La présence de la Turquie sur le « grand échiquier » de la région du Golfe.

July 24, 2017 21:46

(Baonghean) - Suite aux activités de « diplomatie navette » de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la France et des États-Unis dans la région du Golfe, le président turc se rend actuellement dans trois pays de la région : le Qatar, l'Arabie saoudite et le Koweït, afin d'écouter les opinions de toutes les parties impliquées dans la résolution de la crise diplomatique entre les États arabes du Golfe et le Qatar.

Les observateurs estiment que, qu'elle réussisse ou non, cette nouvelle initiative diplomatique montre que la Turquie souhaite « faire sentir sa présence » sur la « grande scène » de la région du Golfe afin d'accroître son influence politique et économique sur l'ensemble du Moyen-Orient.

Tổng thống Recep Tayyip Erdogan (trái) gặp  quốc vương Kuwait Sheikh Sabah Al Ahmad Al Jaber Al Sabah tại Kuwait hôm 23/7. Ảnh TRT
Le président Recep Tayyip Erdogan (à gauche) rencontre l'émir du Koweït, le cheikh Sabah Al Ahmad Al Jaber Al Sabah, au Koweït le 23 juillet. Photo : TRT

Changez votre approche.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan est le cinquième homme politique étranger à se rendre dans la région du Golfe pour aider à résoudre la crise entre les pays arabes et le Qatar, après des diplomates britanniques, français, allemands et américains.

Cette visite a suscité une attention internationale considérable, et l'on s'attend à ce que la Turquie joue un rôle particulier dans la résolution des tensions actuelles.

En tant que membre de l'Organisation de la coopération islamique, la Turquie entretient actuellement des liens étroits avec les États du Golfe, notamment une alliance étroite avec le Qatar et une « amitié » avec l'Iran.

Dès le début de la crise du Golfe, la Turquie a choisi sa position dans cette crise diplomatique : se ranger du côté du Qatar.

D'un point de vue diplomatique, le gouvernement d'Ankara s'est toujours opposé, dès le départ, à la rupture des relations diplomatiques entre les pays arabes voisins et le Qatar.

Sur le plan économique, la Turquie a immédiatement fourni au Qatar de la nourriture et de l'eau pour Doha après que l'Arabie saoudite a intensifié ses efforts pour isoler le Qatar en fermant ses frontières et en suspendant les vols.

Sur le plan militaire, le Parlement turc a adopté en urgence, le 7 juin, une loi autorisant l'armée du pays à accéder à une base militaire turque au Qatar.

Plus d'un mois et demi s'est écoulé et, parallèlement à ses efforts pour soutenir sans réserve son allié qatari, la Turquie a progressivement infléchi sa position sur le dossier en proposant une médiation entre les parties. La visite du Premier ministre Erdogan dans les trois pays du Golfe en témoigne.

Le dirigeant turc estime que la prolongation de la crise diplomatique dans le Golfe ne profitera à personne. Il a critiqué les « ennemis » qui cherchent à « attiser les tensions entre nations sœurs » du Golfe.

Dans cette dernière initiative diplomatique, le président Erdogan a défini la position de la Turquie comme étant celle du camp de la « paix, de la stabilité, de l'unité et du dialogue » dans la crise du Golfe.

Le président Erdogan a déclaré son soutien aux efforts de médiation du Koweït, tout en reconnaissant le rôle important de l'Arabie saoudite dans la résolution des tensions actuelles entre les quatre États du Golfe et le Qatar.

Le président turc n'a pas non plus manqué de proposer de « tout faire pour » résoudre le différend entre « frères de la région du Golfe ».

Tổng thống Tayyip Erdogan phát biểu trước quốc hội Thổ Nhĩ Kỳ hôm 13/6/2017, tái lập trường ủng hộ Qatar. Ảnh AP
Le président Recep Tayyip Erdoğan s'est adressé au Parlement turc le 13 juin 2017, réaffirmant son soutien au Qatar. (Photo AP)

Possibilités d'accroître son influence

Le changement d'approche et de position de la Turquie face à la crise diplomatique du Golfe, passant d'un soutien sans réserve au Qatar à un soutien au dialogue entre les parties, n'est pas difficile à comprendre pour les raisons suivantes :

Premièrement, les tensions actuelles dans le Golfe nuisent aux relations et aux intérêts de la Turquie dans la région. Parmi les exigences des pays arabes envers le Qatar figure la fermeture par Doha de la base militaire turque située sur son territoire.

Le président turc Erdogan a déclaré que les exigences des États du Golfe constituent une ingérence dans les relations bilatérales entre la Turquie et le Qatar – « deux pays qui ont le droit de choisir leurs partenaires, de nouer des amitiés et de former des alliances ». De toute évidence, si les tensions persistent, la Turquie sera fortement désavantagée dans le maintien de sa présence stratégique dans la région.

Deuxièmement, compte tenu des relations tendues actuelles entre la Turquie et l'Union européenne et les États-Unis, Ankara doit également se méfier de l'impact négatif potentiel sur ses relations avec la puissance régionale, l'Arabie saoudite.

Par conséquent, la visite d'Erdogan dans les trois pays du Golfe cette fois-ci n'avait pas seulement pour but de « sonder » la position de l'Arabie saoudite sur la crise du Golfe, mais aussi d'apaiser la nation dirigeante en isolant le Qatar afin d'éviter des confrontations bilatérales.

Par ailleurs, la Turquie souhaite également renforcer son image et son rôle en dialoguant avec toutes les parties prenantes de la région du Golfe. Selon les observateurs, le déséquilibre des pouvoirs persiste au Moyen-Orient, chacun cherchant à affirmer son influence dans une compétition ouverte et conflictuelle.

Dans ce contexte, la Turquie, pays considéré comme un acteur majeur du monde islamique, ne souhaite certainement pas rester à l'écart et se contenter d'observer l'évolution de la situation politique dans le Golfe. Comparée au Koweït, la Turquie dispose de davantage d'atouts si elle souhaite s'impliquer davantage dans la médiation de la crise du Golfe, grâce aux liens qu'Ankara entretient avec toutes les parties concernées.

Une fois qu'une solution adéquate aux tensions actuelles aura été trouvée, la Turquie jouera un rôle plus important dans la région. Il faut toutefois reconnaître que le président Erdoğan devra relever davantage de défis que les autres alliés de l'OTAN pour parvenir à une avancée décisive dans le règlement de cette crise.

Néanmoins, ces dernières initiatives diplomatiques montrent clairement que la Turquie cherche à affirmer son rôle sur l'échiquier international dans la région du Golfe. Le succès de cette mission de médiation dépendra de la bonne volonté et des concessions de toutes les parties concernées.

Thanh Huyen

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