Derrière les vidéos violentes
Nos enfants peuvent être intelligents, férus de technologie et avoir des milliers d'abonnés en ligne, mais si leur cœur est insensible à la souffrance des autres, tous ces succès deviennent fragiles et anéantis.

Ces derniers jours, des vidéos d'une bagarre entre un groupe d'adolescents rue Dang Tat, dans le quartier de Thanh Vinh, ont circulé sur les réseaux sociaux. Immédiatement après, les adolescents impliqués ont été convoqués par la police pour être interrogés et faire l'objet de poursuites judiciaires.
L’histoire des conflits juvéniles n’a rien de nouveau, mais ce qui devrait nous amener — parents et tous ceux qui contribuent quotidiennement à la préservation des valeurs sociales — à réfléchir sérieusement, c’est ce qui se passe autour de ce cycle de violence.
Au milieu des insultes et des coups, pas une seule main ne s'est levée pour intervenir. Au contraire, des dizaines de téléphones se sont brandis avec enthousiasme. Les jeunes visages ne trahissaient aucune peur ; ils étaient plutôt occupés à ajuster les angles de caméra, à appuyer sur les boutons pour enregistrer des vidéos et prendre des photos, et à encourager la violence. L'altercation, pourtant bien réelle, semblait être traitée comme une simple « scénario dramatique » destinée à être diffusée en ligne.
Sommes-nous peut-être confrontés à une profonde crise d'empathie chez une partie de la jeune génération ?
En psychologie sociale, on parle d'« effet du témoin passif ». Lorsqu'un grand nombre de personnes sont témoins d'une situation d'urgence, la probabilité que chacune d'elles vienne en aide à la victime diminue. Cependant, le problème ne se limite pas à la passivité. Filmer, prendre des photos, voire diffuser en direct et inciter à la violence transforme le simple fait d'être témoin en complicité.
L'écran du téléphone est devenu, malgré lui, un bouclier séparant le vidéaste de la réalité. À travers l'objectif, ces jeunes ne voient plus la souffrance de leurs amis, ni le danger de l'acte illégal. Ils ne voient que le « contenu », l'explosion du nombre de vues et les interactions virtuelles sur les réseaux sociaux. La violence est cruellement glorifiée à des fins de divertissement.
Ce n'est pas la première fois que des conflits, des violences, des blessures et des souffrances bien réels deviennent du « contenu racoleur » en ligne. Il est temps de reconnaître franchement que, chez certains, l'indifférence se numérise. Lorsque les cris de douleur d'autrui n'ont plus le même impact qu'une simple notification de « j'aime », c'est que les fondements moraux de chaque individu sont profondément ébranlés.

J'ai discuté avec des psychologues pour tenter de comprendre les raisons profondes qui poussent ces adolescents de 15 et 16 ans à filmer et à applaudir la violence au lieu d'intervenir. La réponse réside dans une « soif de reconnaissance » en ligne. Dans l'univers de certains membres de la génération Z et de la génération Alpha, posséder des images uniques, choquantes et sensationnelles leur confère une sorte de pouvoir virtuel : le sentiment d'être au centre de l'attention, la personne la mieux informée.
Ces jeunes ne comprennent pas que le prix de la célébrité virtuelle est la dévalorisation des véritables valeurs humaines. Une société où les jeunes perçoivent le fait d'être témoins de violence comme une occasion d'accroître leurs interactions sociales est une société gravement défaillante en matière d'éducation morale. Nous leur apprenons à exceller sur le plan scolaire, à maîtriser les technologies, mais nous semblons avoir oublié de leur enseigner la compassion, l'art d'aimer véritablement et comment défendre la justice lorsqu'elle se déroule sous leurs yeux.
Ne croyez pas que les encouragements lors des bagarres ne soient qu'une simple manifestation puérile de compétitivité. En voyant les photos et vidéos de violence urbaine, en entendant les cris incendiaires, en voyant les mains levées, téléphones à la main, pour prendre la photo « parfaite », on ne peut s'empêcher de s'interroger sur le rôle de la famille. Où sont les parents quand leurs enfants, agressifs et munis de téléphones chargés de pensées perverties, sèment la terreur dans la rue ?
De nombreux parents confient aujourd'hui l'éducation de leurs enfants entièrement aux écoles. Beaucoup leur achètent les derniers gadgets connectés, mais négligent de leur inculquer les qualités humaines nécessaires pour s'orienter dans le monde. Nombreux sont les parents préoccupés par leur travail, et ne réalisent que trop tard que lorsque leur enfant se retrouve impliqué dans une bagarre, que ce soit comme agresseur ou simple spectateur.
Nos enfants ont beau être intelligents, férus de technologie et suivis par des milliers de personnes en ligne, si leur cœur reste insensible à la souffrance d'autrui, tous ces succès deviennent fragiles et vains. L'éducation ne se résume pas aux notes sur un cahier. Il s'agit d'inculquer aux enfants la sensibilité à la douleur d'autrui. Si un enfant ne ressent aucune compassion en voyant un ami tomber ou être battu, alors tout savoir acquis scolairement perd tout son sens.
L'incident survenu dans le quartier de Thanh Vinh est un signal d'alarme. La convocation des auteurs par la police constitue une mesure dissuasive légale nécessaire, mais s'attaquer au problème à la racine exige une action publique coordonnée. Il est impératif de condamner non seulement les adolescents impliqués dans la rixe, mais aussi les « réalisateurs » de ces scènes qui se contentent de les filmer. Ils doivent comprendre que filmer des vidéos violentes pour faire des vues n'a rien de cool ; c'est un acte lâche et immoral. La loi doit également être dotée d'une réglementation plus claire concernant la diffusion de contenus relatifs à la violence scolaire et juvénile sur les réseaux sociaux, afin d'empêcher la propagation de ces contenus néfastes à la source.
Ne voyez pas cet incident comme un simple fait divers relatif à l'ordre public et à la sécurité. Voyons-y plutôt un message urgent sur la nécessité de revitaliser les comportements des jeunes. Derrière ces écrans de téléphone aux couleurs vives se cache parfois une âme qui se consume par manque de compassion.
Parents, prenez le temps de vous asseoir avec vos enfants et demandez-leur : « Si tu voyais un ami en difficulté, que ferais-tu ? » Les écoles doivent intégrer plus profondément l'éducation morale, les compétences de vie et la conscience civique, non seulement par la théorie, mais aussi par des situations concrètes. La société doit condamner fermement l'incitation à la violence par le biais des écrans, tout en encourageant les comportements positifs – les jeunes qui osent intervenir, qui osent dire non à l'indifférence. La bienveillance s'apprend, et cela doit commencer dès aujourd'hui par une éducation attentive, rigoureuse mais compatissante.



