Russie et Japon : Résoudre les différends territoriaux par des moyens économiques.

February 9, 2017 09:05

(Baonghean) – Le Japon et la Russie ont annoncé la tenue de pourparlers à Tokyo à la mi-mars afin d'examiner les modalités de mise en œuvre d'activités économiques conjointes sur les îles que la Russie nomme les Kouriles du Sud et le Japon les Territoires du Nord. Cette initiative est considérée comme une étape importante vers la concrétisation de la volonté des deux parties de régler définitivement le différend territorial qui perdure depuis plus de sept décennies au sujet de ces îles.

Effet de levier économique

Afin de promouvoir les activités économiques conjointes dans les îles Kouriles du Sud/Territoires du Nord, le gouvernement japonais a créé un nouveau comité présidé par le ministre japonais de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie, Hiroshige Seko, qui est également ministre chargé de la coopération économique avec la Russie.

Le comité est composé de représentants des ministères des Finances, de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie, de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche, de l'Environnement et de la Santé, du Travail et des Affaires sociales. Sa création fait suite au sommet qui s'est tenu en décembre dernier entre le Premier ministre japonais Shinzo Abe et le président russe Vladimir Poutine, et précède la visite de M. Abe en Russie prévue pour le premier semestre de cette année.

Thủ tướng Shinzo Abe tại “Đại hội toàn quốc yêu cầu hoàn trả lãnh thổ phương Bắc năm 2017” của Nhật Bản hôm 7/2. Ảnh: Kyodo
Le Premier ministre Shinzo Abe lors de la « Conférence nationale japonaise sur la revendication du retour des Territoires du Nord en 2017 », le 7 février. Photo : Kyodo

Les premiers projets de coopération économique entre les deux parties concerneront la pêche, l'aquaculture, le tourisme et la protection de la nature. À long terme, s'appuyant sur la coopération déjà établie dans l'archipel contesté, les deux parties souhaitent également étendre leur coopération à l'Extrême-Orient, en particulier dans le secteur de l'énergie.

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe avait fixé comme objectif que la Russie couvre plus de 40 % des besoins du Japon en pétrole et en gaz d'ici 2030. Une nouvelle phase de la coopération énergétique russo-japonaise débutera prochainement à Yalma, en Sibérie septentrionale. Ce mégaprojet permettra à la Russie d'approvisionner l'Asie en gaz naturel via la route maritime du Nord.

Par ailleurs, lors du 2e Forum économique oriental qui s'est tenu à Vladivostok, en Russie, au milieu de l'année dernière, le président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe se sont mis d'accord sur une coopération en matière d'investissement dans le projet énergétique Sakhaline-2.

Le groupe japonais Mitsui investira jusqu'à un milliard de dollars dans l'expansion du projet Sakhaline-2 et envisage la possibilité de poursuivre le projet Sakhaline-3. La construction d'une usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) sur la péninsule de Yamal devrait débuter en 2018.

Perspectives de signature d'un traité de paix.

Les différends territoriaux constituent le principal point de friction dans les relations bilatérales entre la Russie et le Japon depuis plus de sept décennies. Aujourd'hui, la Russie et le Japon sont pleinement conscients des avantages mutuels d'une coopération économique dans l'archipel contesté et la considèrent même comme un fondement pour la signature d'un traité de paix entre les deux pays.

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré que « le passé ne doit pas faire obstacle à l'avenir » des relations russo-japonaises. De son côté, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a également laissé entendre que les deux parties devaient revoir leur approche pour résoudre ce problème.

« En tant que Premier ministre du Japon, je réaffirme la position juste du Japon, tandis que le président Poutine est pleinement convaincu de la justesse de la position de la Russie. Si nous continuons ainsi, les négociations s'éterniseront pendant des décennies. »

Le Japon a démontré sa bonne volonté en ne considérant plus les différends territoriaux comme une condition préalable à la coopération bilatérale, contrairement à ce qui se passait auparavant – une mesure perçue comme un moyen de surmonter le dilemme de la « poule et de l’œuf » qui a toujours entravé les efforts de coopération entre les deux parties.

Cependant, selon les analystes, malgré les progrès récents en matière de coopération économique, le chemin vers la résolution du différend territorial russo-japonais reste semé d'embûches. Le Premier ministre Shinzo Abe lui-même a reconnu, lors d'une conférence tenue à Tokyo le 7 février, que la signature d'un traité de paix avec la Russie ne serait pas chose aisée.

Le principal défi réside désormais dans la fermeté avec laquelle le Premier ministre japonais et le président russe maintiennent leur position de « non-échange territorial ». Dès lors, il convient de s'attendre à observer dans quelle mesure chaque partie fera des concessions dans le cadre spécial qu'elles visent toutes deux lors des négociations à venir.

Nga - Nhật hướng tới giải quyết tranh chấp quần đảo Nam Kuril/Vùng lãnh thổ phương Bắc thông qua hợp tác kinh tế.  Ảnh: TASS
La Russie et le Japon cherchent à résoudre leur différend concernant les îles Kouriles du Sud/Territoires du Nord par la voie de la coopération économique. Photo : TASS

C'est une situation gagnant-gagnant.

Actuellement, le renforcement de la coopération économique pour résoudre les différends est considéré comme stratégiquement avantageux tant pour la Russie que pour le Japon. Dans le contexte de la montée en puissance de la Chine dans la région, notamment de ses actions de plus en plus affirmées dans les différends territoriaux avec le Japon en mer de Chine orientale, le renforcement des relations avec la Russie pourrait atténuer les inquiétudes du Japon quant au risque de tractations clandestines entre la Russie et la Chine.

La volonté du Japon d'améliorer ses relations avec la Russie s'inscrit également dans une stratégie visant à diversifier ses relations avec les grandes puissances, au lieu de dépendre uniquement de la politique américaine comme par le passé. De plus, le Japon a un besoin crucial du soutien de la Russie pour devenir membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Pour la Russie, le renforcement des liens avec le Japon s'inscrit dans sa politique d'ouverture vers l'Est, une région considérée comme la plus développée du XXIe siècle. Par ailleurs, le président Poutine n'a jamais caché sa détermination à instaurer autour de la Russie un nouvel ordre international ambitieux.

Cet ordre international exigera non seulement un engagement russe plus profond et plus efficace dans les zones de conflit internationales, mais aussi un renforcement des relations avec les grandes puissances régionales influentes telles que le Japon et la Chine. Des mesures concrètes en faveur d'un rapprochement russo-japonais devraient être abordées par les dirigeants des deux pays lors de la prochaine visite du Premier ministre japonais Shinzo Abe en Russie.

Thuy Ngoc

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