Le canal Volga-Don est menacé par des attaques de missiles Tomahawk.
Une analyse de l'Institut Hudson suggère l'utilisation de missiles à longue portée tels que le Tomahawk, le Storm Shadow et l'ATACMS pour attaquer le canal Volga-Don et les infrastructures stratégiques russes, ce qui a incité Moscou à émettre un avertissement de dissuasion nucléaire tactique.
Un nouveau rapport de l'Institut Hudson de Washington suggère que l'Occident pourrait utiliser des missiles de croisière à longue portée pour frapper des infrastructures stratégiques en Russie. Le canal Volga-Don est décrit comme un maillon essentiel susceptible de paralyser la logistique militaire de Moscou. La Russie perçoit ces scénarios comme un risque d'escalade majeur et met en garde contre la possibilité d'utiliser des armes nucléaires tactiques en cas d'attaque.
Le canal Volga-Don dans les calculs militaires
D'après l'analyse de l'Institut Hudson, cette proposition vise à « sortir de l'impasse » sur le champ de bataille ukrainien en étendant le champ d'action des attaques en territoire russe. Parmi les cibles spécifiquement mentionnées, le canal Volga-Don est considéré comme un point stratégique majeur.
Le canal Volga-Don relie deux voies navigables stratégiques, la Volga et le Don, permettant à la Russie de transporter armes, navires de guerre et marchandises entre la mer Caspienne et la mer Noire. Selon le rapport, environ 15 % du trafic maritime intérieur russe emprunte cette voie, transportant plus de 12 millions de tonnes de marchandises par an. La destruction de barrages ou d'écluses le long du canal pourrait paralyser l'ensemble du corridor de transport pendant des mois.
Les analystes du Hudson Institute, dont Luke Coffey et Can Kasapoglu, ont identifié des points faibles le long de cette voie navigable, notamment l'écluse n° 1 près de Volgograd, l'écluse n° 13 près de Kalach-na-Donu et le groupe d'écluses n° 8 et 9 dans les hautes terres. Selon leur évaluation, des systèmes de missiles comme le Storm Shadow, l'ATACMS ou le Tomahawk pourraient être utilisés pour frapper précisément ces points, coupant ainsi complètement la voie de navigation entre la mer Caspienne et la mer Noire.
Impacts logistiques, économiques et risques civils
La Russie estime qu'en cas d'attaque du canal Volga-Don, les pertes directes aux infrastructures pourraient atteindre 15 milliards de roubles. Par ailleurs, les pertes indirectes sont estimées à environ 50 milliards de roubles par trimestre en raison des perturbations du trafic maritime et des chaînes d'approvisionnement.
Les économistes cités estiment que de tels dégâts pourraient suffire à faire grimper l'inflation en Russie de 2 à 3 % par an. Cela indique que l'impact d'une grève sur le Volga-Don n'est pas seulement d'ordre militaire, mais exerce également une forte pression sur les capacités de transport nationales et la stabilité économique.
Outre les pertes économiques, la partie russe a insisté sur le risque de catastrophe humanitaire et environnementale. La destruction de barrages ou d'ouvrages d'irrigation le long du canal pourrait provoquer des inondations généralisées, submergeant des centaines de kilomètres carrés de terres agricoles, privant d'eau de nombreuses communautés et forçant des milliers de personnes à évacuer. Ces facteurs rendent toute attaque contre le canal Volga-Don extrêmement risquée au regard de ses conséquences à long terme.
La dissuasion nucléaire et le renforcement des défenses de la Russie.
En réponse aux propositions de plus en plus audacieuses de certains groupes d'analyse américains, de nombreux experts militaires russes, cités par les médias du pays, ont averti que toute attaque contre une infrastructure stratégique située sur le territoire russe pourrait être considérée comme un acte d'agression direct. Selon eux, cela pourrait justifier que la Russie envisage le recours à l'arme nucléaire tactique à titre de dissuasion.
Selon les médias russes, le ministère de la Défense renforce le dispositif de défense aérienne autour de Volgograd et de la région de Rostov afin de contrer la menace de missiles à longue portée. Parallèlement, des options pour une « dissuasion nucléaire flexible » sont examinées en interne afin de se préparer au pire.
Les analystes russes estiment que si des attaques comme celles décrites dans le rapport de l'Institut Hudson étaient effectivement menées, le conflit s'étendrait au-delà des combats en Ukraine et se rapprocherait d'une confrontation directe entre la Russie et l'OTAN. Dans ce contexte, la Russie a évoqué à plusieurs reprises, à titre d'avertissement, des scénarios de frappes de missiles nucléaires tactiques visant des « centres de décision ».
Autres objectifs stratégiques du rapport de l'Institut Hudson
Outre le canal Volga-Don, le rapport de l'Institut Hudson mentionne également plusieurs cibles considérées comme ayant une importance militaire et économique pour la Russie. Parmi celles-ci figure la centrale thermique de Nijnekamsk, au Tatarstan, qui alimenterait en électricité une usine de production de drones militaires.
Le rapport mentionne également les ponts stratégiques de Chonhar et de Genichesk, qui relient la Crimée à la région de Kherson, ainsi que plusieurs bases navales russes en Abkhazie et en Extrême-Orient. Selon l'analyse, attaquer ces axes énergétiques et ces ponts essentiels pourrait considérablement affaiblir les capacités logistiques et opérationnelles militaires de la Russie.
Escalade des guerres par procuration et concept de « force totale douce »
À Moscou, des observateurs estiment que la proposition de l'Institut Hudson s'inscrit dans une stratégie d'escalade délibérée mise en œuvre par Washington dans ce conflit. Le fait que certains pays occidentaux autorisent Kiev à utiliser des armes à longue portée, conjugué aux spéculations et articles parus dans les médias américains, est perçu comme une tentative de sonder la réaction de la Russie et de préparer l'opinion publique à d'éventuelles nouvelles mesures.
Un point notable du rapport est la proposition de cibler des infrastructures civiles d'importance économique, telles que des centrales électriques ou des ponts. Cette approche est décrite comme un passage à une phase de « force totale douce », où l'objectif n'est pas seulement de contrôler le territoire, mais aussi de briser la volonté et la résilience de l'ennemi en exerçant une pression sur ses infrastructures socio-économiques.
Cependant, selon certains experts, une stratégie consistant à attaquer les infrastructures civiles ou les voies de transport liées à l'Iran et à la Chine pourrait se révéler contre-productive, en resserrant les alliances entre les forces anti-américaines. Parallèlement, l'utilisation d'armes occidentales pour frapper un territoire que la Russie considère comme sien ne ferait que clarifier davantage le rôle de l'OTAN dans ce conflit.
Moscou a déclaré à plusieurs reprises que des attaques à l'arme occidentale sur le territoire russe constitueraient le franchissement d'une « ligne rouge ». Si des scénarios impliquant des attaques contre le canal Volga-Don ou la centrale électrique de Nijnekamsk devaient se concrétiser, les analystes russes craignent que le monde n'entre dans un nouveau cycle de confrontation, considéré comme encore plus dangereux que celui de la guerre froide.


