Russie et Ukraine : un avenir incertain ?
(Baonghean) – Près de deux ans et demi après l’annexion de la Crimée par la Russie début 2014, les relations russo-ukrainiennes sont de nouveau mises à rude épreuve. Certains observateurs estiment même que ce conflit pourrait mener les deux pays au bord de la guerre. Quelle est l’origine de ces tensions ? Quel avenir pour les relations russo-ukrainiennes ?
Accusations réciproques
Les tensions ont débuté le 10 août lorsque le Service fédéral de sécurité russe (FSB) a annoncé avoir déjoué une série d'attentats terroristes en Crimée. La Russie a accusé les services de renseignement militaire ukrainiens d'avoir planifié ces attaques.
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| L'administration du président russe Vladimir Poutine envisage la possibilité de rompre les relations diplomatiques avec l'Ukraine. Photo : Sputnik. |
D'après les informations disponibles, un officier a été tué dans la nuit du 6 août lors d'affrontements avec des émeutiers. Le 8 août, un autre soldat a été tué en repoussant deux attaques menées par une unité spéciale que la Russie accuse également d'avoir été envoyée par le ministère ukrainien de la Défense pour infiltrer la Crimée. La Russie affirme que ces attaques visaient à déstabiliser la situation politique et sociale en Crimée à l'approche des élections locales et fédérales russes.
Le communiqué russe indiquait également que les autorités avaient arrêté un officier du renseignement militaire ukrainien et un groupe de civils soupçonnés d'être des espions ukrainiens planifiant des attentats terroristes en Crimée.
Bien entendu, l'Ukraine a immédiatement rejeté les accusations de la Russie. Le Conseil national de sécurité et de défense ukrainien a affirmé que les allégations russes étaient « fabriquées de toutes pièces et mensongères ».
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| Des soldats russes dans une base militaire près de la frontière ukrainienne. |
De son côté, le ministère ukrainien de la Défense affirme qu'il ne s'agit que d'un prétexte pour la Russie de redéployer ses opérations militaires et de menacer Kiev. Non seulement l'Ukraine, mais aussi le département d'État américain ont mis en doute les accusations de la Russie contre l'Ukraine, tout en réaffirmant l'opposition de Washington à l'annexion de la Crimée par la Russie.
Par ailleurs, le 11 août, le président ukrainien Porochenko a placé l'armée en état d'alerte maximale, se préparant à des combats le long de la frontière avec la Crimée et la région du Donbass. Il a également annoncé que les exercices militaires prévus se dérouleraient comme prévu dans le sud du pays.
En réponse aux actions de l'Ukraine, le Kremlin a également publié un communiqué le même jour indiquant que le président Vladimir Poutine avait tenu une réunion d'urgence pour discuter de mesures supplémentaires visant à assurer la sécurité de la population et des infrastructures essentielles dans la péninsule de Crimée.
Par ailleurs, le ministère russe de la Défense a annoncé que la flotte russe de la mer Noire, actuellement stationnée en Crimée, menait également des exercices dans la région en prévision de tentatives de sabotage. Cet exercice de trois jours a mobilisé plus de 19 navires de guerre et hélicoptères, et comprenait des opérations antiterroristes, de déminage et de recherche et sauvetage en mer. Pour justifier ces actions, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que l'Ukraine choisissait le terrorisme plutôt que la paix.
Vieilles fissures – nouvelles tensions
Il y a plus de deux ans, les relations entre la Russie et l'Ukraine se sont tendues suite à l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Le vote des Criméens – un territoire autrefois ukrainien – en faveur du rattachement à la Russie a incité le gouvernement de Kiev à réagir. Depuis cet épisode, les relations russo-ukrainiennes, ainsi qu'entre la Russie et l'Occident, se sont considérablement dégradées, marquées par une série de sanctions réciproques.
De plus, les accusations réciproques entre les deux parties concernant l'implication de l'Ukraine avec les forces séparatistes dans l'est du pays et son rôle de tremplin pour le déplacement de l'OTAN vers l'Europe ont encore tendu les relations.
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| En réponse aux accusations russes, le président ukrainien Petro Porochenko a ordonné le placement des militaires stationnés près de la Crimée et du Donbass en état d'alerte maximale. Photo : AFP. |
L'Ukraine devient peu à peu un champ de bataille entre la Russie et l'OTAN, les deux camps menant des manœuvres militaires et transportant des armes lourdes et du matériel militaire le long de leurs frontières respectives. Sur le plan diplomatique, début août, l'Ukraine a rejeté la candidature de Mikhaïl Babitch au poste d'ambassadeur de Russie à Kiev, sans fournir de justification.
Compte tenu des relations déjà tendues, l'ordre donné le 11 août par le président ukrainien Porochenko de placer l'armée en état d'alerte maximale a déclenché un conflit de longue date.
Commentant la décision de Porochenko, les analystes suggèrent qu'il pourrait s'agir également d'un message adressé aux présidents russe et turc suite à leurs récentes visites réciproques. Si Poutine se montre inflexible envers l'Ukraine, il est néanmoins disposé à accepter des excuses du président turc Erdogan pour la destruction par l'armée de l'air turque d'un bombardier russe Su-24 près de la frontière syrienne en novembre dernier.
Il convient également de rappeler que la Turquie fait partie de l'alliance Ukraine-Turquie-Géorgie-Azerbaïdjan, formée pour contrer la Russie. Ce « favoritisme délibéré » de la part de la Russie a encore davantage irrité l'Ukraine.
Un autre facteur qui a irrité le gouvernement ukrainien est la détermination du président Poutine à poursuivre la construction du pont historique sur le détroit de Kertch, reliant la péninsule de Crimée à la Russie continentale.
Selon l'Ukraine, cette initiative vise à mettre fin à la dépendance de la Crimée envers le pays. Le pont devrait ouvrir ses portes d'ici la fin de l'année 2019 et, une fois achevé, il sera le plus long pont maritime de la Fédération de Russie.
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| L'attaque contre la Crimée, dont la Russie accuse l'Ukraine d'être à l'origine, a ravivé les tensions entre les deux pays. Photo : AP |
Parallèlement, les mécanismes de dialogue conjoints impliquant l'Ukraine et la Russie restent au point mort. Par exemple, le Groupe de contact sur l'Ukraine (composé de représentants des séparatistes ukrainiens, de la Russie et de l'OSCE) et le groupe des « Quatre de Normandie » (Ukraine, Allemagne, France et Russie), qui visaient à instaurer un processus politique pour le conflit dans l'est de l'Ukraine, n'ont enregistré aucun progrès significatif.
Compte tenu de l'évolution actuelle de la situation, une désescalade rapide des relations russo-ukrainiennes est peu probable. Dernièrement, la Russie envisage de rompre ses relations diplomatiques avec l'Ukraine. Parallèlement, elle songe également à fermer son ambassade à Kiev et à rappeler tout son personnel diplomatique. Si cela se produit, le fossé entre la Russie et l'Ukraine se creusera davantage. Certains experts prévoient même des affrontements armés dans les prochains jours. Bien entendu, si ce scénario catastrophe se réalise, ses conséquences seront sans aucun doute incommensurables, tant pour les relations bilatérales que pour la sécurité de toute la région.
Phuong Hoa
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