Le ministre japonais des Affaires étrangères se rend en Russie : Nous avons encore besoin les uns des autres.
(Baonghean) – Le ministre japonais des Affaires étrangères, Fumio Kishida, effectue une visite de quatre jours en Russie afin de discuter du différend territorial entre les deux pays et de préparer la visite prochaine du président russe Vladimir Poutine. Malgré des désaccords de longue date sur la souveraineté territoriale, le dialogue entre le Japon et la Russie se poursuit. Les deux pays disposent encore de nombreux domaines de coopération potentielle.
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| Les ministres des Affaires étrangères russe et japonais discutent d'un traité de paix. Photo : Sputnik |
Privilégier le dialogue.
Le principal sujet de la récente rencontre entre le ministre japonais des Affaires étrangères, M. Kishida, et son homologue russe, M. Sergueï Lavrov, est demeuré le différend territorial. Lors de cet entretien, M. Kishida a déploré les visites effectuées en août par le Premier ministre Dmitri Medvedev et des ministres russes dans les îles contestées que le Japon nomme « Territoires du Nord » et la Russie « Îles Kouriles du Sud ». Il a affirmé que les deux pays devaient discuter d'une solution acceptable, conformément à la déclaration conjointe publiée à l'issue du sommet russo-japonais de 2013.
Tout en reconnaissant que les différends territoriaux demeurent le problème le plus épineux entre les deux pays, le ministre japonais des Affaires étrangères espère toujours trouver prochainement une solution pour ouvrir la voie à un traité de paix entre les deux nations – un document attendu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le Japon a atteint cet objectif lorsque, lors de la récente réunion, les deux parties ont convenu de reprendre les pourparlers au niveau vice-ministériel sur un traité de paix le 8 octobre. Du côté russe, le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a reconnu que les relations entre les deux pays étaient « gelées » ces derniers mois, tout en soulignant que la Russie et le Japon devaient redoubler d'efforts pour développer leurs relations dans des domaines tels que le commerce, l'investissement et le développement économique.
Les avantages sont indéniables.
Ces signaux indiquent que le Japon et la Russie sont conscients de la nécessité de résoudre leurs différends territoriaux et de rechercher une nouvelle approche de leurs relations bilatérales. Il s'agit avant tout de maintenir le contact bilatéral, malgré de fortes revendications territoriales. Depuis son retour au poste de Premier ministre du Japon, Shinzo Abe a rencontré à plusieurs reprises le président russe Vladimir Poutine, notamment lors de sa visite historique en Russie en avril 2013.
Depuis lors, les deux parties ont officiellement entamé des négociations pour mettre fin aux différends territoriaux et instauré un dialogue « 2+2 » entre leurs ministres de la Défense et des Affaires étrangères. Ce rapprochement est rare, le Japon n'entretenant ce type de dialogue qu'avec deux autres alliés : l'Australie et les États-Unis. Par ailleurs, le Japon est le seul partenaire de la Russie en Asie à maintenir un dialogue « 2+2 ». Ce rapprochement s'explique par des intérêts nationaux. Pour le Japon, la Russie a toujours été un partenaire important dans la région, et son poids sur les questions mondiales urgentes, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, pourrait constituer un atout pour Tokyo dans sa quête d'une place plus influente sur la scène politique internationale.
Du point de vue de la Russie, la confrontation avec l'Occident au sujet de la crise ukrainienne a contraint la superpuissance à se tourner vers l'Asie – une nouvelle zone stratégique présentant un potentiel important de coopération.
Premièrement, le Japon est actuellement membre du G7, groupe de pays industrialisés qui boycotte Moscou et lui impose des sanctions. Par conséquent, le maintien d'un dialogue et d'une coopération avec Tokyo aiderait la Russie à s'ouvrir aux membres occidentaux du G7.
Deuxièmement, le secteur énergétique russe connaît une transformation radicale, notamment grâce au développement de gazoducs directs vers l'Asie via l'oléoduc Sibérie orientale-Pacifique. La Russie prévoit de doubler ses exportations de pétrole et de gaz vers l'Asie au cours des 20 prochaines années, conformément à une stratégie visant à diversifier ses routes d'exportation et à réduire sa dépendance à l'égard de l'Europe. Cette situation représente une opportunité pour le Japon, contraint d'importer d'importantes quantités d'énergies fossiles afin de diminuer sa dépendance à l'égard du nucléaire, une énergie à risque. Le Japon pourrait donc constituer un partenaire de choix, voire un complément à l'économie russe.
Gazprom et le ministère japonais de l'Énergie discutent actuellement des approvisionnements en gaz russe au Japon, notamment de la possibilité pour ce dernier de participer à la construction d'une usine de liquéfaction de gaz naturel à Vladivostok. Cela permettrait au Japon d'acheter davantage de gaz naturel liquéfié à la Russie, au-delà des quantités extraites des îles Sakhaline. La Russie pourrait ainsi diversifier ses marchés d'exportation d'énergie et renforcer sa compétitivité sur le marché mondial du gaz.
Par ailleurs, l'acceptation de l'aide japonaise s'inscrit dans un programme plus vaste de modernisation des partenariats russes. La Russie espère attirer des investissements étrangers en Extrême-Orient, une région qui a besoin d'un développement accéléré. De plus, Moscou n'a pas caché son intention de solliciter des investissements japonais, car elle ne souhaite pas dépendre exclusivement des investissements chinois dans ses infrastructures énergétiques asiatiques.
Les signes récents d’un « atterrissage brutal » de l’économie chinoise constituent un avertissement clair pour la Russie quant à la diversification de ses partenaires commerciaux et à l’équilibre de ses relations économiques à long terme.
Malgré les différends et le gel des relations, la Russie et le Japon maintiennent des canaux de dialogue de haut niveau afin d'explorer les possibilités de coopération. La visite du ministre japonais des Affaires étrangères, Fumio Kishida, en Russie, et peut-être le voyage du président Poutine au Japon plus tard cette année, s'inscrivent dans cette perspective.
Thanh Son
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