Regarder passer les automnes...

October 7, 2014 14:04

(Baonghean) – Un après-midi de week-end, je m’accorde un moment de détente, parcourant les longues rues en voiture, laissant vagabonder mes pensées. Le ciel d’automne est clair et bleu, le vent bruisse dans les ruelles et le parfum enivrant des fleurs de lait embaume l’air. J’entends la mélodie poignante de la chanson « Khanh Ly » de Trinh Cong Son : « Le vent d’automne est arrivé / Le crépuscule teinte les trottoirs de pourpre / Et le vent caresse mes cheveux / Puis l’automne s’envole… »

Ảnh minh họa: An Vinh
Photo d'illustration : An Vinh

À Thanh Vinh, en automne, le ciel était haut et dégagé. Au sommet du mont Quyet, les banians s'étaient peu à peu parés de rouge ; çà et là, quelques feuilles jaunes tombaient, tourbillonnant et bruissant avant de s'accrocher aux cheveux emmêlés, et des fleurs sauvages coloraient le sentier de pourpre. Parmi ces fleurs, les campanules violettes, au parfum envoûtant, se distinguaient. Lorsqu'elle était étudiante, lors d'une excursion en camping sur le mont Dung Quyet, un ami de son département de biologie lui avait parlé de cette fleur. Il lui avait dit que les campanules étaient parmi les fleurs sauvages les plus résistantes, revenant souvent fidèlement année après année. Elles symbolisaient aussi la persévérance, de par leur ténacité à survivre et leur refus d'être cueillies : leurs pétales en forme de clochettes se fanaient rapidement une fois cueillies. Aussi, bien qu'elle aimât cette fidèle couleur pourpre, elle n'avait jamais osé cueillir de campanule ; elle craignait de voir ses pétales flétris et fanés…

À Thanh Vinh, en automne, la place Hô Chi Minh s'embrase de couleurs chatoyantes ; des drapeaux joyeux et des drapeaux nationaux flottent sous le soleil éclatant ; des pelouses d'un vert luxuriant ; des rangées de bambous sur le mont Chung bruissent dans le vent ; et des rangées rectilignes de bétel exhalent leur délicat parfum… En levant les yeux vers la statue de l'Oncle Hô, on ressent une douce chaleur au cœur, comme si la question posée en ce moment historique, il y a des années, « Mes compatriotes m'entendent-ils bien ? », résonnait encore…

En automne, il est facile de trouver des scènes paisibles et romantiques au cœur même des rues animées de la ville. Le temps semble se suspendre, une douce mélancolie plane comme une toile d'araignée. Conduire lentement permet de ressentir l'arrivée sereine et apaisante de l'automne et de contempler la vie et les gens. On flâne dans d'étroites ruelles et de vieilles rues bordées de maisons aux toits de tuiles brun foncé, nichées à l'ombre fraîche des banians. On s'arrête à la terrasse d'un petit café de la rue Kim Dong, une rue étroite blottie au pied de hauts immeubles et ombragée par la verdure, et on s'y attarde une heure, écoutant les plaisanteries et les rires joyeux d'un groupe d'amis à la table voisine. Mais ce n'est qu'un prétexte pour observer la foule affairée, contempler le ciel et les nuages, et regarder tomber les feuilles d'automne, trouvant ainsi un peu de paix intérieure…

L'automne à Thanh Vinh, c'est des nuits passées à se réveiller brusquement, transi de froid, à éteindre le ventilateur qui tourne lentement, à se blottir sous la couverture comme dans un cocon ; des matins où l'on se réveille tôt, le ciel haut et dégagé, le vent bruissant et puissant. On inspire profondément, on laisse retomber ses longs cheveux jusqu'à la taille, on sourit en sortant dans la rue, on se fond dans le trafic animé. Ce sont les retours tardifs du travail, le froid s'insinuant dans chaque fibre du corps. Les mains tremblent légèrement, le vent caresse les lèvres. Soudain, on souhaite que quelqu'un nous prenne la main et nous réchauffe… Ce sont les dimanches matin, aller au café Goong, choisir une place sur le balcon, humer le parfum des fleurs de lait, composer un SMS : « Je suis là et tu me manques », puis l'enregistrer dans les brouillons. Des messages qui ne seront jamais envoyés. Parfois, parce qu'il y en a trop, il faut les supprimer… En automne, il arrive encore que certains errent dans les rues interminables, laissant leurs pensées vagabonder au loin. Soudain, je me souviens : nous n'avons jamais passé d'automne ensemble. C'est pourquoi la sensation de se tenir la main en automne reste si lointaine dans mes rêves. Aussi, mon désir d'automne s'intensifie, devient plus lancinant, plus désespéré. Les larmes me montent aux yeux quand j'entends cette mélodie :

« Tandis que l’automne défile, mes mains sont engourdies par la tristesse, empreintes de regrets, et j’écoute le vent froid la nuit. »

Vingt ans de chagrin emplissent les yeux bleus / La pitié pour les autres, puis la froideur dans son propre cœur…

Thanh Tuong

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