Vivez authentiquement !

December 7, 2014 10:20

(Baonghean) – Quand nous étions enfants, les enfants du quartier jouaient à la guerre. Celui qui se faisait tirer dessus devait faire semblant de se rouler par terre comme s’il avait reçu une balle, se tordre de douleur, puis tourner la tête sur le côté, « se sacrifiant héroïquement ». Les enfants de la même équipe faisaient semblant de secouer tristement la tête (« Une minute de silence ! ») et poursuivaient l’ennemi en réclamant vengeance. Le seul qui souffrait était celui qui était « tué », et qui devait rester immobile jusqu’à la fin du jeu.

Un jour, je faisais semblant d'être mort quand j'ai entendu mon voisin crier. J'ai entrouvert les yeux et j'ai vu mes amis rentrer chez eux en courant. J'hésitais entre continuer à faire le mort et m'enfuir quand mon voisin m'a attrapé par les aisselles et m'a traîné jusqu'à la maison. « Voilà pour la bagarre ! Bande de petits chenapans, vous avez cassé ma fenêtre ! On va voir ce que vos parents vont dire ! » À ce moment-là, je n'aurais voulu qu'une chose : m'effondrer… et mourir pour de bon !

Faire le mort, feindre la mort, est un concept si mystérieux, presque sacré, chez les enfants. Pourquoi ? Peut-être parce que, de par leur nature agitée et leur incapacité à rester immobiles, ne pas respirer ni bouger représente une sorte de « mission impossible », un défi stimulant. Pour les enfants, la « mort » est simplement cela. Je me souviens du jour où le grand-père de Tèo est décédé ; nous avons regardé par la fenêtre. Il gisait immobile dans le cercueil, tandis que tous pleuraient à chaudes larmes, appelant « Grand-père ! Papa ! » jusqu'à en perdre la voix. Mais il n'a jamais répondu. Ils ont fermé le cercueil, l'ont emporté, et nous ne l'avons plus jamais revu. À ce moment-là, nous avons fait un pacte : si nos parents nous grondaient, nous ferions semblant d'être morts. Ils seraient obligés de crier « Mon enfant, mon enfant ! » jusqu'à n'avoir plus de voix pour nous gronder. Si nous étions encore fâchés contre nos parents, nous nous enfuirions comme le grand-père de Tèo et ne reviendrions que lorsque notre colère se serait apaisée. La mort, peut-être, est-elle quelque chose qui rend tout le monde très triste, très effrayé…

En repensant à mon enfance, je réalise à quel point j'étais naïf. Je l'ai compris le jour du décès de mon grand-père. À cet instant, les yeux de mon père étaient rouges et cernés par les nuits blanches, sa voix à peine audible : « Tu ne pourras plus m'appeler "Papa" ! » C'est alors que j'ai compris que la mort n'est pas seulement un éloignement, mais un départ très, très lointain. Cela paraît illogique, mais c'est ce que j'ai ressenti devant le tumulus et sa pierre tombale, situés aux portes de la ville. La mort, c'est être séparé par une vitre. Au début, cette vitre est transparente, on voit encore clairement et on a l'impression que le défunt est encore à nos côtés. Peu à peu, la poussière du temps la recouvre, et il ne reste que des souvenirs estompés…

Chaque fois que je repense à ce jeu de la guerre, un pincement au cœur me saisit de regret pour ces instants illusoires, ces secondes de déconnexion avec le monde. Ce n'est que plus tard que je réalise combien chaque respiration, chaque battement de cœur, est précieux et inestimable. Alors seulement, je me rappelle de vivre pleinement chaque instant, car une fois mes yeux fermés et mon dernier souffle, le temps de ceux qui restent s'étendra à l'infini.

Hai Trieu

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Article paru dans le journal Nghe An

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