Économie

Restructuration institutionnelle pour « ouvrir la voie » à une croissance à deux chiffres.

Phuong Chi April 30, 2026 09:30

L’objectif d’une croissance à deux chiffres ne concerne pas seulement les capitaux et les politiques macroéconomiques, mais avant tout les « règles du jeu » de l’économie.

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Contenu + Design:Phuong Chi30 avril 2026

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Objectifcroissance2 nombresIl ne s'agit pas seulement d'une question de capitaux et de politiques macroéconomiques, mais avant tout d'une question de « règles du jeu » en économie. Selon M. Dau Anh Tuan, secrétaire général adjoint et directeur du département juridique de la Chambre de commerce et d'industrie du Vietnam (VCCI), le principal obstacle réside actuellement dans le système juridique.quelques pointsLa superposition des processus et le manque de vision à long terme dissuadent les entreprises d'adopter une perspective durable. Pour parvenir à des avancées significatives, les réformes ne peuvent se limiter à la simplification des procédures ; elles doivent s'orienter vers une restructuration des institutions, afin de créer un cadre stable et transparent propice à l'investissement et au développement.

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PV :L'objectif d'une croissance à deux chiffres est souvent envisagé sous l'angle de la gestion macroéconomique. Cependant, à un niveau plus fondamental, de nombreux experts estiment qu'il s'agit essentiellement d'un défi institutionnel. Dès lors, selon vous, quels sont les principaux freins institutionnels qui limitent actuellement le taux de croissance du Vietnam ?

Monsieur Dau Anh Tuan:Quand on parle de croissance à deux chiffres, on pense souvent immédiatement à la politique monétaire, à la politique budgétaire, aux investissements publics et à l'attraction des IDE. Ces éléments sont importants, certes, mais ils ne sont que du carburant dans une machine. Si la machine a un problème, aucune quantité de carburant ne la fera tourner plus vite. Les institutions sont cette machine.

Le principal obstacle que j'ai constaté en travaillant avec de nombreuses entreprises réside dans la complexité, le chevauchement et l'imprévisibilité de notre système juridique commercial. Les entreprises vietnamiennes d'aujourd'hui ne manquent ni d'idées, ni de capitaux, ni de marchés. Ce qui leur fait peut-être défaut, c'est la sécurité juridique nécessaire pour oser investir massivement et adopter une vision à long terme.

Prenons un exemple concret. Une entreprise souhaitant mettre en œuvre un projet de production doit simultanément se conformer à la loi sur les investissements, au droit foncier, au droit de la construction, à la loi sur la protection de l'environnement, à la loi sur la prévention et la lutte contre les incendies, ainsi qu'à une série d'autres réglementations. Prises individuellement, chaque loi peut sembler raisonnable, mais à l'intersection de ces lois, des boucles procédurales se créent, laissant les entreprises perplexes. Pour obtenir un permis de construire, elles ont besoin de droits d'utilisation du sol ; pour se voir attribuer un terrain, elles doivent obtenir une autorisation d'investissement, laquelle requiert des informations foncières détaillées. Pour établir une étude d'impact environnemental, elles ont besoin d'un plan de base, mais ce plan n'est pertinent qu'une fois le plan d'aménagement du site défini. Ainsi, les procédures sont interdépendantes et l'entreprise se retrouve prise dans un cercle vicieux.

Mais le problème ne réside pas uniquement dans le texte de loi. Il est plus profond, dans l'organisation verticale de l'appareil d'État, où chaque ministère et secteur élabore les lois dans son domaine, faute d'un mécanisme de coordination intersectorielle suffisamment robuste. De ce fait, si chaque loi peut être pertinente individuellement, leur combinaison crée un véritable labyrinthe dans lequel les entreprises doivent se frayer un chemin. Et lorsqu'elles ne parviennent pas à s'y retrouver, elles n'ont que deux options : soit cesser d'investir, soit emprunter un chemin détourné, source de coûts occultes. Ces deux options sont préjudiciables à l'économie.

Si le Vietnam souhaite véritablement atteindre une croissance durable à deux chiffres, il doit lever les obstacles qui empêchent les capitaux existants d'être investis dans la production et les entreprises. Il s'agit d'un défi institutionnel qui implique de changer radicalement les pratiques en vigueur depuis de nombreuses années.

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PV :En réalité, de nombreuses entreprises supportent non seulement des coûts de mise en conformité tangibles, mais aussi des « coûts cachés » liés à la superposition des lois et à leur application. Pensez-vous que le problème fondamental réside dans la qualité des réglementations elles-mêmes, ou dans l'organisation de leur application ? Et comment pouvons-nous remédier à cette situation à la source ?

M. Dau Anh Tuan :La réponse honnête est : les deux, et ils sont intimement liés d'une manière qu'il est très difficile de séparer.

Concernant la qualité de la réglementation, force est de constater que le système juridique vietnamien des affaires, bien que vaste, manque de clarté. Il existe une profusion de documents, une superposition de niveaux, des lois aux décrets, circulaires et autres documents d'orientation. Nombre de réglementations emploient un langage vague et ambigu, comme « conformément aux dispositions de la loi » sans préciser de quelle réglementation il s'agit, ou « dans les cas nécessaires » sans que la notion de « nécessaire » soit clairement définie. Cette ambiguïté est loin d'être anodine. Elle ouvre la voie à une application arbitraire, source de coûts cachés pour les entreprises.

Mais se contenter d'examiner la qualité des réglementations écrites ne suffit pas. C'est lors de leur mise en œuvre que les entreprises ressentent le plus fortement les risques. Une même loi peut être interprétée différemment par l'administration fiscale de la province A et celle de la province B. Les entreprises possédant des usines dans trois ou quatre provinces différentes doivent composer avec trois ou quatre interprétations différentes d'une même réglementation. C'est là que résident les coûts cachés : non pas en impôts ou en taxes, mais en temps, en efforts, en anxiété, et même en dépenses non identifiées engagées pour « faire en sorte que tout se déroule sans accroc » lorsque la réglementation est floue.

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Il existe un paradoxe souvent négligé : plus la réglementation est vague sur le papier, plus le pouvoir réel de ceux qui l’appliquent est grand. Et lorsque ce pouvoir n’est pas encadré par des critères clairs et transparents, le risque d’arbitraire est très élevé. Les entreprises ne craignent pas les lois strictes, mais les lois floues. Des lois strictes encadrent la conformité, tandis que des lois floues peuvent mener à une conformité abusive, voire à une non-conformité justifiée, selon l’interprétation qu’en fait l’inspecteur.

Pour s'attaquer au problème à la racine, je crois qu'il faut faire trois choses simultanément :

Premièrement, il convient d'améliorer la qualité des textes juridiques en exigeant que chaque réglementation réponde à des normes claires et spécifiques, afin que les lecteurs sachent ce qu'ils doivent faire sans avoir besoin des explications d'un avocat.

Deuxièmement, il est nécessaire d'établir un mécanisme unifié d'interprétation des lois. Actuellement, lorsqu'une entreprise rencontre des difficultés, elle doit contacter chaque organisme individuellement, et chaque organisme fournit une réponse différente par courrier officiel. Bien que ces courriers ne constituent pas des textes de loi, ils ont un impact concret sur les entreprises. Il est indispensable de disposer d'un interlocuteur unique et habilité pour l'interprétation officielle, et ces interprétations doivent être rendues publiques afin que chacun puisse s'y conformer.

Troisièmement, il est essentiel de quantifier les coûts de mise en conformité. Chaque nouvelle réglementation doit répondre à la question suivante : combien de temps et d’argent les entreprises perdront-elles pour s’y conformer, et les avantages pour l’État justifient-ils ces coûts ? Une évaluation transparente des coûts de mise en conformité permettra de mettre en évidence les réglementations abusives.

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PV :L'une des conditions d'une croissance forte et durable est la capacité des entreprises à anticiper et à élaborer des plans à long terme. Or, force est de constater que de nombreuses politiques sont modifiées à la hâte, sans feuille de route claire pour la transition, à l'instar du décret n° 46 relatif à la sécurité alimentaire. Cette situation complique l'adaptation des entreprises et accroît les risques juridiques. Selon vous, la stabilité du droit doit-elle être considérée comme un « bien public » de l'économie ? Et si oui, investissons-nous suffisamment dans ce bien ?

M. Dau Anh Tuan :J'apprécie beaucoup cette façon d'aborder le problème. La stabilité du droit est un « bien public », et je crois qu'il s'agit de l'un des biens publics les plus sous-estimés au Vietnam aujourd'hui.

Voyez les choses ainsi : lorsqu’une entreprise décide d’investir dans une usine, le cycle de vie du projet est généralement de 10 à 15 ans. Tous les calculs sont effectués en fonction du cadre juridique en vigueur : incitations fiscales, conditions d’utilisation des sols, normes environnementales, coûts de main-d’œuvre, etc. L’ensemble du calcul financier, des flux de trésorerie au seuil de rentabilité, repose sur l’hypothèse que les règles du jeu ne changeront pas du jour au lendemain. Or, moins d’un ou deux ans plus tard, un nouveau décret est publié et, avant même que les circulaires d’application puissent être diffusées, la loi est modifiée. Toute l’équation commerciale est bouleversée.

Le cas du décret n° 46 relatif à la sécurité alimentaire que vous avez évoqué est un exemple typique. Mais il n'est pas isolé. Dans de nombreux secteurs, de l'immobilier aux énergies renouvelables en passant par le commerce électronique, des entreprises nous ont signalé que les changements de politique sont trop rapides, trop brusques et ne prévoient pas de période de transition suffisante. Certaines entreprises ont investi des centaines de milliards de dongs dans l'énergie solaire grâce au mécanisme de tarif d'achat garanti (FIT). Or, ce mécanisme a changé, des projets sont restés inachevés, des capitaux ont été immobilisés et les banques ont exigé un remboursement. Ce préjudice n'affecte pas seulement les entreprises elles-mêmes, mais l'ensemble de l'économie.

L'impact de l'instabilité politique est double.

Le premier niveau de coûts concerne les dépenses directes : les entreprises doivent constamment se tenir au courant des réglementations, adapter leurs processus, former à nouveau leur personnel et embaucher des avocats et des consultants supplémentaires afin de vérifier qu’elles ne contreviennent à aucune règle. Pour les petites et moyennes entreprises, ce coût représente une charge importante.

Le second niveau est bien plus dangereux : le coût d’opportunité. Les entreprises retardent leurs investissements, hésitent à se développer et sont réticentes à innover en raison de l’incertitude qui règne autour du cadre juridique. L’argent reste sur les comptes bancaires au lieu d’être injecté dans l’économie. Les investisseurs étrangers comparent le Vietnam à la Thaïlande, à l’Indonésie et à la Malaisie, et ils choisissent le pays où les règles du jeu sont les plus stables. C’est une perte qui ne figure pas au bilan, mais qui est bien réelle.

Investissons-nous suffisamment dans cet actif ? Je ne le crois pas. Et notre façon d’investir doit également évoluer. Concrètement, je propose trois pistes.

Premièrement, une période de transition minimale de 12 à 24 mois devrait être prévue pour les changements de politique ayant un impact direct sur les entreprises, sauf en cas d'urgence.

Deuxièmement, pour les projets d'investissement importants et de longue durée, une clause de stabilisation devrait être appliquée, s'engageant à ne pas appliquer rétroactivement les modifications fiscales et les incitations défavorables pendant une période déterminée. Il s'agit d'une pratique internationale adoptée par de nombreux pays de la région.

Troisièmement, en matière de conception du système, il est essentiel de distinguer clairement deux niveaux : le niveau stable, qui comprend les principes fondamentaux tels que les droits de propriété, la liberté d’entreprendre et la liberté contractuelle, et qui doivent impérativement rester stables ; et le niveau flexible, qui comprend les réglementations techniques et les conditions commerciales spécifiques, lesquelles peuvent être adaptées en fonction de la pratique, mais doivent s’inscrire dans une feuille de route précise. Tout ne saurait fluctuer simultanément.

La stabilité juridique ne signifie pas que le droit demeure figé, mais plutôt qu'il évolue de manière ordonnée et prévisible, tout en respectant les engagements pris. C'est sur cette base que les entreprises peuvent oser voir grand et investir massivement, et c'est également le fondement d'une croissance économique durable.

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La Chambre de commerce et d'industrie du Vietnam (VCCI) a organisé un atelier pour examiner les obstacles à la mise en œuvre des nouvelles politiques et lois relatives à la sécurité alimentaire. (Photo : VCCI)
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M. Dau Anh Tuan, secrétaire général adjoint et chef du département juridique de la Chambre de commerce et d'industrie du Vietnam (VCCI), intervient lors de l'atelier sur la résolution des obstacles à la politique de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour les secteurs de l'agriculture, de la sylviculture et de la pêche. Photo : VCCI

PV :Pendant de nombreuses années, la réforme a généralement été perçue comme une simplification des procédures et une amélioration des conditions d'affaires, mais il semble que la prochaine étape exige une approche plus profonde : une restructuration du système juridique. Selon vous, quelle est la différence entre « réforme technique » et « réforme structurelle » ? au sein du système économique, et quelle est la position du Vietnam dans ce processus ?

M. Dau Anh Tuan :La réforme technique vise à fluidifier le fonctionnement du système actuel : simplification des procédures, réduction des délais d’obtention des licences et numérisation des processus. Le Vietnam a accompli des progrès considérables ces dernières années et obtenu des résultats remarquables. Toutefois, pour l’optimiser pleinement, il est nécessaire de repenser entièrement le système juridique.

La bonne nouvelle est que le Vietnam n'est plus seulement au seuil d'une réforme structurelle, mais qu'il est bel et bien entré dans cette phase. La Conclusion n° 09 du Politburo, publiée en mars 2026 et relative à la modernisation du système juridique, constitue un document historique, définissant des orientations inédites à un niveau politique aussi élevé.

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Grand-pèreDau Anh Tuan, secrétaire générale adjointe et directrice du département juridique de la VCCI, lors de l'atelier sur le rôle des entreprises dans l'élaboration et l'application de la loi sur les normes et les réglementations techniques. Photo : VCCI.
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Cérémonie de signature du protocole d'accord entre la Fédération vietnamienne du commerce et de l'industrie (VCCI) et le Comité national des normes, de la métrologie et de la qualité. Photo : VCCI
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M. Dau Anh Tuan, secrétaire général adjoint et chef du département juridique de la VCCI, prend la parole lors de l'atelier de consultation sur la création d'un indice vert provincial. Photo : VCCI.

Je souhaite souligner trois points importants de la Conclusion 09 qui présentent un intérêt particulier pour le monde des affaires.

Premièrement, il est essentiel d'établir une distinction claire entre les normes juridiques publiques et privées. Il s'agit d'un principe fondamental. Le droit public, qui régit les relations entre l'État, les citoyens et les entreprises, doit être rigoureux, précis et transparent, conférant aux institutions étatiques des pouvoirs suffisants tout en maîtrisant les risques d'abus. Le droit privé, quant à lui, qui régit les relations entre les personnes physiques et morales, doit se limiter à définir un cadre de principes, permettant aux parties de conclure des accords à l'amiable, pourvu qu'elles respectent les interdictions. En d'autres termes, l'État doit contrôler strictement son propre pouvoir et favoriser l'innovation parmi les citoyens et les entreprises. Si ce principe est appliqué rigoureusement, il libérera un potentiel économique considérable.

Deuxièmement, l'objectif est de simplifier le système réglementaire en limitant à un seul type de document la publication par chaque entité compétente, réduisant ainsi la multiplication des documents d'orientation détaillés. C'est la solution fondamentale pour démêler le labyrinthe de circulaires et de décrets auquel les entreprises sont confrontées depuis longtemps. Un système rationalisé et plus transparent permettra de réduire considérablement les coûts de mise en conformité.

Troisièmement, l'objectif est très précis : hisser l'environnement d'investissement vietnamien parmi les trois meilleurs des pays de l'ASEAN d'ici 2028. Il ne s'agit plus d'un slogan, mais d'un engagement assorti d'échéances et de résultats mesurables. Par ailleurs, la conclusion n° 9 insiste sur la nécessité de privilégier les mécanismes d'expérimentation contrôlés (bacs à sable) pour les nouveaux secteurs économiques, faisant ainsi évoluer le rôle du législateur d'une approche directive à une approche proactive. C'est cette vision législative constructive que le monde des affaires attendait depuis longtemps.

J'envisage cette période avec un optimisme justifié. Alors que l'ensemble du système politique qualifie la réforme institutionnelle de « percée majeure », et que le Politburo a publié une conclusion distincte sur le cadre juridique assortie d'orientations très précises et progressistes, le Vietnam se trouve véritablement à l'heure de passer d'une réforme technique à une réforme structurelle. L'enjeu crucial réside désormais dans la rapidité et la qualité de la mise en œuvre, afin de transformer ces orientations pertinentes en réalités concrètes que les entreprises pourront ressentir au quotidien.

PV:Compte tenu des mouvements actuels de réforme institutionnelle, quel type d'état d'esprit et de compétences les entreprises doivent-elles développer pour s'adapter et saisir les opportunités offertes par cette nouvelle phase de croissance ?

Grand-pèreDau Anh Tuan:Je tiens à rappeler au monde des affaires que la réforme institutionnelle n'incombe pas uniquement à l'État. Les entreprises en sont à la fois bénéficiaires et partenaires, et elles doivent également s'y préparer.

Tout d'abord, penchons-nous sur l'état d'esprit. La période à venir sera une ère de transformation, et toute transformation s'accompagne d'incertitudes. Les anciennes réglementations seront abolies, de nouvelles seront mises en place, les méthodes de gestion évolueront et l'appareil gouvernemental sera restructuré. Les entreprises qui s'en tiennent aux vieilles habitudes et aux relations établies rencontreront des difficultés. Celles qui sauront s'adapter, comprendre le droit et les politiques publiques, et participer à l'élaboration des politiques, sauront saisir les opportunités.

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Plus précisément, je crois que les entreprises doivent se préparer dans trois domaines.

Le premier aspect concerne la capacité juridique. Cela peut paraître évident, mais en réalité, de nombreuses entreprises vietnamiennes, notamment les PME, n'ont pas investi suffisamment dans leurs services juridiques, ni dans la veille et la mise à jour de leurs politiques. Dans un environnement juridique en constante évolution, la capacité à comprendre la loi et à s'y conformer de manière proactive n'est plus un « coût », mais un « investissement » très rentable. Une entreprise qui maîtrise les nouvelles réglementations pourra tirer parti des incitations, éviter les risques et prendre des décisions plus rapidement que ses concurrents.

Le second aspect concerne la capacité de gouvernance. Les réformes institutionnelles feront progressivement évoluer l'approbation préalable vers l'approbation a posteriori, et la recherche d'une autorisation préalable vers l'autonomie. Les entreprises bénéficieront ainsi d'une plus grande liberté, mais aussi d'une obligation de rendre des comptes accrue. Celles qui disposent de systèmes de gouvernance performants, de transparence et de contrôles internes rigoureux s'adapteront aisément au nouvel environnement. En revanche, celles qui ont l'habitude de prendre des risques et d'improviser seront confrontées à des risques plus importants lorsque les mécanismes d'approbation a posteriori seront renforcés.

Le troisième aspect, et à mon sens le plus important, est la capacité de participation. Pendant longtemps, de nombreuses entreprises ont adopté une mentalité du type « laissons le gouvernement s'en charger, concentrons-nous sur nos activités ». Mais dans les mois à venir, avec l'approfondissement des réformes institutionnelles, la voix des entreprises dans le processus d'élaboration des politiques deviendra cruciale. Personne ne comprend mieux l'impact d'une réglementation que ceux qui la subissent au quotidien. La Chambre de commerce et d'industrie du Vietnam (VCCI) a proposé que les entreprises soient impliquées dès la phase d'élaboration des politiques, en tant que co-concepteurs et non comme de simples sujets dont on sollicite l'avis. Cependant, pour participer efficacement, les entreprises doivent être capables d'analyse critique et savoir présenter les problèmes en s'appuyant sur des données et des analyses, et non pas seulement sur leurs émotions.

Je suis optimiste car je vois émerger au Vietnam une nouvelle génération d'entrepreneurs non seulement compétents en affaires, mais aussi au fait des politiques, des lois et du management moderne. Ils n'attendent pas que le gouvernement change pour s'adapter ; au contraire, ils participent activement au processus de changement. Ils adhèrent à des associations professionnelles, contribuent à l'élaboration des lois et formulent des critiques constructives et responsables des politiques publiques. C'est le modèle auquel le monde des affaires vietnamien devrait aspirer.

Et je tiens à souligner un dernier point. La période de réforme institutionnelle profonde est aussi celle où les règles du jeu s'égalisent. Lorsque les lois sont plus claires, que leur application est plus cohérente et que le recours aux faveurs est réduit, l'avantage concurrentiel appartiendra aux entreprises dotées de réelles compétences, et non à celles qui bénéficient de bonnes relations.

En résumé, il faut adopter une attitude proactive plutôt que passive, s'impliquer plutôt que se détacher, et investir dans les compétences plutôt que de s'appuyer sur les relations. La réforme institutionnelle offre de formidables opportunités, mais celles-ci ne s'offrent qu'à ceux qui sont prêts.

PV :Merci, Monsieur Dau Anh Tuan, pour cet échange franc !

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Restructuration institutionnelle pour « ouvrir la voie » à une croissance à deux chiffres.
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