Enlevez votre masque et vivez !
(Baonghean.vn) – Un voile de brume brouille la frontière entre les masques et le vrai visage, entre la personnalité dissimulée et la véritable personnalité, entre le moi authentique et le moi social, entre le monde virtuel et la vie réelle… Comment le masque peut-il rester une simple partie de soi, sans l’éroder ni le dévorer ? Il nous faut enlever certains masques et vivre pleinement !
Ceux qui ont créé les premiers masques au monde auraient difficilement pu imaginer que, plus de 9 000 ans plus tard, le concept de masque deviendrait multiforme, non seulement comme symbole représentant l’âme pour se connecter au monde spirituel, mais aussi comme moyen d’exprimer un choix, un style de vie, un déguisement – un déguisement de personnalité.
L'usage est devenu si courant que le mot « masque », qui devrait idéalement être entre guillemets pour indiquer son sens figuré, n'en a plus besoin. Un masque n'est pas un masque, c'est un masque – vous voyez, pas besoin de guillemets, tout le monde le comprend comme d'habitude. Combien de masques avez-vous portés dans votre vie ?

Les Japonais ont une philosophie qui invite à la réflexion : « Chacun porte en soi trois visages. Le premier, on le montre au monde. Le deuxième, on ne le porte qu’avec ses proches. Et le dernier, on ne le montre jamais, car c’est le reflet le plus authentique de ce que l’on est vraiment. »
Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, ou même plus loin encore, depuis l'apparition de l'humanité dans cet univers, il est possible que chaque être humain ait arboré plusieurs visages, afin de se présenter sous son meilleur jour. Vous êtes A aux yeux de vos parents, A' aux yeux de vos amis, A'' aux yeux de votre conjoint, A''' aux yeux de vos collègues… Vous êtes toujours A, mais l'essence même de A est parfois obscurcie, dissimulée par des virgules, tant de virgules formant un masque complexe qui vous permet de modifier rapidement et avec souplesse vos paroles et vos actions pour vous adapter à votre interlocuteur. Votre essence est A, mais ce que vous montrez au monde est le A que vous souhaitez incarner ; c'est vous, et pourtant pas vous – une enveloppe qui renferme votre véritable nature.

Dès la naissance, la séparation entre le moi individuel et le moi social semble inscrite dans nos gènes, sans exception, même chez les personnes considérées comme les plus honnêtes et les plus directes. Ce n'est un secret pour personne : les linguistes anciens ont dérivé le mot « personne » du latin « persona », qui désigne un masque de théâtre. Cela signifie que les humains portent des masques, en portent toujours, sont inextricablement liés aux masques, et sont même eux-mêmes des masques. Les humains ne sont jamais pleinement satisfaits d'eux-mêmes ; au fond d'eux-mêmes, ils comprennent que leur nature est imparfaite, loin des idéaux qu'ils imaginent et auxquels ils aspirent. C'est pourquoi ils portent naturellement des masques invisibles.
La seule différence réside dans le fait qu'une personne bienveillante ne perdra jamais son humanité profonde, quels que soient les masques qu'elle porte ; tandis qu'une personne malhonnête s'identifie facilement à ces masques, leur permettant de la consumer intérieurement. Porter des masques trop longtemps finit par corroder la peau véritable sous-jacente, transformant le mensonge en vérité, la vérité en mensonge, et la vérité et le mensonge si intimement liés que même celui qui les porte ne peut plus discerner son vrai moi.

Depuis l'avènement d'Internet, et plus particulièrement des réseaux sociaux, les masques que nous portons sur nous-mêmes sont devenus de plus en plus sophistiqués et complexes. Facebook, YouTube, TikTok, Instagram… exercent une fascination incroyable ; les algorithmes qui stimulent l'interaction rapide attirent les gens dans le monde virtuel, les transformant en une ou plusieurs versions totalement différentes d'eux-mêmes. Sur Facebook, nous devenons spirituels et intelligents – un contraste saisissant avec notre nature calme et réservée dans la vie réelle ; nous sommes drôles, vifs d'esprit et cultivés – un contraste saisissant avec notre nature plutôt lente et apathique dans la vie réelle ; nous paraissons grands, avec de grands yeux et un teint clair – rien à voir avec nos jambes courtes, nos paupières simples et notre teint doré.
Les masques que nous portons sur les réseaux sociaux sont d'une incroyable diversité ; aujourd'hui, ils peuvent être d'une certaine façon, demain, tout autre. Tout le monde le sait, car nous sommes tous aussi naïfs que nous. Nous les regardons, nous les complimentons par amusement, mais comment pouvons-nous vraiment y croire ? Pourtant, nous continuons de rivaliser d'illusion. Si nous devions les classer, il n'y aurait que des « plus naïfs », et non des « plus naïfs ». Peu à peu, il s'avère que ces masques ne servent pas à frimer ou à impressionner les autres, mais surtout à satisfaire notre besoin de nous exprimer et de nous tromper nous-mêmes.
Il y a une question simple à laquelle beaucoup ne peuvent répondre : qui êtes-vous ? Se décrire est incroyablement difficile, car on est tellement habitué à porter un masque et à vivre une vie virtuelle qu’on a oublié qui l’on était vraiment. On peut peut-être deviner comment on est perçu par ses amis, sa famille, ses collègues, ses voisins… mais quand on se pose la question, on ne sait pas, on ne sait pas vraiment. Un brouillard épais brouille la frontière entre le masque et la réalité, entre la personnalité dissimulée et la vraie personnalité, entre le moi authentique et le moi social, entre le monde virtuel et la vie réelle… Comment faire pour que le masque reste une partie intégrante de soi-même au lieu de le consumer ? Il faut enlever certains masques et vivre !


