Nobita de ses parents

July 3, 2014 17:14

(Baonghean) – Quand j'étais petite, mon père, qui servait d'interprète anglais dans le quartier, a décidé de m'apprendre à chanter « Je t'aime plus que tout » pour faire plaisir à ma mère. Le problème, c'est que ma mère parlait très mal anglais, alors je finissais par la chanter toute la journée dans tout le quartier : « Oh oh de de, ai lop diu mo gien ai ken xay… ». Tout le monde me prenait pour une prodige de l'anglais, et mon père pouvait bien s'en vanter. Dès qu'il y avait des invités, il courait me chercher (alors que je traînais chez la voisine) pour que je la lui chante. Je rentrais à la maison en courant, et dès que j'arrivais au portail, je criais : « Tu sais bien que je t'aime tellement… ». Être une prodige, ça m'épuisait et ça m'enrouait la voix !

Plus tard, quand je lisais couramment un livre d'histoires à un âge où aucun enfant normal ne savait lire (en fait, j'avais mémorisé l'histoire en écoutant ma mère me la lire, et en la montrant fièrement aux amis de mon père, hihi), puis quand j'ai appris à lire toute seule avec un livre de coloriage, et enfin quand je suis entrée en CP et que ma maîtresse m'a félicitée pour mon intelligence… mon père avait toujours la même réaction : un large sourire et il courait partout en se vantant. Souvent, quand j'avais une excellente note, c'était comme si c'était lui qui était félicité devant toute la classe. Je me demande bien qui est le plus enfantin de la famille ! Plus tard, en grandissant, je ne trouvais plus ça drôle de voir mon père si content de mes notes.

Je comprends que c'est ainsi que mon père exprime son amour. Par amour, il croit que ce qu'il chérit est bon et parfait. Certains diront peut-être que cet amour est quelque peu aveugle et extrême, car rien ni personne n'est parfait, et imposer un idéal de perfection peut mener à deux écueils : soit une perception déformée, où l'on prend le mal pour bon ; soit une pression à être « parfait » pour répondre aux attentes de la personne. Mais l'amour lui-même est aveugle par nature, n'est-ce pas ? Aveugle parce qu'il va à l'encontre de nos instincts de survie et de notre besoin de nous préserver. Aveugle parce que nous sommes prêts à nous sacrifier pour protéger ce que nous aimons. Aveugle parce que nous donnons sans cesse sans rien attendre en retour. La raison nous dit que nous sommes aveugles, mais le cœur nous dit qu'il s'agit d'un amour sincère et intense, un sentiment naturel qui s'épanouit en nous sans que nous nous demandions jamais « Pourquoi ? ».

Bien des années après mes premiers pas difficiles dans la vie, le plus dur pour moi était de croiser le regard de mon père, dont les yeux brillaient toujours d'amour, de foi et de fierté. Cette lumière s'était-elle éteinte ? J'ai toujours cru en moi parce que mon père croyait en moi, et je croyais qu'il avait toujours raison. La confiance a un pouvoir de connexion incroyable ; si un seul maillon de cette chaîne se brise, tout s'effondre comme un effet domino. Mon père m'a prouvé le contraire en croyant fermement en ce en quoi il croyait : en moi, en ma réussite. Je crois en mon père, et je crois en moi.

L'amour, parfois, ne se résume pas à aimer ce que l'on voit à un instant précis. Aimer quelqu'un ou quelque chose, c'est l'aimer hier, aujourd'hui et demain. Il en va de même pour la confiance. Lorsque vous remettez en question vos convictions, pensez aux raisons qui vous ont permis de faire confiance par le passé et donnez-lui une chance à l'avenir. Si la grammaire vietnamienne possédait des conjugaisons, je pense que les verbes « confiance » et « amour » devraient être à l'infinitif, car ce sont deux émotions qui transcendent l'espace et le temps. L'amour et la confiance sont absolus, et c'est ainsi qu'il devrait être.

Mon petit frère/ma petite sœur passe le concours d'entrée à l'université cette année. Il y a quelques jours, il/elle s'est plaint(e) auprès de moi : « Si je rate l'examen, papa ne me regardera plus jamais ! » Mon cher/ma chère, si les gens cessaient de croire en quelqu'un et de l'aimer à cause d'un défaut, le monde entier serait rempli de haine et d'indifférence, car personne n'est parfait, n'est-ce pas ? Ton échec, ta tristesse, tes parents seront tristes. Ils sont tristes à cause de leur amour et de leurs espoirs. Mais la tristesse ne peut jamais tuer l'amour. Dans le manga Doraemon, les parents de Nobita grondent parfois leur fils paresseux, bête et faible, pourtant on ne ressent absolument pas cette lourde atmosphère de déception ou de pression. Pourquoi aimons-nous autant Doraemon ? Est-ce parce que nous voyons un Nobita en chacun de nous, peut-être faible, peut-être avec des défauts, mais qui reste l'enfant adoré de nos parents ?

Hai Trieu

(Courriel de Paris)

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Article paru dans le journal Nghe An

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