Dernière « étape » du président français en Afrique.
(Baonghean) - Le président français François Hollande a fermement insisté pour que le 27e sommet Afrique-France se tienne ce week-end à Bamako, la capitale du Mali.
Cela semble être un pari risqué pour son dernier voyage sur le continent africain en tant que résident du palais de l'Élysée.
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| Le président français François Hollande rend visite aux troupes en République centrafricaine en février 2014. Photo : Reuters. |
Choix intentionnel
Comparé à il y a quatre ans, lorsque le soulèvement djihadiste/séparatiste a éclaté dans le nord, le Mali est aujourd'hui incontestablement beaucoup plus paisible et stable. Cependant, il est encore trop tôt pour affirmer qu'il s'agit d'une destination totalement sûre.
Lorsque ce lieu fut choisi comme point de ralliement pour une soixantaine de délégations officielles, dont une vingtaine de chefs d'État et d'hommes d'affaires de premier plan, nombreux furent ceux qui frémirent à l'idée des dangers encourus, car un an auparavant, vingt victimes avaient perdu la vie lors d'une attaque djihadiste contre le célèbre hôtel Radisson Blu.
D'après les médias, le Medef, la fédération patronale française, s'est montré peu enthousiaste quant au choix de Bamako comme lieu de la conférence de cette année. En effet, le Medef a activement milité pour que le sommet se tienne à Abidjan, centre économique de la Côte d'Ivoire voisine, considérée comme plus sûre et plus prospère.
Pour Hollande, la tenue du sommet de Bamako revêtait une importance particulière, lui permettant de consolider son héritage politique. En France, les sondages étaient plutôt défavorables, sa popularité avait chuté de manière significative et, le mois dernier, il avait été contraint d'annoncer qu'il ne briguerait pas un second mandat lors des élections d'avril prochain.
La conférence de Bamako n'était donc pas seulement sa dernière « prestation » en Afrique, mais aussi une excellente occasion de mettre en valeur le succès de la plus grande initiative de politique étrangère de Hollande : l'opération Serval (Félin sauvage africain).
En janvier 2013, Hollande ordonna l'intervention de l'armée française, stoppant puis repoussant la rébellion djihadiste/séparatiste du nord du Mali. Le choix du lieu était en lui-même significatif. Abdoullah Coulibaly, président du comité d'organisation de la conférence, déclara au magazine Jeune Afrique que seule la tenue de la réunion des dirigeants au Mali permettrait un véritable retour à la normale.
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| François Hollande lors de l'investiture du président malien Ibrahim Boubacar Keita à Bamako en septembre 2013. Photo : Reuters. |
Un héritage impeccable ?
Ce sommet sera tout d'abord l'occasion de dresser un bilan de la politique africaine de la France sous Hollande, généralement perçue de manière assez positive. Hollande a pris des mesures pour rompre avec la tristement célèbre politique postcoloniale de la « Francafrique », qui visait à défendre des intérêts nationaux par la force, militaire ou autre, sur le continent africain.
Le prédécesseur de centre-droit de Hollande, Nicolas Sarkozy, a lancé des attaques militaires en Libye et en Côte d'Ivoire sans susciter de condamnation internationale. En revanche, Hollande a veillé à obtenir l'approbation et le soutien des Nations Unies et de l'Union africaine (UA) pour les interventions militaires françaises au Mali, puis en République centrafricaine.
Au Mali, l'intervention militaire a brisé le contrôle djihadiste dans le nord et contraint les rebelles séparatistes à négocier avec le gouvernement. Les élections se sont déroulées sans incident, mais l'instabilité a persisté et les forces de sécurité maliennes, avec l'aide de la France, ont lancé une vaste opération pour garantir la sécurité de la conférence.
En République centrafricaine, l'opération militaire française Sangaris a également contribué à réduire l'instabilité, mais la pérennité de la paix reste très incertaine.
Hollande a tenu les promesses faites lors du sommet France-Afrique de 2013 à Paris. La France a fourni une aide au développement d'un montant total de 11,5 milliards d'euros entre 2014 et 2016 et prévoit de consacrer 4 milliards d'euros supplémentaires par an au cours des deux prochaines années afin d'atteindre l'objectif de 20 milliards d'euros fixé lors du sommet de Paris.
À partir de 2020, les 4 milliards d'euros susmentionnés passeront à plus de 6 milliards d'euros par an, dont la moitié sera consacrée à l'atténuation du réchauffement climatique.
Il est toutefois impossible d'affirmer que l'héritage africain de Hollande soit « sans défaut ». Les analystes perçoivent la persistance d'éléments de l'ancienne politique africaine dans le traitement particulier qu'il réserve à certains alliés, comme Macky Sall du Sénégal et Idriss Déby du Tchad.
Stephanie Wolters, responsable du programme d’études sur la paix et la sécurité à l’Institut d’études de sécurité (ISS), a affirmé que Déby avait reçu un soutien militaire et politique de la France, quelles que soient ses actions au niveau national et régional – y compris l’intervention de 2013 en Afrique centrale, qualifiée de « désastre ».
Selon Wolters, une explication plus générale pourrait être qu'il a autorisé les Français à établir une importante base militaire au Tchad et qu'il s'opposait aux mouvements extrémistes. Le Tchad a également participé à des opérations de maintien de la paix dans la région, notamment au Mali.
En août 2014, l'opération Serval a été transformée en opération Barkhane, prenant en charge la mission plus large de lutte contre le terrorisme dans la région du Sahel, en alliance avec les forces armées du Tchad, du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie et du Niger.
Les critiques soulignent que l'opération Barkhane n'a pas bénéficié du soutien explicite des Nations Unies ni de l'Union africaine, et certains soupçonnent que l'un de ses principaux objectifs était de stimuler l'industrie de défense française par la fourniture d'une « aide » militaire aux pays participants. En définitive, l'instabilité persiste au Sahel, et l'opération Barkhane semble avoir apporté une partie de la coordination et de l'impulsion qui faisaient défaut aux forces armées de la région pour faire face à cette situation alarmante.
Anticipez les désaccords
Le prochain sommet ne sera pas unanime. Même sans tenir compte de Barkhane, des désaccords sont fort probables en raison de l'instabilité persistante en Afrique centrale, en Libye et au Sahel. Compte tenu de la situation en Libye et au Sahel, de nombreux gouvernements africains seront vraisemblablement enclins à blâmer l'offensive militaire menée par l'OTAN et soutenue par la France, visant à renverser Mouammar Kadhafi.
Face à l'afflux de migrants africains et d'ailleurs en Europe, les débats et les conflits sont inévitables. Cette situation accélère la montée des partis d'extrême droite, xénophobes et nationalistes à travers le continent, et contribue à un climat politique qui fait comprendre à Hollande qu'il n'a aucune chance de remporter les élections de cette année.
Objectivement parlant, Hollande lui-même restera confiant d'éviter les critiques lors de la conférence, car il mettra en avant ses interventions militaires relativement réussies et l'augmentation de l'aide au développement.
Sur le plan économique, les chefs d'entreprise français n'ont toutefois pas été très favorables à cette conférence. Un haut responsable du Medef a déclaré au quotidien Le Monde que les membres de la Fédération privilégiaient la Côte d'Ivoire comme lieu de l'événement, déplorant que « le choix de Bamako soit une décision purement politique, et non économique ».
En résumé, ce sommet est l'occasion non seulement de faire le point sur les relations franco-africaines depuis le précédent, mais aussi de définir une orientation pour l'avenir. Cependant, face au retrait progressif de Hollande et à la montée des réactions conservatrices, il est difficile de faire des prédictions. Il est clair, néanmoins, que quel que soit le prochain président de l'Élysée, la continuité et l'héritage de la politique française en Afrique demeurent manifestes.
Thu Giang
(Selon l'ISS)




