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À l'occasion de la visite du président américain à Pékin, réflexion sur la doctrine chinoise de la « double circulation ».

Nguyen Phuc Nam Dan May 16, 2026 08:25

L’année 2020 a marqué un tournant majeur dans la conception du développement en Chine avec le lancement officiel de sa stratégie de « double circulation ».

Tổng thống Mỹ Donald Trump (phải) bắt tay Chủ tịch Trung Quốc Tập Cận Bình trước khi rời Trung Nam Hải tại Bắc Kinh, ngày 15/5/2026. Ảnh: AFP
Le président américain Donald Trump (à droite) serre la main du président chinois Xi Jinping avant de quitter Zhongnanhai à Pékin, le 15 mai 2026. Photo : AFP

L'émergence de la théorie de la « double circulation »

Ce concept a été présenté pour la première fois lors de la réunion du Comité permanent du Politburo du Parti communiste chinois le 14 mai 2020 et est rapidement devenu l'idée centrale du 14e plan quinquennal (2021-2025).

À l’heure actuelle, la Chine est confrontée simultanément à des pressions sans précédent : une guerre commerciale et technologique avec les États-Unis, la tendance au découplage des chaînes d’approvisionnement mondiales, le grave impact de la pandémie de COVID-19 et le déclin de l’efficacité de son modèle de croissance, qui repose fortement sur les exportations et les investissements.

Durant plus de quatre décennies de réformes et d'ouverture, le développement de la Chine s'est fondé sur un modèle de main-d'œuvre bon marché, d'exportations, d'investissements à grande échelle et d'intégration mondiale active.

Ce modèle a transformé la Chine en « usine du monde ». Cependant, face à l'intensification de la concurrence géopolitique et à l'apparition de vulnérabilités stratégiques, la Chine a réalisé qu'une économie trop dépendante des marchés extérieurs et de la technologie serait extrêmement vulnérable.

De là est née la « double circulation » comme stratégie permettant à la fois de développer l'économie et d'assurer la sécurité nationale.

Le concept fondamental de « double circulation »

Cette stratégie se compose de deux cycles :

Premièrement, la circulation intérieure : c'est le pilier principal et la priorité absolue.

L'objectif est :

- Utiliser le marché intérieur comme principal moteur de croissance ;

- Développer la consommation intérieure ;

- Développer les chaînes d'approvisionnement nationales ;

- Accroître l'autonomie technologique ;

- Réduire la dépendance à l'égard de l'Occident.

En résumé, la Chine souhaite créer une économie capable de s'auto-soutenir même en cas de confinement ou de pressions extérieures liées à des facteurs géopolitiques et à des crises mondiales.

Deuxièmement, concernant les échanges internationaux : la Chine ne préconise ni la fermeture de ses frontières ni un retour à l’ancien modèle d’isolement. Au contraire, elle continue de maintenir ses exportations, d’attirer les investissements étrangers et de développer le commerce mondial.

Toutefois, le rôle du facteur international a considérablement évolué : il est passé de « principal moteur » à « moteur de soutien ».

Alors que la Chine s'appuyait auparavant sur le marché mondial pour sa croissance, elle souhaite désormais que le marché intérieur devienne son pilier central.

Au-delà de la réalisation d'objectifs économiques, cette stratégie chinoise comporte également des implications en matière de sécurité nationale. Autrement dit, cette doctrine économique doit être envisagée dans le contexte de la sécurité nationale.

La Chine reconnaît que les semi-conducteurs, l'intelligence artificielle, l'énergie, la finance, la logistique et les chaînes d'approvisionnement peuvent tous devenir des instruments de pression géopolitique. C'est pourquoi elle est disposée à sacrifier une partie de son efficacité économique en échange d'une autonomie à long terme.

Ainsi, la « double circulation » n’est pas seulement une politique économique, mais elle revêt également le sens d’une stratégie de compétition entre superpuissances, d’une stratégie technologique et d’une stratégie géopolitique.

Les conditions qui permettent à la Chine de poursuivre cette stratégie.

Tous les pays ne peuvent pas instaurer une « circulation intérieure » performante. Cela exige une envergure économique et sociale considérable. Or, la Chine est l'un des rares pays au monde à réunir les conditions nécessaires.

a) Taille de population énorme

Avec une population d'environ 1,4 milliard d'habitants et une classe moyenne de plusieurs centaines de millions de personnes, la Chine dispose d'un immense marché intérieur. Ce marché lui confère un pouvoir d'achat considérable, la possibilité de consommer localement et un environnement favorable au développement des entreprises, qui peuvent ainsi prospérer sans dépendre entièrement des exportations.

Par exemple, une entreprise chinoise de technologies ou de véhicules électriques pourrait atteindre une envergure mondiale grâce à son seul marché intérieur, sans étendre sa présence à l'international – chose que la plupart des autres pays ne peuvent pas faire.

b) Vaste territoire et ressources diversifiées

La Chine possède de vastes réserves de charbon, de terres rares, de nombreux métaux stratégiques, un système agricole étendu et des conditions naturelles diversifiées.

En particulier, leurs ressources en terres rares leur confèrent un avantage stratégique dans des secteurs tels que les batteries, les véhicules électriques, l'électronique, les énergies renouvelables et la défense.

c) Un écosystème industriel complet

C’est là le principal atout de la Chine. Actuellement, elle est quasiment le seul pays à posséder une chaîne industrielle complète : métallurgie, chimie, électronique, mécanique, construction navale, logistique, technologies numériques et fabrication de biens de consommation.

On dit souvent que la Chine concentre la quasi-totalité de la chaîne d'approvisionnement mondiale dans un seul pays. De ce fait, son niveau de production locale est très élevé.

d) Capacités d'infrastructure et de mobilisation des ressources

La Chine possède le plus vaste réseau mondial d'autoroutes et de lignes ferroviaires à grande vitesse, d'immenses ports maritimes, une infrastructure logistique intégrée et un réseau de paiement numérique développé.

De plus, compte tenu de son statut d'État dirigé par le Parti communiste, la Chine dispose d'une capacité de mobilisation des ressources très efficace en matière de coordination des capitaux, de planification industrielle, de soutien aux entreprises stratégiques et d'investissement dans les technologies clés. Cela lui permet de poursuivre des objectifs à long terme à un rythme que de nombreuses économies de marché peinent à atteindre.

Les défis auxquels la Chine est confrontée

Malgré ses nombreux avantages, cette stratégie se heurte également à de nombreux défis, tels que :

a) La consommation intérieure n'est pas suffisamment forte.

Les Chinois ont toujours tendance à épargner massivement en raison de la précarité de l'emploi, du vieillissement de la population, de la crise immobilière et des pressions exercées sur le système de sécurité sociale.

Cela signifie que la « circulation intérieure » ne peut pas encore remplacer complètement le rôle des exportations.

b) La technologie de base reste dépendante de l'extérieur.

Malgré des progrès rapides dans de nombreux domaines tels que les véhicules électriques, les applications d'IA, les batteries et les énergies renouvelables, la Chine rencontre toujours des difficultés dans la fabrication de puces semi-conductrices avancées, de machines de lithographie et de logiciels de conception de puces.

Cela demeure un « goulot d'étranglement stratégique » dans la compétition avec l'Occident.

c) La tendance mondiale à la « réduction des risques »

De nombreux pays occidentaux ne se « découplent » pas complètement de la Chine, mais diversifient leurs chaînes d'approvisionnement, délocalisent leur production et cherchent à réduire leur dépendance stratégique. Cela rend l'environnement international de la Chine plus difficile.

Impact sur le Vietnam et l'Asie du Sud-Est

La stratégie de « double circulation » a un impact significatif sur le Vietnam et l'ASEAN car la région est située à proximité de la Chine et est étroitement liée à sa chaîne d'approvisionnement.

En tant que pays doté d'une économie extrêmement ouverte, de relations extérieures diversifiées et riches, et d'une profonde intégration aux processus internationaux (relations extérieures avec les 193 États membres des Nations Unies, 17 accords de libre-échange (ALE) avec 65 partenaires, dont des partenaires majeurs tels que le CPTPP, l'EVFTA et le RCEP, et des relations commerciales avec plus de 220 marchés), le Vietnam doit certainement faire preuve de flexibilité et adopter une vision à long terme dans ses décisions afin de maximiser les avantages et de minimiser les impacts négatifs.

Concernant les opportunités : alors que les entreprises internationales adoptent la stratégie « Chine + 1 », de nombreuses activités de production se délocalisent en Asie du Sud-Est, et plus particulièrement au Vietnam. Nous bénéficions d’une proximité géographique avec la Chine, de coûts de main-d’œuvre compétitifs, d’une stabilité politique et de notre participation à de nombreux accords de libre-échange. De ce fait, les secteurs de l’électronique, des composants, du textile, de la logistique et de l’assemblage technologique connaissent un développement rapide. Nous avons l’opportunité d’attirer des investissements importants et ciblés, de moderniser nos industries, de devenir une plateforme logistique majeure et de nous intégrer davantage à la chaîne de valeur mondiale. En effet, le Vietnam s’affirme comme un maillon essentiel de cette nouvelle chaîne d’approvisionnement mondiale.

Concernant les difficultés, les défis et les « paradoxes » à prendre en compte : de nombreux produits utilisent encore des produits semi-finis, des matières premières, des machines et des composants provenant de Chine. La production nationale risque de devenir fortement dépendante des importations, de se retrouver cantonnée à une production à bas coût et de devoir équilibrer l’offre et la demande. Ce problème découle du fait que la Chine ne se retire pas de la mondialisation, mais réorganise ses chaînes d’approvisionnement autour d’elle. Sans une planification rigoureuse, l’Asie du Sud-Est pourrait se réduire à un simple centre d’assemblage, une région satellite de production ou un prolongement de l’écosystème industriel chinois.

Au vu de la récente visite du président américain en Chine (accompagnée d'une délégation de grands milliardaires, d'un protocole diplomatique rigoureux et de déclarations conjointes des dirigeants des deux nations les plus puissantes du monde), on observe des signes nouveaux, contrastant avec les propos virulents tenus précédemment par M. Trump : la Chine serait alors le principal rival, voire un ennemi, et il faudrait la contenir par les mesures les plus strictes. Au contraire, cette visite a envoyé des signaux de partenariat, encourageant la recherche de solutions pour un développement mutuel encore plus fort, affirmant que l'Amérique retrouvera sa grandeur et que la Chine restera… la Chine.

De toute évidence, bien qu'il ne s'agisse que d'une visite de deux jours, elle a soulevé des questions stratégiques très importantes, non seulement pour l'Asie du Sud-Est ou l'Asie, mais peut-être pour le monde entier en ce siècle.

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Article paru dans le journal Nghe An

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