Medina, employée d'une station-service, a raconté, sous le choc, à l'AFP : « Des hommes armés sont apparus et ont ordonné à tout le monde de sortir avant d'y mettre le feu. »
Le chaos a également transformé la ville touristique populaire de Puerto Vallarta en une « zone de guerre », comme l'ont décrit de nombreux touristes sur les réseaux sociaux, avec d'épaisses colonnes de fumée noire s'élevant dans les airs.
Les principales compagnies aériennes américaines et canadiennes, telles qu'Air Canada, United Airlines, American Airlines et Southwest, ont été contraintes de suspendre des dizaines de vols vers des destinations comme Puerto Vallarta, Guadalajara et Manzanillo.
Face à l'escalade des tensions sécuritaires, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a lancé un appel au calme, affirmant que le gouvernement fédéral collaborait étroitement avec les autorités des États pour maîtriser la situation. Le gouvernement a autorisé au moins huit États à suspendre les cours en présentiel, tandis que le système judiciaire a permis la fermeture des tribunaux dans les zones à haut risque.
L’État de Jalisco a également annoncé l’annulation de tous les grands rassemblements, y compris les matchs de football, alors même qu’il doit accueillir quatre matchs de la Coupe du monde l’été prochain.

Profil du gang CJNG
Nemesio Oseguera Cervantes était un ancien policier avant de se tourner vers le crime. Depuis sa création en 2009, le gang Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), dirigé par « El Mencho », a connu une ascension fulgurante, devenant l'une des organisations criminelles les plus violentes et sophistiquées au monde.
Selon le ministère américain de la Justice, CJNG n'est pas seulement un fournisseur majeur de cocaïne et d'héroïne sur le marché américain, mais aussi un centre de production de drogues synthétiques, notamment de l'opioïde synthétique fentanyl – une drogue qui provoque une grave crise de santé publique aux États-Unis.
D'après les médias, le CJNG est tristement célèbre pour ses méthodes brutales, telles que le travail forcé et la conscription forcée. Il est également pionnier dans l'utilisation de drones chargés d'explosifs pour attaquer des civils et les forces de sécurité dans des zones reculées. Le réseau a diversifié ses activités, passant du trafic de drogue au vol de carburant, à l'extorsion, à la traite des êtres humains et aux crimes financiers complexes. Le gouvernement américain a offert une récompense pouvant atteindre 15 millions de dollars pour la capture d'« El Mencho » et a inscrit le CJNG sur sa liste des organisations terroristes internationales.
Impact et réactions internationales
La mort d’« El Mencho » est considérée comme le coup le plus puissant porté par le gouvernement mexicain depuis l’arrestation des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquin « El Chapo » Guzman et Ismael « El Mayo » Zambada.
Cet événement s'est déroulé dans un contexte de fortes pressions diplomatiques exercées par Washington sur la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum. Depuis son entrée en fonction pour un second mandat, le président américain Donald Trump a exigé à plusieurs reprises que le Mexique prenne des mesures plus fermes pour endiguer le trafic de drogue, notamment de fentanyl.
Le secrétaire d'État adjoint américain Christopher Landau, ancien ambassadeur des États-Unis au Mexique, a salué l'opération, qualifiant « El Mencho » de l'un des chefs mafieux « les plus sanguinaires et impitoyables ».
Du côté mexicain, le président Sheinbaum s'est engagé à poursuivre le renforcement de la coopération avec les États-Unis dans la lutte contre la criminalité transnationale, tout en réaffirmant fermement la position du pays sur la protection de la souveraineté nationale et en mettant en garde contre toute action militaire unilatérale de pays étrangers sur le territoire mexicain.
Dans la région, le Guatemala a immédiatement renforcé la sécurité aux points stratégiques de sa frontière avec le Mexique afin d'empêcher l'infiltration de groupes criminels résiduels. Des pays comme les États-Unis, le Canada et l'Allemagne ont également émis des avertissements de voyage urgents, conseillant à leurs ressortissants au Mexique de se mettre à l'abri.
Des experts en sécurité mettent en garde contre un possible nouveau cycle de violence au Mexique. Carlos Olivo, ancien agent de la DEA (Drug Enforcement Administration), a déclaré : « Des conflits sanglants entre factions rivales pour le pouvoir sont inévitables, et ces flambées de violence pourraient se prolonger pendant des années. »


