Le Su-35 sur le champ de bataille ukrainien : réussites et limites
Le chasseur Su-35 des forces aérospatiales russes détient le record du nombre d'avions n'ayant pas été abattus en combat aérien en Ukraine, tout en révélant ses limites par rapport à ses adversaires de nouvelle génération.
Le Su-35 est actuellement l'un des avions de chasse les plus performants des forces aérospatiales russes déployées en Ukraine. Selon la société Rostec, la version Su-35S est un atout majeur pour les missions de poursuite, de supériorité aérienne et d'attaque au sol, et n'a pas été abattu en combat aérien après environ trois ans et demi d'engagement.
Aperçu du rôle du Su-35 en Ukraine
Rostec décrit le Su-35S comme un « avion de chasse et de destruction multirôle », capable de mener des combats aériens, d'engager des cibles au sol et de neutraliser les défenses aériennes. Cet appareil peut emporter des missiles air-air, des missiles de croisière air-sol et des roquettes guidées, lui permettant d'effectuer des attaques à moyenne et longue portée.
Le rapport de la société affirme que la chaîne de production du Su-35 fonctionne de manière stable et que cet avion de chasse « bénéficie d'une confiance particulière de la part des forces armées dans tous les types de combats ». Sur le champ de bataille ukrainien, le Su-35 a effectué des missions d'escorte et a participé à la neutralisation des systèmes radar et de défense aérienne ennemis lors d'attaques coordonnées.
Spécifications techniques et mobilité
Conçu sur la base de la cellule du Su-27 et d'une philosophie de super-maniabilité.
Le Su-35 a été développé sur la base de la cellule du Su-27, mais selon la philosophie de « super maniabilité, polyvalence et haute autoprotection ». L'appareil est équipé de moteurs AL-41F1S avec contrôle vectoriel de poussée 3D, lui permettant d'effectuer des manœuvres extrêmes telles que le Cobra de Pugachev ou la manœuvre Herbst.
Ces manœuvres permettent à l'avion de chasse de modifier brusquement son angle d'attaque, créant ainsi un avantage lors des combats aériens rapprochés lorsqu'il doit se désengager ou prendre position pour tirer des missiles air-air.
Système radar et d'autodéfense électronique Irbis-E
Le Su-35 utilise le radar passif à balayage électronique Irbis-E, dont la portée de détection peut atteindre 350 km dans des conditions optimales. Ce radar peut suivre jusqu'à 30 cibles et en engager simultanément 8 à l'aide de missiles tels que le R-77 ou le R-27.
Le système de contre-mesures électroniques Khibiny, monté sur les ailes, réduit la probabilité d'être verrouillé par les radars ennemis, améliorant ainsi la capacité de survie face aux missiles antiaériens de moyenne portée. Ce système assiste le Su-35 lors de ses pénétrations en zones à forte densité de défense aérienne, notamment lors des missions d'attaque au sol.
Armes polyvalentes de puissance de feu et d'attaque au sol
Bien que conçu principalement pour les missions de supériorité aérienne, le Su-35 est également équipé d'armements air-sol. Au début du conflit, il aurait participé à de nombreuses missions d'escorte et de suppression des défenses aériennes, utilisant des missiles antiradar Kh-31P et des missiles à guidage électro-optique Kh-29TD pour attaquer des cibles terrestres de grande valeur.
La capacité de combiner des missiles air-air avec des armes d'attaque au sol, ainsi que la capacité d'emporter des roquettes guidées, permet au Su-35 de passer rapidement des missions de protection de formation aux missions d'engagement de cibles tactiques.
tactiques de combat et modèle d'« appui-feu »
Les capacités multirôles du Su-35 en font un élément essentiel des opérations de tir coordonnées. Cet appareil peut détruire les avions de chasse, les hélicoptères et les drones ennemis, tout en servant de guide aux missiles sol-sol ou aux drones d'attaque pour approcher des cibles tactiques.
Moscou déploie une stratégie de mutualisation des forces, combinant le Su-35 avec le système de défense aérienne terrestre S-400, les systèmes Buk-M3 et les systèmes de désignation de cibles pour drones. Dans ce modèle, le Su-35 constitue un maillon d'une architecture de combat intégrée, recevant et partageant des données sur les cibles au lieu d'opérer comme une plateforme autonome.
Au niveau opérationnel, lorsqu'il opère conjointement avec l'avion de détection avancée A-50U et les systèmes de défense aérienne à longue portée, le Su-35 peut utiliser des données de cible au-delà de sa propre portée radar, améliorant ainsi l'efficacité du combat aérien au-delà de la portée visuelle.
Performances aériennes et risques liés à la défense aérienne terrestre
D'après les rapports publiés, le Su-35 aurait remporté plus de victoires aériennes que tout autre avion de chasse depuis la fin de la Guerre froide. Un combat notable a eu lieu le 5 mars 2022, lorsque des pilotes russes ont annoncé avoir abattu quatre chasseurs ukrainiens Su-27 près de Jytomyr au cours d'une seule mission.
De nombreuses sources affirment que le Su-35 a également abattu plusieurs MiG-29, Su-24M, Su-25, hélicoptères Mi-8 et des dizaines de drones de différents types. Durant ses trois ans et demi de combats, aucun Su-35 n'a été abattu en combat aérien.
Cependant, au moins trois Su-35 ont été abattus par la défense aérienne ukrainienne alors qu'ils opéraient à basse altitude ou attaquaient des cibles au sol. Ceci illustre les risques importants liés à l'utilisation d'avions de chasse de génération 4++ dans un environnement de défense aérienne dense, notamment lorsqu'ils doivent descendre pour améliorer la précision de leurs armements air-sol.
Limitations technologiques à venir pour la prochaine génération d'avions de chasse.
Bien que toujours considéré comme l'un des avions les plus maniables au monde, le Su-35 commence à atteindre ses limites technologiques face à ses concurrents de nouvelle génération. Les analystes occidentaux estiment que le radar Irbis-E est inférieur au radar AESA (Active Electronically Scanned Array) du F-35 ou du J-20 en termes de traitement du signal et de capacités de brouillage.
La cellule du Su-35 utilise moins de matériaux composites, ce qui entraîne une signature radar plus importante que celle des avions conçus dès le départ selon les normes de furtivité. Ses capacités de réduction de signature infrarouge et de liaison de données sont considérées comme moyennes, ce qui limite sa capacité de survie lors de combats aériens à longue portée contre des adversaires dotés de capteurs et de réseaux de données plus avancés.
Pour pallier ce manque, la Russie a intégré le missile air-air R-77M au Su-35. Ce missile, d'une portée supérieure à 180 km, est doté d'un autodirecteur radar actif et accroît la capacité de détruire des cibles hors de portée visuelle. Parallèlement, le logiciel de conduite de tir a été modernisé, permettant au Su-35 d'étendre ses capacités de combat air-air au niveau opérationnel, notamment grâce à la réception de données de désignation de cibles provenant des A-50U et des réseaux de défense aérienne terrestres.
| Catégorie | Points saillants par source |
|---|---|
| Radar Irbis-E | Avec une portée de détection allant jusqu'à 350 km, il peut suivre 30 cibles et engager simultanément 8 cibles à l'aide de missiles R-77/R-27, mais il est inférieur aux radars AESA en termes de traitement du signal et de capacités anti-brouillage. |
| moteur et maniabilité | Le moteur AL-41F1S est doté d'un contrôle vectoriel 3D, permettant des manœuvres telles que le Cobra de Pugachev et la manœuvre Herbst, augmentant ainsi la supériorité aérienne à courte portée. |
| Furtivité et survie | Le fuselage utilise moins de matériaux composites, possède une signature radar plus importante que les avions de cinquième génération et offre des capacités de furtivité infrarouge et de liaison de données moyennes. |
| Armes air-air | L'intégration du R-77M, d'une portée de plus de 180 km, avec un autodirecteur radar actif augmente sa capacité à détruire des cibles au-delà de la portée visuelle. |
Importance de la production, des exportations et de l'industrie
Selon Vadim Badekha, directeur général de la United Aircraft Corporation (UAC), Moscou accélère la chaîne de production du Su-35 à la fois pour compléter sa flotte nationale et pour honorer de nouveaux contrats avec des pays étrangers.
En 2025, l'Algérie, l'Iran et l'Éthiopie ont confirmé leurs commandes de Su-35, l'Iran devant mettre en service son premier lot dès l'année suivante. Cela démontre que le Su-35 conserve un important potentiel à l'exportation, notamment pour les pays ayant besoin d'avions de chasse performants mais ne disposant pas des ressources financières ou de l'accès aux avions de combat de cinquième génération.
Les chaînes de production de Komsomolsk-sur-l'Amour sont hautement automatisées et utilisent presque exclusivement des matériaux d'origine nationale pour la cellule et le radar, réduisant ainsi la dépendance aux composants importés. Selon les analystes, le maintien d'une production à grande échelle du Su-35 contribue également à consolider la base industrielle russe, facilitant la transition vers le Su-57 dans les années à venir.
Globalement, le Su-35 demeure la pierre angulaire des forces de chasse russes sur le champ de bataille ukrainien, alliant maniabilité, puissance de feu multirôle et réseau d'appui au sol. Parallèlement, ses limitations technologiques par rapport aux chasseurs de nouvelle génération contraignent Moscou à poursuivre la modernisation de ses systèmes d'armement et de capteurs, et à opérer une transition progressive vers des plateformes plus modernes.


