Histoires sur le « brillant artisan de la paix »

October 10, 2011 16:18

Après plus de cinq ans de négociations à Paris, l'Accord sur la fin de la guerre et le rétablissement de la paix au Vietnam fut officiellement signé. Le camarade Le Duc Tho joua un rôle crucial pour garantir la signature rapide de cet accord. On le surnommait « l'artisan de paix exceptionnel ». De nombreuses anecdotes et histoires touchantes circulent à son sujet.

(À l'occasion du centenaire de la naissance du camarade Le Duc Tho (10 octobre 1911 - 10 octobre 2011))

(Baonghean)Après plus de cinq ans de négociations à Paris, l'Accord sur la fin de la guerre et le rétablissement de la paix au Vietnam fut officiellement signé. Le camarade Le Duc Tho joua un rôle crucial pour garantir la signature rapide de cet accord. On le surnommait « l'artisan de paix exceptionnel ». De nombreuses anecdotes et histoires touchantes circulent à son sujet.

Impression inoubliable :La première rencontre entre le camarade Le Duc Tho et Kissinger eut lieu le 21 février 1970, au numéro 11 de la rue Dathes à Choisy-le-Roi (France). Dès cette première impression, Le Duc Tho marqua durablement Kissinger. On peut lire dans son journal : « Les cheveux grisonnants et l’allure digne, Le Duc Tho portait toujours un costume gris ou bordeaux. Il paraissait toujours très calme et son comportement était toujours impeccable… »

En juillet 1972, le Politburo décida de passer d'une stratégie de guerre à une stratégie de paix afin de mettre en œuvre l'enseignement du président Hô Chi Minh : « Chassez les Américains, renversez le régime fantoche. » Suite à la directive du Politburo du 8 octobre 1972, le conseiller Lê Duc Tho présenta de son propre chef un projet d'accord visant à mettre fin à la guerre et à rétablir la paix au Vietnam. Après avoir entendu Lê Duc Tho lire ce projet d'accord, Kissinger écrivit immédiatement dans son journal : « La plupart de mes collègues et moi-même avons immédiatement compris la portée de ce que nous venions d'entendre… »

Le 20 octobre 1972, les gouvernements vietnamien et américain s'engagèrent à signer l'Accord de Paris le 31 octobre 1972. Cependant, la Maison Blanche revint sur sa parole. Malgré cette trahison, grâce à sa vision globale et à son approche diplomatique à la fois souple et persévérante, mais aussi ferme et résolue, le conseiller Le Duc Tho sut habilement remettre les négociations vietnamo-américaines sur la bonne voie. Après de nombreux efforts et une persévérance sans faille, l'Accord de Paris sur le Vietnam fut finalement signé. Suite à cet événement, le camarade Le Duc Tho fut nominé pour le prix Nobel de la paix, mais il refusa de l'accepter. En 2002, pour commémorer le centenaire du prix Nobel de la paix (1902-2002), Nevis émit un timbre à l'effigie du conseiller Le Duc Tho, rappelant son refus du prix. C'est pour ces raisons qu'il est reconnu comme l'un des plus grands artisans de la paix au monde.

« J’aurais pu faire mieux si mon interlocuteur aux accords de paix de Paris, visant à mettre fin à la guerre et à rétablir la paix au Sud-Vietnam, n’avait pas été Le Duc Tho », a récemment admis Henry Kissinger, secrétaire d’État sous la présidence de Richard Nixon. Poursuivant son éloge, Kissinger a salué le talent et la loyauté de Tho, qui, selon lui, surpassaient ceux des Américains. « Tho nous a analysés avec la précision d’un chirurgien expert maniant un scalpel », s’est souvenu Kissinger.



Le conseiller Le Duc Tho (à gauche) et Henry Kissinger. Photo d'archives.

Un jour, après des négociations, Henry Kissinger déclara à Le Duc Tho : « Bien que notre entretien n'ait duré que 45 minutes, vous nous avez complètement déconcertés. » Un an auparavant, lors d'une conférence du Département d'État américain sur l'histoire de l'Asie du Sud-Est, Henry Kissinger avait admis que les États-Unis avaient sous-estimé la ténacité des dirigeants nord-vietnamiens ; que le peuple de ce pays en forme de « S » était trop fort et inébranlable face à l'ennemi. « Washington voulait faire des compromis, mais Hanoï était déterminé à vaincre », reconnut-il. Au cours de cette conférence, Kissinger exprima également sa déception et ses regrets de voir la guerre anéantir toute une génération d'Américains.

*La bague spéciale du conseiller Le Duc Tho :Dans ses mémoires, Henry Kissinger évoque à plusieurs reprises son adversaire lors des négociations, le conseiller spécial Le Duc Tho. Il reconnaît le style de négociation à la fois souple et incisif de ce dernier. Il se souvient parfaitement de sa première rencontre avec le diplomate vietnamien, le 21 février 1970. Il décrit Le Duc Tho comme un homme aux cheveux grisonnants, à l'allure digne, toujours vêtu d'un costume impeccable, et aux grands yeux brillants qui laissaient rarement transparaître ses pensées. Pourtant, Kissinger omet un détail : la bague étincelante que Le Duc Tho portait systématiquement lors des négociations. Il s'agissait tout simplement d'une bague forgée à partir d'un morceau de l'épave d'un avion américain abattu au Nord-Vietnam !

*Un cadeau spécial :Après la signature des accords de Paris le 8 février 1973, Henry Kissinger se rendit à Hanoï. Il fut accueilli par une vieille connaissance : le conseiller spécial Le Duc Tho. Ce dernier l'emmena visiter le musée historique. En apprenant les trois victoires du peuple vietnamien contre l'armée mongole, Kissinger s'exclama : « Pour nous, une seule bataille contre vous nous suffit amplement ! »

Lors du repas d'adieu, ayant l'occasion de déguster le vin de riz gluant fabriqué à partir du riz à fleurs dorées cultivé dans la campagne de Nam Dinh, le conseiller américain Kissinger n'arrêtait pas d'approuver d'un signe de tête et fut ravi lorsque le conseiller Le Duc Tho lui présenta deux bouteilles de vin dans des récipients scellés, chacun avec un bouchon en feuille de bananier séchée.


Nguyen Viet Chinh

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