De la résolution 80-NQ/TW à la mission de « préserver et transmettre » la mémoire de la nation.
La résolution 80-NQ/TW souligne le rôle central de la culture et énonce l'exigence de « mettre la culture au premier plan pour guider la voie », imprégnant profondément la politique, l'économie, la société, l'environnement, la défense nationale, la sécurité et les affaires étrangères.

La résolution 80-NQ/TW du Politburo sur le développement de la culture vietnamienne identifie la culture comme le fondement spirituel de la société, une ressource endogène importante et un système de régulation pour le développement rapide et durable du pays.
Dans le contexte de la transformation numérique, identifiée par le 14e Congrès national du Parti communiste vietnamien comme le principal moteur d'un nouveau modèle de croissance et d'une nouvelle méthode de développement, l'élaboration d'une stratégie visant à promouvoir la valeur des documents d'archives doit s'inscrire dans la stratégie nationale globale de développement culturel, tout en étant liée au développement des infrastructures de données, des services numériques et des industries culturelles basées sur le contenu numérique.
À l'occasion de l'ouverture officielle au public de l'« Espace de présentation du patrimoine documentaire mondial et des documents d'archives nationaux représentatifs » du Département des archives et des documents d'État (ministère de l'Intérieur), un journaliste de VNA s'est entretenu avec M. Dang Thanh Tung, directeur du Département, au sujet des efforts spécifiques déployés pour mettre en œuvre la résolution 80.
Résolution 80 – une « mesure » de l’efficacité de la promotion de la valeur des documents d’archives.
Monsieur, la résolution 80-NQ/TW est considérée comme un document d'orientation stratégique pour le développement culturel à l'ère nouvelle. Quelle est, selon vous, l'importance de cette résolution pour le secteur des archives ?
M. Dang Thanh Tung :La résolution 80-NQ/TW souligne non seulement le rôle fondamental de la culture, mais elle impose également de « donner l’exemple par la culture », ce qui imprègne profondément la politique, l’économie, la société, l’environnement, la défense nationale, la sécurité et les affaires étrangères. Ces exigences entraînent une conséquence importante : les institutions et les ressources qui constituent l’infrastructure culturelle – y compris le système d’archivage – doivent passer d’un rôle de soutien à un rôle constructif et de diffusion des valeurs.
Longtemps, la valorisation des documents d'archives a été perçue de manière relativement restrictive : elle consistait à organiser leur exploitation et leur utilisation à des fins de gestion, de recherche, de reproduction, de consultation, d'exposition et de diffusion. Toutefois, depuis la loi de 2024 sur les archives jusqu'à la résolution 80, la « valorisation » est devenue une stratégie culturelle à part entière dans l'environnement numérique.

Parce que les documents d'archives font partie de la mémoire nationale, contribuant à la formation de l'identité culturelle et des systèmes de valeurs ; ce sont des données originales d'une grande authenticité, qui peuvent être transformées en produits culturels et en ressources pédagogiques numériques ; et dans l'espace numérique, le manque de mécanismes de publication de documents officiels et originaux crée facilement un « déficit de connaissances », offrant un environnement propice à la désinformation et à la distorsion de l'histoire.
Par ailleurs, les exigences de la transformation numérique imposent une double mission aux archives : préserver les valeurs historiques et culturelles (patrimoine documentaire) et devenir une composante de l’infrastructure de données au service de la gouvernance moderne. Ceci est conforme aux orientations définies par le XIVe Congrès national du Parti communiste vietnamien, qui met l’accent sur la science et la technologie, l’innovation et la transformation numérique comme principaux moteurs du nouveau modèle de croissance.
Dans le même temps, la loi de 2024 sur les archives a clairement établi l'obligation de constituer une base de données de documents d'archives, de les connecter, de les partager et d'organiser leur utilisation et la promotion de leur valeur, tant dans les archives actuelles que dans les archives historiques.
La résolution 80 constitue donc non seulement le fondement politique et idéologique de la stratégie archivistique, mais aussi une « mesure » d'efficacité : les archives doivent apporter une contribution concrète au développement culturel, améliorer l'accès du peuple à la culture, renforcer le système de valeurs, développer l'industrie culturelle et consolider le soft power national.
- Peut-on donc comprendre que les documents d'archives ne sont plus seulement des documents administratifs ou des documents à des fins de gestion et de recherche ?
M. Dang Thanh Tung :C’est exact. Dans le cadre de la résolution 80, les documents d’archives doivent être redéfinis : non plus comme une simple source d’information, mais comme un patrimoine documentaire, la « source » d’où émanent les flux de connaissances, de mémoire et de croyances sociales.
Les documents d'archives possèdent de multiples dimensions patrimoniales : informationnelles, juridiques, historiques et surtout culturelles – mémoire, identité, traditions et normes. Cependant, ce « pouvoir intrinsèque » ne se développe pas spontanément si les documents restent simplement entreposés. Il ne se crée que lorsque la mémoire et le savoir historiques sont systématiquement diffusés, transformés en contenus pédagogiques, en produits culturels, en ressources d'apprentissage numériques, et intégrés à la vie spirituelle de la communauté.
Il faut donc passer d'une mentalité consistant à « posséder des documents » à une mentalité consistant à « créer un impact culturel à partir des documents ».
Conserver pour transmettre

L'une des exigences essentielles de la résolution 80 est de former un citoyen vietnamien épanoui. Selon vous, comment les documents d'archives peuvent-ils contribuer à l'éducation historique et encourager le patriotisme chez les jeunes générations ?
M. Dang Thanh Tung :La simple conservation sans transmission ne suffit pas. De nombreux pays à travers le monde consacrent des espaces importants à la mise en valeur de leur patrimoine documentaire. Au Vietnam, nous avons accompli un travail remarquable en matière de constitution d'archives pour le préserver. Mais si nous nous contentons de le préserver sans permettre aux jeunes, tant au Vietnam qu'à l'étranger, d'y accéder, alors sa valeur ne sera pas pleinement diffusée.
Nous avons identifié les jeunes comme le public cible principal de ce message d'information. Tant que leur culture générale reste encore vierge, leur fournir des informations authentiques sur l'histoire et les traditions est aussi un moyen de cultiver le patriotisme.
Il ne s'agit pas seulement d'un récit culturel, mais aussi d'une responsabilité envers le peuple vietnamien. Il ne s'agit pas seulement d'élever un enfant en bonne santé et intelligent, mais d'élever un Vietnamien qui aime son pays, chérit ses traditions et sait qu'il est né dans une lignée courageuse qui refuse de se soumettre.
MaisMais dans un contexte où les jeunes ont accès à tant de formes de divertissement, comment pouvons-nous capter leur attention ?
M. Dang Thanh Tung :L'enseignement de l'histoire devient bien plus captivant et convaincant lorsque les apprenants ont un accès direct aux sources originales. Un document administratif, une carte ancienne, une lettre manuscrite d'un dirigeant, un décret royal ou des archives impériales de la dynastie Nguyễn… tous ces documents sont autant de témoins de l'histoire.
En consultant ces documents, qu'ils soient originaux ou numérisés, les étudiants apprécieront davantage l'authenticité, la richesse et la continuité de l'histoire nationale. C'est un aspect que les manuels scolaires peinent souvent à transmettre pleinement.
La transformation numérique est une condition préalable, mais non une fin en soi. La simple numérisation des documents papier ne suffit pas. Il est essentiel de trouver des moyens adaptés aux jeunes d'y accéder. Ces moyens doivent être directs, ciblés et répondre aux besoins du public, notamment des jeunes.
Nous développons activement des sorties scolaires thématiques, concevons des contenus adaptés à chaque groupe d'âge et collaborons avec les enseignants pour intégrer les ressources archivées dans les cours. Ainsi, ces ressources ne sont pas simplement stockées, mais deviennent de précieux outils pédagogiques visuels.
Actuellement, le Département accélère la numérisation des documents rares et précieux, tout en développant des produits numériques : expositions en ligne, vidéos de présentation, conférences en ligne, etc. Ces produits servent non seulement le marché national, mais aident également les amis internationaux à voir, entendre et « toucher » les racines et la culture du Vietnam.
Nous espérons également que dans la période à venir, à la lumière de la résolution 80, les archives bénéficieront d'une plus grande attention de la part de la société et de l'État afin de continuer à mieux remplir leur mission de préservation et de transmission des valeurs culturelles traditionnelles aux jeunes générations.
Avec la résolution 57-NQ/TW du Politburo sur la transformation numérique, la mise en œuvre de la numérisation et le passage du papier aux documents électroniques comme supports d'information, et la résolution 80 sur le développement culturel, le secteur des archives a reçu des « ailes », contribuant à renforcer la valeur des documents d'archives.
Développer la coopération, construire une plateforme numérique.
— Monsieur, comment le ministère compte-t-il développer sa coopération avec les écoles ?
M. Dang Thanh TungNous allons collaborer avec les établissements scolaires et proposer au ministère de l'Intérieur d'échanger des idées avec le ministère de l'Éducation et de la Formation afin d'intégrer dans les écoles des ressources pédagogiques historiques issues des archives. Il s'agira non seulement de textes, mais aussi de films, d'extraits vidéo, de sites web présentant des aperçus d'événements historiques, d'expositions numériques et de livres numériques (livres mobiles) que les élèves pourront consulter directement sur leur téléphone.
Par le passé, les Centres des Archives nationales ont également organisé de nombreuses activités dans les écoles de Lam Dong, d'Hô Chi Minh-Ville et de Hanoï. Mais, conformément à la résolution 80, cette approche sera plus systématique et coordonnée.
Les documents originaux revêtent une valeur inestimable. Lorsque les élèves consultent des textes originaux, sources d'information primaires, leur perspective sur l'histoire est radicalement différente de celle qu'ils acquièrent en se contentant de lire une page d'un livre. De plus, la publication d'informations authentiques issues de documents d'archives est une obligation inscrite dans la loi de 2024 sur les archives, qui vise à lutter contre la désinformation et la diffusion d'informations non vérifiées en ligne.
Lors de l'événement de lancement de l'Espace du patrimoine documentaire, de nombreux délégués internationaux et étudiants étaient présents. Pourquoi le département s'intéresse-t-il particulièrement à ce public ?
M. Dang Thanh Tung :Les Archives d'État et l'Administration des documents ont une longue tradition de coopération internationale avec des organismes d'archives en Russie, en France, en Chine, aux États-Unis, au Japon, en Corée du Sud et dans d'autres pays.
L'accès des étudiants internationaux à des informations authentiques sur l'histoire et la culture vietnamiennes favorisera un plus grand attachement au pays et à son peuple. Les souvenirs positifs de la culture vietnamienne d'aujourd'hui constitueront une ressource précieuse pour la coopération internationale future. C'est également un moyen de concrétiser la politique d'amitié du Vietnam envers tous les pays.
MaisIl a également évoqué la mise en place d'une plateforme numérique nationale pour les documents et les archives.
M. Dang Thanh TungConformément aux tâches qui lui ont été confiées, le Département se coordonnera avec le Ministère de la Sécurité publique pour construire et exploiter une plateforme numérique nationale de gestion et d'archivage de documents, qui devrait être mise en œuvre d'ici 2030. L'objectif est de centraliser les documents d'archives, notamment ceux produits pendant le fonctionnement des agences, en garantissant les principes de gestion des données : exactitude, exhaustivité, qualité, viabilité, cohérence et utilisation partagée.
Lorsque les données sont centralisées, vérifiées et sécurisées, elles deviennent une source d'information légitime, au service de divers aspects de la vie sociale à l'ère numérique.
J'aimerais ajouter que les documents importants, s'ils passent inaperçus, auront du mal à diffuser leur valeur. Transformer l'information contenue dans ces documents en un atout pour la nation exige la collaboration des médias, des établissements d'enseignement et de la société dans son ensemble.
Nous agissons ainsi non seulement à des fins de documentation ou de préservation culturelle, mais aussi pour l'édification du peuple vietnamien. Si la jeune génération n'est pas imprégnée des valeurs traditionnelles, alors, aussi riche soyons-nous, la survie de la nation ne pourra être assurée.
La résolution 80 lève un voile. La société perçoit désormais différemment le rôle de l'information originale, de la culture et des archives. Forte de cette prise de conscience, la communauté archivistique doit agir sans délai, sans attendre « une grande maison pour accueillir des invités », mais en consacrant activement les ressources les plus importantes de ses institutions à la revitalisation culturelle et au rayonnement du Vietnam auprès de la société.


