Crevettes de rivière
(Baonghean) – Je suis retourné dans mon village natal pendant la saison sèche, alors que l'été touchait à sa fin et que les cigales chantaient à pleins poumons dans l'immensité de la forêt. Les barques semblaient tristes elles aussi, leurs coques abaissées sur la rive, abandonnées et destinées à servir de buffles pour labourer et de chevaux pour les enfants du village. Le soleil n'était plus aussi brûlant qu'avant, grâce aux nuages qui traversaient soudainement le ciel. La rivière paraissait gonfler, exhalant une brise fraîche qui me pénétrait jusqu'au plus profond de mon être. C'était le signe que les premières pluies de la saison allaient arriver.
Ce signe se reconnaît aussi à la migration ascendante des fourmis, aux cris des amphibiens ou aux éclaboussures des poissons. C'est également la période où les espèces aquatiques se recherchent, se reproduisent et, à marée montante, se dispersent dans toutes les directions, assurant ainsi le développement et la perpétuation de leurs espèces. La nature est incroyablement habile à établir et à maintenir l'équilibre écologique de cette planète immense et fragile, vulnérable aux catastrophes naturelles omniprésentes. Parmi ces espèces, la crevette d'eau douce est la plus rapide : en une semaine seulement, de l'œuf à la coquille, elle peut parcourir de nombreux endroits et devenir une source de nourriture courante pour les habitants de ma ville natale.
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| Image illustrative - source : Internet |
À la campagne, on pêche les crevettes à l'aide de filets souples à petites mailles. Le filet est solidement attaché à un anneau de fer de 6 mm muni d'un manche assez long. Le fond doit être légèrement profond pour que même les poissons, les crevettes ou les grenouilles ne puissent s'échapper. On l'appelle un filet. Comme les crevettes vivent près du rivage, sous des touffes de jacinthes d'eau ou des bancs d'algues et d'herbes marines, il suffit de glisser le filet dessous et de le remonter rapidement pour les attraper facilement.
Les crevettes d'eau douce, avec leurs longues antennes et leur museau dur, sont très difficiles à manger pour les enfants. On les plonge donc dans l'eau bouillante et on les remue avec des baguettes jusqu'à ce que les antennes se recourbent, puis on les détache. La tête de la crevette adhère fortement aux antennes et se sépare donc aussi du cou.
Retirez les crevettes de l'eau et laissez-les égoutter. Elles auront alors une belle couleur rose rougeâtre. Elles servent à préparer des plats simples mais inoubliables. Les crevettes bouillies, enveloppées dans une feuille de riz avec des légumes frais et nappées de sauce nuoc-mâm aigre-douce, sont un plat que presque tout le monde connaît et a déjà goûté. Pour une version plus savoureuse, faites-les sauter avec des feuilles de combava et de la citronnelle, ou grillez-les avec de l'ail et enroulez-les avec de la viande bouillie et divers légumes sauvages. Les crevettes sont meilleures lorsqu'elles sont cuites à point : leur chair est alors charnue, brillante, sucrée et croquante. Si vous les faites sauter trop longtemps, leur chair rétrécira et deviendra pâteuse, mais c'est le seul moyen de conserver ce plat pendant plusieurs jours.
Aujourd'hui, les crevettes se sont invitées dans les restaurants, devenant un incontournable des tables des festins les plus raffinés. Elles offrent aux citadins l'occasion de se remémorer, ne serait-ce qu'un instant, leur enfance à la campagne. Ce simple geste suffit à sublimer des plats déjà délicieux. Pour eux, l'image d'un enfant des champs, pieds nus et tête découverte, mangeant du riz dans des feuilles de palmier tout en courant dans les champs ou en allant à l'école, est devenue rare ; certains n'ont même plus accès à ce lieu de souvenirs, ce qui la rend encore plus précieuse.
Ly Thi Minh Chau



