Élections législatives turques : un coup dur pour le parti au pouvoir.

June 9, 2015 09:33

(Baonghean) – Selon les résultats des élections législatives du 7 juin, avec plus de 99 % des votes dépouillés, comme l'avaient prédit les analystes mais contrairement aux attentes du président turc Recep Tayyip Erdoğan, le Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir, malgré avoir obtenu le plus grand nombre de voix, a perdu sa majorité au Parlement. Ce résultat constitue un revers majeur pour le parti au pouvoir depuis 13 ans, ainsi que pour les ambitions du président Erdoğan d'accroître son influence.

Pour la première fois en treize ans de pouvoir, le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Recep Tayyip Erdoğan n'a pas obtenu la majorité au Parlement. Avec plus de 99 % des votes dépouillés lors des élections législatives du 7 juin, les 258 sièges remportés – soit 41 % des suffrages – devraient être insuffisants pour permettre à M. Erdoğan de former un gouvernement monopartite, comme lors des élections précédentes. De plus, le score du parti a baissé de 10 % par rapport aux élections de 2011. Parallèlement, le Parti démocratique des peuples (HDP), pro-kurde, a réalisé un score remarquable de 25 %, dépassant ainsi le seuil de 10 % requis pour être représenté comme parti d'opposition au Parlement.

Tổng thống Thổ Nhĩ Kỳ Tayyip Erdogan. Nguồn: AP
Le président turc Recep Tayyip Erdoğan. Source : Internet

En réalité, selon les analystes, le succès électoral du Parti démocratique des peuples (HDP) s'inscrivait dans une stratégie préméditée. Afin de contrer les politiques jugées erronées du président Erdoğan, les partis d'opposition turcs ont cherché à s'unir et à consolider leur soutien au HDP, réduisant ainsi le soutien électoral au Parti de la justice et du développement (AKP). Les attaques de l'opposition contre le président Erdoğan portaient principalement sur divers points, tels que les politiques autoritaires, la dissimulation de la corruption et les dépenses somptuaires consacrées au palais présidentiel.

Non seulement les questions intérieures, mais aussi la politique étrangère d'Erdogan et du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir ont fait l'objet de vives critiques ces derniers temps. L'administration Erdogan est accusée de mener une politique sectaire dans la région, de soutenir l'islam sunnite en Irak et au Yémen et de détériorer les relations avec l'Iran et la Syrie. Outre son hostilité envers le président égyptien Al-Sissi, Erdogan est perçu comme éloignant de plus en plus la Turquie de ses partenaires et alliés occidentaux traditionnels, ainsi que de la région et du reste du monde.

Pour les électeurs turcs, le soutien au gouvernement du président Erdoğan a en réalité fortement décliné ces dernières années. Cela s'est particulièrement vérifié l'an dernier, lorsqu'un scandale de corruption impliquant de hauts responsables, dont le fils d'Erdoğan, a éclaté alors qu'il était Premier ministre. Par ailleurs, la dégradation de la situation économique a également contribué à cette perte de confiance du public envers le gouvernement. Ainsi, les résultats préliminaires témoignent clairement de la réaction de l'opinion publique à la stratégie du parti au pouvoir et au président Erdoğan lui-même. On constate également que les électeurs turcs ont officiellement rejeté le projet de réforme constitutionnelle du président Erdoğan, qui visait à passer d'un système parlementaire à un système présidentiel concentrant largement le pouvoir entre les mains du chef de l'État.

Les résultats de ces élections montrent également que le Parti de la justice et du développement (AKP) du président Erdoğan n'a pas seulement échoué à remporter les deux tiers des 550 sièges au Parlement, mais qu'il pourrait même devoir se préparer à former un gouvernement de coalition pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir en 2002, voire à instaurer un gouvernement minoritaire provisoire et à provoquer des élections anticipées. À ce stade, peut-être plus que jamais, après 13 ans au pouvoir, le président Recep Tayyip Erdoğan doit réexaminer l'ensemble de sa politique, qui n'a recueilli ni le soutien du peuple ni celui des différentes factions. S'il veut éviter de nouvelles difficultés dans sa carrière politique, des ajustements judicieux et harmonieux de sa politique intérieure et étrangère sont absolument indispensables. Ce n'est qu'à cette condition que le président Erdoğan pourra consolider sa position et que l'image et le prestige de la Turquie dans la région pourront être restaurés.

Phuong Hoa

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