L'Europe se dirige vers une « nouvelle ère de sécurité ».

Diep Khanh February 16, 2020 18:33

(Baonghean.vn) - Après trois jours de travail, la Conférence de Munich sur la sécurité en Allemagne s'est conclue par des discussions sur une série de questions de sécurité mondiale parmi les plus brûlantes.

Hội nghị An ninh Munich. Ảnh: MSC
Conférence de Munich sur la sécurité. Photo : MSC

L'attention de la communauté internationale se porte particulièrement sur les efforts coordonnés entre la France et l'Allemagne pour promouvoir la formation d'une alliance européenne de défense commune – une initiative qui, espèrent les deux pays, inaugurera une « nouvelle ère de sécurité » pour l'Europe, dans un contexte de relations de plus en plus tendues entre les États-Unis et l'Europe.

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Dans son discours très attendu à la Conférence de Munich sur la sécurité, le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'est félicité de la position des États-Unis en tant que première puissance mondiale, affirmant que « l'Amérique détient la clé d'un monde plus sûr ». Il a également cité des exemples tels que le rôle des États-Unis à la tête de la coalition militaire contre le groupe autoproclamé État islamique (EI), l'élimination de son chef, Al-Baghdadi, et les pressions diplomatiques exercées sur l'Iran, démontrant ainsi que les États-Unis n'ont pas négligé leurs alliés, contrairement aux rumeurs, et soulignant le succès de leurs campagnes sous leur commandement.

Ngoại trưởng Mỹ Mike Pompeo phát biểu tại Hội nghị An ninh Munich ngày 15/2. Ảnh: AFP
Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'exprime lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 15 février. Photo : AFP

Mais ce discours, avec ses nombreux détails illustrant la position américaine, n'a pas convaincu certaines personnalités clés en Europe, notamment le président français Emmanuel Macron.

Alors que les États-Unis se vantent de leur capacité à faire pression sur l'Iran, Macron y voit une impasse, empêchant les pays européens de maintenir leur politique étrangère autour de l'accord nucléaire iranien de 2015. De ce fait, Macron affirme que l'Europe ne peut pas toujours suivre les États-Unis et doit « agir en pensant à l'Europe », démontrant ainsi sa souveraineté par des capacités plus fortes et plus audacieuses sur la scène internationale. Et pour qu'une Europe plus forte puisse se défendre, elle a besoin d'une nouvelle puissance militaire au sein d'une nouvelle structure de sécurité – une structure non affectée par le Brexit et le départ du Royaume-Uni.

L'une des grandes idées de Macron est que les partenaires européens, notamment l'Allemagne, pourraient partager l'arsenal nucléaire français au lieu de dépendre uniquement du « parapluie nucléaire » américain, comme c'est le cas depuis la guerre froide.

Tổng thống Pháp
Le président français Emmanuel Macron prend la parole à la Conférence de Munich sur la sécurité.

L'idée, avancée par le président français Emmanuel Macron, que l'Europe devrait renforcer ses capacités de défense a reçu un soutien sans faille de la part de l'Allemagne. L'Allemagne invoque notamment le fait que la politique « L'Amérique d'abord » du président Donald Trump contraint ses alliés à « mener leur propre guerre », d'autant plus que Trump a maintes fois averti l'Europe qu'elle devait assumer davantage de responsabilités en matière de sécurité.

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a accusé sans détour la politique américaine d'être source d'instabilité, déclarant que « chaque année, le monde s'éloigne davantage de l'objectif de promouvoir la coopération internationale pour instaurer la paix dans le monde ». Parallèlement, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a appelé à la création d'une alliance européenne de défense dans les dix prochaines années, arguant que l'Europe dispose d'outils et d'intérêts communs et a donc besoin d'un mécanisme pour forger une volonté politique commune, permettant ainsi une coordination plus efficace des politiques européennes de défense et de sécurité à l'échelle internationale.

Tổng thống Đức Frank-Walter Steinmeier. Ảnh: AFP
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier. Photo : AFP

L'Allemagne a également cité l'exemple précis selon lequel l'Europe pourrait mener sa propre politique militaire dans la région du détroit d'Ormuz, indépendamment de la politique de « pression maximale » appliquée par les États-Unis à l'Iran. La France et l'Allemagne sont convaincues que leurs progrès significatifs en matière de coopération militaire ces derniers temps, notamment avec le Système de combat aérien du futur (FCAS) et le Système de combat terrestre principal (MGCS), leur permettront de prendre l'initiative de nouvelles actions à l'échelle paneuropéenne.

Deux piliers – un seul objectif

Toutefois, l'idée d'une Europe plus forte en matière de défense, dotée d'une force de défense commune, inquiète l'OTAN. Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a souligné que le fait que l'Europe assume davantage de responsabilités en matière de sécurité ne signifie pas qu'elle les assumera seule, sans les États-Unis.

Selon Jens Stoltenberg, les efforts visant à établir une force militaire européenne commune pourraient détériorer les relations transatlantiques, affaiblir les capacités de l'OTAN et même engendrer des divisions au sein même de l'Europe, compte tenu des ressources disparates de ses membres. Par conséquent, l'Europe doit trouver des moyens d'accroître ses responsabilités en matière de sécurité tout en préservant l'unité de ses 29 membres.

Binh sỹ lực lượng NATO
Soldats de l'OTAN.

Face aux inquiétudes concernant les divisions potentielles au sein de l'OTAN si l'Europe venait à se doter de ses propres forces de défense, le président français Emmanuel Macron a affirmé qu'il ne s'agissait ni d'un projet contre l'OTAN, ni d'un projet de remplacement de celle-ci. L'objectif de la création d'une force militaire européenne commune est de constituer un pilier supplémentaire de sécurité pour l'Europe, aux côtés de l'OTAN existante, et ces deux piliers partagent un but commun : « garantir la souveraineté européenne ».

Pour l'Europe, la responsabilité en matière de sécurité ne se résume pas à porter les dépenses de défense à 2 % du PIB, comme le préconisent les États-Unis, mais concerne son autonomie face aux enjeux de sécurité les plus pressants, indépendamment des décisions américaines. Il est clair que si l'Europe et les États-Unis partagent de nombreuses valeurs communes et ont combattu côte à côte dans de nombreuses campagnes majeures, ces « deux partenaires de part et d'autre de l'Atlantique » ont néanmoins des intérêts divergents, ce qui explique leurs approches différentes sur de nombreux sujets. Il ne s'agit pas seulement de la question nucléaire iranienne, citée en exemple par le secrétaire d'État Mike Pompeo dans son discours ; toute une série d'autres enjeux, tels que les relations avec la Russie et la guerre en Syrie, exigent la liberté d'action de l'Europe à travers des « politiques européennes », et non des « politiques transatlantiques ».

Tổng thư ký NATO Jens Stoltenberg phát biểu tại Hội nghị An ninh Munich ở Đức ngày 15/2. Ảnh: Reuters
Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, s'exprime lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, en Allemagne, le 15 février. Photo : Reuters

Les dirigeants français et allemands ont fait référence à plusieurs reprises à la mise en garde du président Donald Trump concernant un retrait des États-Unis de l'OTAN, y voyant une incitation pour l'Europe à devenir autonome en matière de sécurité grâce à une force militaire commune. Cependant, les analystes estiment que même si Donald Trump revenait sur cette mise en garde, ou même si un nouveau dirigeant le remplaçait aux États-Unis, la France et l'Allemagne poursuivraient leur projet de création d'une force européenne commune.

Car la philosophie sous-jacente à ce plan est l'aspiration à une indépendance et une autonomie européennes sur la scène internationale, à la mesure de sa population et de son développement économique. La France dispose actuellement d'une industrie d'armement développée et ses forces armées participent à de nombreuses campagnes indépendantes, sans coopération avec les États-Unis, notamment en Afrique. La France maintient également une politique relativement indépendante et directe, même au sein de l'OTAN. Parallèlement, l'Allemagne demeure la première économie européenne. Les analystes comparent l'alliance franco-allemande à une combinaison de « puissance » et de « finance », une alliance efficace susceptible de bouleverser la donne en matière de sécurité mondiale.

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