En créant la BSF, les États-Unis cherchent-ils à modifier la carte politique en Syrie ?
La création de la Force de sécurité des frontières (BSF) encouragerait les efforts des forces séparatistes pour partitionner la Syrie.
Le projet de la coalition antiterroriste dirigée par les États-Unis, avec ses alliés des Forces démocratiques syriennes (FDS), d'établir une Force de sécurité des frontières (FSF) dans le nord de la Syrie alimentera le mouvement séparatiste dans ce pays du Moyen-Orient.
Quelles sont les intentions des États-Unis en établissant la Force de sécurité des frontières syriennes ?
Dans une interview accordée à l'agence de presse Sputnik le 15 janvier, Fateh Hassoun, représentant de la principale opposition syrienne participant aux pourparlers de paix d'Astana (Kazakhstan), a déclaré que le déploiement par les États-Unis d'une force de sécurité frontalière en Syrie pourrait encourager les efforts des forces séparatistes visant à partitionner le pays, modifiant ainsi la carte politique syrienne. Selon ce responsable, les États-Unis poursuivent plusieurs objectifs dans la mise en œuvre de ce plan.
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| Les Forces démocratiques syriennes célèbrent leur victoire à Raqqa. Photo : Businessinsider. |
« L’objectif principal de la création de la BSF est d’empêcher la Turquie de déployer des forces armées le long de sa frontière avec la Syrie. Le second objectif est de créer une région aux frontières sécurisées, séparée de la Syrie. D’autres objectifs, encore non dévoilés, sont également visés », a déclaré Fateh Hassoun. Ce responsable a également laissé entendre que, par ce plan, les États-Unis ambitionnent de surpasser la Russie en tant que puissance influente majeure dans la région.
Plus tôt dans la journée du 13 janvier, le Defense Post citait un porte-parole de la coalition antiterroriste dirigée par les États-Unis, qui déclarait que la coalition entraînait environ 30 000 soldats en territoire syrien contrôlé par les FDS afin de maintenir la sécurité dans la région frontalière syrienne.
Cette force a pour mission de protéger les territoires repris par les FDS à l'État islamique autoproclamé (EI) le long de la frontière nord de la Syrie avec la Turquie, de la frontière sud-est avec l'Irak et de la région le long de la vallée de l'Euphrate.
À ce sujet, l'agence de presse russe RT a cité Omar Nashabe, analyste politique et de sécurité pour le Moyen-Orient, qui a déclaré que, suite à la défaite de Daech en Syrie, les États-Unis envisagent désormais la création d'une zone spéciale au sein du territoire syrien, soit un petit État enclavé dans un État plus vaste. C'est pourquoi les États-Unis emploient le terme « frontière » lorsqu'ils évoquent les forces de sécurité qui seront bientôt mises en place. Ainsi, l'intention des États-Unis de diviser la Syrie apparaît on ne peut plus claire.
Omar Nashabe avance plusieurs raisons expliquant cette décision américaine. Premièrement, la création de la BSF empêcherait le gouvernement syrien d'exercer un contrôle total sur le territoire national.
Plus important encore, les principaux alliés des États-Unis au Moyen-Orient, notamment Israël, ne souhaitent pas voir le gouvernement syrien, avec ses alliés l'Iran et le Hezbollah, remporter une victoire totale en Syrie. La création d'un petit État au sein de la Syrie servirait les intérêts des États-Unis et de leurs alliés. Il est probable que les États-Unis aient soigneusement pris en compte tous ces facteurs.
Le projet des États-Unis et de leur coalition d'établir une force de sécurité frontalière dans le nord de la Syrie a provoqué une vive réaction de la Russie, de la Turquie et du gouvernement syrien, risquant d'attiser davantage le conflit au Moyen-Orient.
La Turquie déploie des troupes et du matériel militaire près de la frontière syrienne.
Dernièrement, le ministère turc des Affaires étrangères a déclaré que les BSF (Forces d'autodéfense britanniques) constituaient une menace pour la sécurité nationale et a annoncé une riposte ferme. La Turquie a immédiatement déployé un important contingent de troupes et de matériel militaire dans la zone frontalière avec la Syrie. L'agence de presse Anadolu, citant des sources militaires, a rapporté le 15 janvier que des dizaines de véhicules blindés étaient arrivés dans le district de Reyhanli, province de Hatay, au sud-est du pays. Par ailleurs, un convoi de 20 véhicules transportant des troupes et des armes est arrivé dans le district de Viransehir, province de Şanlıurfa, également au sud-est.
Ces forces sont chargées d'appuyer les unités militaires stationnées le long de la frontière syrienne afin de stabiliser la sécurité. Cette initiative turque intervient au lendemain de l'annonce par le président Recep Tayyip Erdoğan du lancement prochain d'une opération militaire visant la ville d'Afrin – contrôlée par les Unités de protection du peuple kurde (YPG) dans le nord de la Syrie – afin d'« éliminer le terrorisme » à la frontière.
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| Un soldat armé des Unités de protection du peuple kurde. Photo : RT. |
Le président Erdogan a également accusé les YPG de tenter de créer un « corridor terroriste » à la frontière sud de la Turquie, reliant Afrin aux zones contrôlées par les Kurdes à l'est.
Les relations entre les États-Unis et la Turquie sont tendues depuis longtemps en raison de la question kurde. La Turquie considère les YPG (principalement composées de combattants kurdes syriens et composante essentielle des Forces démocratiques syriennes – FDS) comme une extension du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation que la Turquie, les États-Unis et l'Union européenne considèrent comme terroriste. De leur côté, les États-Unis soutiennent depuis longtemps les FDS, qu'ils considèrent comme la principale force de lutte contre le terrorisme en Syrie.
La Russie et le gouvernement syrien mettent en garde contre de fortes représailles.
Lors d'une conférence de presse à Moscou le 15 janvier, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a souligné que l'action unilatérale des États-Unis consistant à déployer une force militaire en Syrie pourrait avoir de graves conséquences. Cette action n'est pas de nature à favoriser le processus de paix en Syrie et, au contraire, risque d'aggraver le conflit entre les forces turco-kurdes. La Russie espère que les États-Unis fourniront des explications quant à cette décision.
Le même jour, Vladimir Chamanov, président de la commission de la défense de la Douma d'État russe (chambre basse du Parlement), a déclaré que la Russie et ses alliés prendraient toutes les contre-mesures nécessaires. Interrogé sur le point de savoir si la formation du BSF (Bataillon des forces spéciales) par la coalition dirigée par les États-Unis était contraire aux intérêts russes en Syrie, M. Chamanov a affirmé que de telles actions de la coalition constituaient une confrontation directe avec les intérêts russes et que, par conséquent, la Russie et ses alliés coordonneraient leurs efforts pour stabiliser la situation en Syrie.
L’agence de presse SANA a par ailleurs cité une déclaration du ministère syrien des Affaires étrangères affirmant que la décision américaine s’inscrit dans une politique visant à déstabiliser le pays, à exacerber les tensions et les conflits au Moyen-Orient et à entraver la recherche d’une solution pacifique pour la Syrie. Le ministère a exhorté la communauté internationale à « démasquer le complot américain » et à prendre des mesures pour mettre fin à la politique « dominatrice et expansionniste » des États-Unis.
Le communiqué mettait également en garde contre les conséquences néfastes pour la paix et la sécurité internationales et soulignait que tout citoyen syrien rejoignant les forces de la BSF de la coalition dirigée par les États-Unis serait accusé de trahison. Il réaffirmait en outre la détermination du gouvernement syrien à résister à toute tentative de division du pays, afin de protéger la souveraineté nationale et les intérêts du peuple syrien.




