Conflit iranien : un « impact » inattendu redessine le paysage géopolitique russo-ukrainien.
L’escalade rapide du conflit en Iran ne se limite pas à la frontière du Moyen-Orient, mais engendre également de puissantes répercussions, ébranlant les marchés mondiaux de l’énergie et remodelant directement le paysage économique du conflit entre la Russie et l’Ukraine.

Le conflit s'est intensifié après la frappe aérienne américano-israélienne qui a tué le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, provoquant des représailles iraniennes contre Israël et dans tout le Golfe, et entraînant l'intervention du Hezbollah libanais.
En Ukraine, après quatre années de conflit avec la Russie, les répercussions du conflit iranien commencent à se faire sentir. Les perturbations des approvisionnements en pétrole et en gaz au Moyen-Orient et la flambée des prix de l'énergie ont renforcé les capacités d'exportation de pétrole de la Russie.
Les efforts de négociation de paix ont dévié de leur trajectoire.
Dans le but d'obtenir une victoire diplomatique en tant que médiateur, le président américain Donald Trump a activement œuvré pour que la Russie et l'Ukraine parviennent à un accord mettant fin au conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Cependant, l'escalade du conflit en Iran semble avoir fait dérailler le dernier cycle de négociations.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé cette semaine que le troisième cycle de pourparlers trilatéraux avec des responsables américains et russes se tiendra jeudi et vendredi (5 et 6 mars) à Abou Dhabi. Or, les Émirats arabes unis (EAU) figurent parmi les pays du Golfe touchés par des attaques iraniennes.
Une source proche des négociateurs ukrainiens a indiqué à l'AFP le 4 mars qu'aucune date n'avait encore été fixée pour la prochaine série de pourparlers. Zelensky a déclaré être ouvert à d'autres options, comme la Turquie ou la Suisse, pays qui avaient déjà accueilli des réunions.
La grande question est de savoir quelles ressources diplomatiques les alliés de l'Ukraine peuvent consacrer à la dissuasion de la Russie alors que la lutte contre l'Iran demeure la priorité absolue. Nombre des diplomates américains impliqués dans les négociations sur l'Ukraine sont les mêmes qui ont mené les négociations avec l'Iran, lesquelles ont échoué le mois dernier.
« La guerre en Iran ne mettra pas fin aux négociations sur l'Ukraine, même si, pour les Américains, l'Iran sera certainement une priorité absolue dans un avenir proche », a déclaré Volodymyr Fesenko, analyste politique ukrainien. Il a toutefois souligné que « l'ampleur et les conséquences de la guerre en Ukraine sont trop importantes pour être oubliées ».

La guerre des drones et le défi de la défense aérienne.
Le président Zelensky a reconnu qu'une guerre prolongée en Iran pourrait affecter la livraison de munitions pour les systèmes de défense aérienne que l'Occident fournit à l'Ukraine afin de protéger ses infrastructures critiques.
Kiev a notamment affirmé que, forte de son expérience sur le terrain, l'Ukraine avait développé avec succès une série d'intercepteurs de drones performants et peu coûteux, considérés parmi les meilleurs au monde. C'est pourquoi, le 3 mars, le président Zelensky a formulé une proposition d'« échange » audacieuse aux alliés des États-Unis au Moyen-Orient : l'Ukraine fournirait des intercepteurs de drones en échange de missiles de défense aérienne (tels que le PAC-3) afin de mieux protéger la région du Golfe contre les attaques iraniennes.
Cependant, les analystes estiment que peu d'éléments indiquent que le conflit iranien aura un impact direct sur la situation sur les lignes de front qui traversent l'Ukraine.
Dans une interview accordée au quotidien italien Corriere della Sera, le président Zelensky a déclaré que l'Ukraine pourrait avoir des difficultés à se procurer les missiles et les armes dont les États-Unis ont besoin pour leur campagne contre l'Iran. Il a également apporté son soutien aux frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, les qualifiant de « bonne décision ».
Selon Zelensky, l'Ukraine a subi des retards dans l'acheminement de l'aide en 2025 en raison du conflit israélo-iranien de douze jours. Il a toutefois affirmé que les livraisons prévues n'avaient pas été réduites et que l'aide des partenaires était acheminée comme prévu.

À l'heure actuelle, aucun rapport officiel n'indique que les États-Unis ou les pays européens envisagent de revoir leurs programmes d'aide militaire à l'Ukraine en raison de la crise iranienne. Le président américain Donald Trump a déclaré que la campagne militaire contre Téhéran pourrait durer plus longtemps que les quatre à cinq semaines initialement prévues.
Le journal ukrainien Strana a fait état des risques potentiels pour l'Ukraine liés aux événements impliquant l'Iran. L'article affirmait : « L'Ukraine pourrait perdre la totalité de son approvisionnement en missiles pour son système de défense aérienne. » En conséquence, Zelensky a exprimé son inquiétude face à la pression croissante des États-Unis dans les négociations avec la Russie, raison pour laquelle il a déclaré soutenir une action militaire contre l'Iran. « La pression pourrait s'intensifier à tout moment… C'est pourquoi les autorités ukrainiennes accueillent favorablement le début d'une guerre contre l'Iran », soulignait l'article.
Augmenter les exportations de pétrole de la Russie.
Depuis le début du conflit, l'Ukraine a intensifié sans relâche ses attaques à longue portée contre les installations pétrolières et gazières russes afin de paralyser ses sources de revenus. Les sanctions occidentales ont également ciblé directement les capacités d'exportation d'énergie de Moscou.
Selon l'AFP, les événements en Iran, notamment les attaques de drones contre les infrastructures énergétiques du Golfe, ont provoqué la panique sur les marchés, entraînant une flambée des prix du pétrole et offrant à Moscou l'opportunité d'accroître ses profits. Preuve en est, l'AFP indique que le prix du pétrole russe à l'exportation est passé de moins de 40 dollars le baril (en décembre) à environ 62 dollars le baril actuellement.
Cette hausse s'explique par les craintes de guerre et de perturbations du trafic pétrolier dans le détroit d'Ormuz, voie de passage essentielle pour le transport de 20 % de la consommation mondiale de pétrole. Par ailleurs, la suspension temporaire par le Qatar de sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) transporté par voie maritime intensifiera la concurrence pour les approvisionnements disponibles, notamment ceux en provenance de Russie.


