Sommet Russie-Inde : une poignée de main stratégique et un message pour la paix
Lors de sa première visite à New Delhi en quatre ans, le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre indien Narendra Modi ont abordé des questions clés liées à la défense, à l'énergie et au commerce. Au cours de cette rencontre, le dirigeant indien a souligné son soutien à tous les efforts visant à instaurer la paix en Ukraine.

Objectif commercial de 100 milliards de dollars.
Le 5 décembre, New Delhi a déroulé le tapis rouge pour le président russe Vladimir Poutine lors d'une cérémonie grandiose, ponctuée notamment d'une salve de 21 coups de canon au palais présidentiel Rashtrapati Bhavan. Cette visite intervenait alors que l'Inde s'efforçait de maintenir un équilibre dans ses relations internationales complexes, tout en subissant la pression des nouveaux droits de douane américains sur les importations de pétrole russe.
Cette visite a pour objectif de dynamiser les échanges bilatéraux, actuellement fortement orientés vers les importations énergétiques de l'Inde. Moscou et New Delhi ambitionnent de porter ces échanges à 100 milliards de dollars d'ici 2030, tout en diversifiant la gamme des biens échangés.
Depuis le début du conflit ukrainien il y a près de quatre ans, l'Inde est devenue le principal acheteur de pétrole brut russe par voie maritime. Cependant, New Delhi est également confrontée à des droits de douane imposés par l'administration Trump, visant à restreindre ces flux énergétiques.
Afin de résoudre les problèmes de paiement et de transport, les deux parties devraient annoncer une série de nouveaux accords. Selon Reuters, des banques russes telles que Gazprombank et Alfa Bank sollicitent l'autorisation d'opérer en Inde. Par ailleurs, le conglomérat russe Uralchem devrait signer des accords avec des partenaires indiens pour la construction d'une usine de production d'urée en Russie, garantissant ainsi un approvisionnement stable en engrais.
Le pilier de la défense nationale et le message de paix.
Outre l'économie, la défense demeure un pilier des relations russo-indiennes. Le ministre russe de la Défense, Andreï Belousov, a affirmé que l'industrie de défense russe était prête à soutenir l'Inde dans ses efforts pour atteindre l'autosuffisance en matière de production d'armements, conformément à la politique « Make in India » du Premier ministre Modi.
Le conflit en Ukraine figurait parmi les principaux sujets abordés. Dès le début des discussions, le Premier ministre Modi a clarifié la position de New Delhi.
L'Inde n'est pas neutre ; l'Inde a une position, et cette position est en faveur de la paix, a souligné Modi : « Nous soutenons tous les efforts en faveur de la paix et nous nous associons à toutes les initiatives proposées pour atteindre cet objectif. »
En réponse, le président Poutine a remercié M. Modi pour ses efforts et a déclaré que les deux parties avaient échangé des informations détaillées sur la situation en Ukraine ainsi que sur les mesures communes prises avec d'autres partenaires, notamment les États-Unis, en vue d'une solution pacifique.
Auparavant, Poutine avait rencontré des émissaires du président américain Donald Trump, mais aucun compromis n'avait été trouvé.
Le défi de gérer les pressions exercées par Washington.
Cette visite s'est déroulée dans un contexte de dilemme diplomatique pour l'Inde. Michael Kugelman, chercheur principal à l'Atlantic Council, a déclaré : « L'Inde est confrontée à un problème épineux ; toute initiative visant à renforcer ses liens avec Moscou ou Washington risque de nuire à ses relations avec l'autre pays. »
Dans un entretien accordé à India Today, le président Poutine a évoqué les pressions exercées par les États-Unis sur l'Inde concernant les questions énergétiques. Il a demandé : « Si les États-Unis ont le droit d'acheter notre combustible nucléaire, pourquoi l'Inde ne bénéficierait-elle pas du même privilège pour le pétrole ? Cette question mérite un examen approfondi, et nous sommes prêts à en discuter, notamment avec le président Trump. »
En effet, l'Inde a critiqué à plusieurs reprises les droits de douane américains, les jugeant déraisonnables, en soulignant que les États-Unis et l'Europe importent toujours des milliards de dollars d'énergie et de biens de Russie, allant du gaz naturel liquéfié (GNL) à l'uranium enrichi.
Malgré les nombreux défis à relever, la visite de Poutine est perçue comme une réaffirmation du partenariat stratégique privilégié entre les deux puissances eurasiennes, où les intérêts nationaux et la coopération concrète priment.


