Le triangle stratégique Russie-Chine-États-Unis : coopération, confrontation ou négociation ?
Les visites successives du président américain Donald Trump et du président russe Vladimir Poutine à Pékin en moins d'une semaine placent le triangle stratégique Russie-Chine-États-Unis au centre de l'attention internationale. Derrière ces poignées de main diplomatiques se cachent des luttes de pouvoir, des calculs stratégiques et une redéfinition de l'ordre mondial entre les trois principales puissances actuelles.
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Les visites successives du président américain Donald Trump et du président russe Vladimir Poutine à Pékin en moins d'une semaine placent le triangle stratégique russo-chinois au centre de l'attention internationale. Derrière ces poignées de main diplomatiques se cachent une compétition de puissance, des calculs stratégiques et une redéfinition de l'ordre mondial entre les trois principales puissances actuelles.
Le journal et la radio/télévision Nghe An ont eu un échange avec le major général Le Van Cuong et l'avocat Hoang Viet concernant les récents développements dans les relations Russie-Chine-Amérique et leur impact sur le paysage mondial.
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Effectuer:Huong Giang - Truong Hang - Huu Quan21 mai 2026

PV :Général Le Van Cuong, bien que les responsables russes insistent sur le fait que la visite du président Poutine n'a aucun lien avec celle du président américain Donald Trump, le fait que les deux dirigeants se soient rendus à Pékin à seulement cinq jours d'intervalle a particulièrement retenu l'attention du public. Selon vous, s'agit-il d'une simple coïncidence diplomatique ou d'un message délibéré envoyé par Pékin et Moscou ?
Général de division Le Van Cuong :En effet, l'arrivée du président Poutine à Pékin seulement cinq jours après le départ du président américain Donald Trump a suscité de nombreuses discussions internationales, alimentant les soupçons quant à une éventuelle coordination secrète entre les trois principales puissances mondiales.

En réalité, il ne s'agit que d'une simple coïncidence. Le voyage du président Poutine était prévu en décembre 2025 pour commémorer le 25e anniversaire de la signature du Traité d'amitié et de coopération entre la Chine et la Russie en Chine. Quant à la visite du président Donald Trump, elle devait avoir lieu en avril, mais en raison de l'escalade du conflit entre les États-Unis et Israël, les États-Unis ont été contraints de la reporter à mai. Par conséquent, à mon avis, ce n'est qu'une coïncidence.

PV :Maître Hoang Viet, avez-vous un autre point de vue concernant cet événement diplomatique ?
L'avocat Hoang Viet :Mon opinion diffère légèrement de celle du général de division Le Van Cuong. Ces visites étaient toutes planifiées de longue date. Cependant, le changement d'agenda du président Donald Trump, qui a programmé sa visite en Chine moins d'une semaine avant celle de Poutine, laisse penser à une manœuvre délibérée de la part de la Chine. Cela démontre que la Chine devient un acteur majeur sur la scène internationale. Actuellement, la Russie et les États-Unis sont tous deux engagés dans des conflits. Pour la Russie, il s'agit de la guerre en Ukraine, qui a débuté en février 2022 et se poursuit encore aujourd'hui ; malgré sa puissance considérable, la Russie n'a pas encore réussi à maîtriser pleinement le conflit ni à y mettre fin. Quant aux États-Unis, leur guerre contre l'Iran constitue également un problème complexe ; malgré leur immense force militaire, les États-Unis et Israël ne sont pas encore parvenus à contraindre l'Iran à la reddition.

Alors que les États-Unis et la Russie sont tous deux impliqués dans de tels conflits, la présence du président Xi Jinping est indispensable aux deux pays. De toute évidence, la position et la puissance de la Chine ne cessent de croître.

PV :Avant ce voyage, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que la Russie et la Chine ne sont « alliées contre personne », mais qu'elles coopèrent pour la paix et la prospérité communes.Monsieur Hoang Viet, selon vous, quel est l'objectif principal de la visite de M. Poutine en Chine cette fois-ci ?
L'avocat Hoang Viet :La visite du président Poutine en Chine revêt une importance particulière. Depuis 2013, les dirigeants russe et chinois se sont rencontrés une quarantaine de fois. Depuis le début du conflit ukrainien en 2022, ce nombre s'élève à neuf rencontres. Cela témoigne de l'évolution significative des rôles et des positions de la Russie et de la Chine. La Russie est actuellement confrontée à de nombreuses difficultés et sa dépendance à l'égard de la Chine s'accroît. Lors de cette visite, les deux parties ont signé une quarantaine d'accords de coopération. Notamment, les deux dirigeants ont également signé une déclaration commune visant à renforcer la coordination stratégique globale et à approfondir les relations d'amitié et de bon voisinage ainsi que la coopération entre la Chine et la Russie.

PV :Général Le Van Cuong, quelle est votre analyse des différences entre les objectifs du président russe Vladimir Poutine et du président américain Donald Trump, tous deux ayant choisi la Chine comme destination ?
Général de division Le Van Cuong :Comme je l'ai mentionné, la visite simultanée des dirigeants russe et américain en Chine démontre la position centrale de Pékin, dont le rôle est crucial, au point que les États-Unis et la Russie en ont besoin. Je tiens toutefois à souligner que l'état d'esprit du président américain Donald Trump et du président russe Vladimir Poutine lors de cette visite en Chine partage un point commun : tous deux sont dans l'impasse et confrontés à des difficultés sur la scène internationale.

Le président Trump est embourbé dans une guerre avec Israël contre l'Iran, un conflit que je considère comme une grave erreur de sa part. Parallèlement, le président Poutine est aux prises avec la guerre interminable en Ukraine. Ce contexte place les deux dirigeants dans une position de faiblesse face au président Xi Jinping.
Cependant, les objectifs de leurs voyages étaient complètement différents :
L’objectif de la visite du président Trump en Chine était de stabiliser les relations stratégiques et de mettre en place des mécanismes de gestion des risques, plutôt que d’élargir la coopération bilatérale.

Parallèlement, l'objectif du président Poutine est de renforcer et d'approfondir davantage le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine, notamment dans le contexte des nombreuses difficultés auxquelles la Russie est confrontée après plus de trois ans de guerre en Ukraine, en particulier au début de l'année 2026.

PV :Suite à sa visite en Chine, le président Donald Trump a qualifié son voyage de franc succès. Dès lors, Général, cette amélioration des relations sino-américaines aura-t-elle des répercussions sur la relation stratégique entre la Russie et la Chine, voire la fragilisera-t-elle ?
Général de division Le Van Cuong :L'affirmation du président Donald Trump selon laquelle ce voyage fut un « grand succès » relève de son appréciation politique personnelle, tandis que la communauté internationale adopte une vision plus réaliste. Le principal résultat de ce voyage a été de jeter les bases d'une stabilisation des relations sino-américaines, évitant ainsi un effondrement total. Des accords tels que l'achat par la Chine de 200 avions Boeing ou les promesses d'achat accru de produits agricoles, de céréales et de viande bovine ne sont que des accords superficiels et exploratoires.

Derrière cette belle façade se cache une montagne de contradictions et de divergences stratégiques entre les États-Unis et la Chine, qu'ils n'ont pas pu aborder lors du sommet. Leurs visions du monde sont diamétralement opposées ; ils ne l'affirment tout simplement pas publiquement.
À l'inverse, la relation russo-chinoise est fondamentalement différente car les deux pays partagent une vision du monde commune. Pékin et Moscou estiment tous deux que le monde unipolaire actuel, dominé par les États-Unis, est injuste, antidémocratique et autoritaire. Au cœur des relations politiques de haut niveau entre la Russie et la Chine se trouve leur volonté de collaborer avec d'autres pays afin d'inciter les puissances du Sud à faire évoluer le monde d'un système unipolaire vers un système multipolaire. Il s'agit d'un fondement stratégique immuable. Par conséquent, le réchauffement temporaire des relations sino-américaines ne saurait ébranler l'axe russo-chinois.

PV :Monsieur Hoang Viet, avez-vous des informations ou des analyses supplémentaires concernant les calculs sous-jacents à la relation sino-américaine actuelle ?
L'avocat Hoang Viet :Comme l'a analysé le général de division Le Van Cuong, la rencontre sino-américaine, bien qu'affichant une façade d'amitié, était en réalité empreinte de tensions. Un détail resté confidentiel a révélé une profonde méfiance : les États-Unis avaient acheminé toutes leurs provisions, de l'eau à la nourriture, depuis Washington. Durant leurs deux jours en Chine, les membres de la délégation américaine n'ont touché à aucun aliment ni boisson du pays hôte afin d'éviter le prélèvement de leurs données biologiques et sanitaires. Même lorsque le président Donald Trump s'est vu offrir un verre, il a fait mine de le lever avant de le reposer ; les agents de sécurité américains l'ont alors immédiatement retiré.

Par ailleurs, des personnalités accompagnant la délégation, comme le secrétaire d'État Marco Rubio – connu au Sénat américain pour ses initiatives contre l'influence chinoise – ont fait preuve d'une grande prudence lors de leur poignée de main avec le président Xi Jinping. Avant même d'embarquer pour rentrer aux États-Unis, la délégation américaine a laissé sur place tous les cadeaux symboliques offerts par la Chine, des plus petits badges aux épingles de sûreté. Les journalistes américains présents à bord ont également reçu la consigne de ne rien emporter de Chine.

Ces détails montrent que, même si Donald Trump fait des déclarations fortes et peut rapidement changer d'avis, les actions concrètes des États-Unis restent limitées et étroitement contrôlées par leur système de sécurité intérieure.
À mon avis, les relations entre les États-Unis et la Chine ne sont actuellement stables qu'en apparence, alors que des divergences et des conflits stratégiques profonds persistent.

PV :Général de division Le Van Cuong, au vu de cette analyse, comment évaluez-vous l'équilibre des pouvoirs au sein du trio Russie-Chine-États-Unis actuel ? Vers quelle direction cette relation penche-t-elle : coopération, confrontation ou négociation d'avantages ?
Général de division Le Van Cuong :Pour évaluer l’équilibre des pouvoirs et la position des grandes puissances dans le contexte actuel, il convient de considérer deux aspects :
Le premier,Même si le président Donald Trump est embourbé au Moyen-Orient, que la guerre commerciale lancée l'an dernier n'a pas tenu ses promesses, que les États-Unis connaissent des troubles internes et que les relations avec leurs alliés européens de l'OTAN sont tendues en raison des réductions d'aide annoncées, il ne faut pas en conclure, à tort, que les États-Unis se sont affaiblis au point de perdre leur rôle dominant. Dans ce trio, les États-Unis restent la première superpuissance.

Lundi,La Chine occupe actuellement la position diplomatique la plus avantageuse car elle reste à l'écart des conflits, évitant ainsi tout enchevêtrement. De prime abord, elle apparaît comme un acteur proactif, mais elle est toujours confrontée à de nombreux problèmes internes et ne peut pas encore se substituer aux États-Unis. Quant à la Russie, la guerre, qui dure depuis plus de trois ans et demi, a considérablement réduit son influence et son pouvoir sur la scène internationale.
Par conséquent, si l'on devait les classer en fonction de leur puissance globale, l'ordre actuel serait le suivant : premièrement, les États-Unis, deuxièmement, la Chine et troisièmement, la Russie.
Cependant, elles sont inextricablement liées. La sécurité de l'Atlantique et de l'Europe demeure largement déterminée par les États-Unis et la Russie, tandis que la région Asie-Pacifique est dominée par les États-Unis et la Chine. Par conséquent, la structure actuelle du pouvoir mondial est encore marquée par une dynamique mouvante et une limitation mutuelle entre ces trois puissances. Celles-ci déterminent les grandes tendances de la politique et de la sécurité mondiales.

PV :Monsieur Hoang Viet, êtes-vous d'accord avec cette évaluation de l'ordre du pouvoir et de l'influence ?
L'avocat Hoang Viet :Je suis d'accord, le monde évolue dans une direction différente. Auparavant, les superpuissances jouaient un rôle absolument dominant, mais ce rôle est en déclin.
Bien que la puissance des États-Unis ait quelque peu diminué, et bien que l'on constate clairement que, malgré leur grande force militaire (comme en témoigne leur intervention dans le conflit iranien), la question de savoir si la force militaire se traduit par une force politique est tout autre. C'est ce qui a limité l'influence américaine. Parallèlement, le rôle de la Chine ne cesse de croître.
À ce stade, nous prévoyons que les trois pays – les États-Unis, la Russie et la Chine – devront trouver un moyen de coopérer, dans une certaine mesure, pour résoudre et mettre fin aux conflits, contribuant ainsi à apaiser les tensions internationales. Toutefois, la lutte pour le pouvoir et la suprématie entre les deux principales puissances, les États-Unis et la Chine, se poursuivra certainement avec intensité dans les mois à venir.
PV : Oui, merci au général de division Le Van Cuong et à l'avocat Hoang Viet pour cette conversation franche et cette analyse très pertinente aujourd'hui !



