Le retrait du Qatar : un mauvais présage pour l'OPEP.
(Baonghean) – La décision du Qatar de quitter l'OPEP après 57 ans d'adhésion est un geste symbolique. Pour le Qatar, il s'agit d'une décision stratégique sur les plans politique et économique, tandis que pour l'OPEP, c'est un mauvais présage pour cette organisation presque sexagénaire.
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| Ras Laffan, ville industrielle et centre de production de gaz naturel liquéfié (GNL) au Qatar. Photo : AFP |
Raisons de la rupture
Le Qatar quittera officiellement l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) en janvier 2019. Cette annonce, faite par les autorités de ce pays du Golfe, intervient juste avant la réunion du groupe, prévue le 6 décembre à Vienne, en Autriche, pour discuter des réductions de production pétrolière pour l'année à venir. La décision du Qatar est relativement surprenante car, bien que n'étant pas l'un des cinq pays fondateurs de l'OPEP, le pays y a adhéré un an seulement après sa création et est devenu un membre assez actif. Les autorités de Doha justifient ce départ, après plus d'un demi-siècle d'adhésion à l'OPEP, par leur volonté de se concentrer sur le gaz naturel, un secteur dans lequel le pays est le premier exportateur mondial. Si cette explication est plutôt succincte, les raisons profondes de la décision du Qatar seraient en réalité bien plus complexes.
Tout en niant que la décision de quitter l'OPEP soit liée aux tensions diplomatiques entre le Qatar et les États du Golfe au cours de l'année écoulée, les responsables qataris ont reconnu leur « déception » de faire partie d'une organisation où leur voix est de plus en plus peu prise en compte. « Le marché pétrolier est contrôlé par une organisation dominée par un seul pays », a déclaré le nouveau ministre qatari de l'Énergie, Saad al-Kaabi, lors d'une conférence de presse à Doha. Bien qu'il n'ait cité aucun nom, le « pays » auquel M. al-Kaabi faisait référence semblait être l'Arabie saoudite, premier producteur de pétrole de l'OPEP et membre dominant actuel de l'organisation.
L'Iran partageait et soutenait également l'avis du ministre qatari de l'Énergie. Le représentant iranien auprès de l'OPEP, Hossein Kazempour Ardebili, a déclaré que la décision du Qatar reflétait la colère croissante des producteurs de pétrole face à ce qu'il a qualifié d'approche unilatérale du Comité mixte de suivi de l'OPEP, organe ministériel dirigé par l'Arabie saoudite et la Russie, concernant les réductions de production pétrolière.
Selon certains observateurs indépendants, pendant plusieurs décennies, les pays de l'OPEP ont généralement reconnu que leurs intérêts convergeaient avec ceux de l'organisation. Mais aujourd'hui, un mécontentement croissant semble se manifester, beaucoup estimant que les intérêts de l'Arabie saoudite ne sont pas nécessairement ceux des autres membres.
Sans parler des relations déjà tendues entre le Qatar et l'Arabie saoudite, qui engendreront sans aucun doute des désaccords lors de l'élaboration des décisions communes de l'OPEP. Les relations entre l'Arabie saoudite et le Qatar restent tendues depuis que l'Arabie saoudite, ainsi que trois autres États du Golfe – Bahreïn, les Émirats arabes unis (EAU) et l'Égypte – ont rompu leurs relations diplomatiques et fermé les voies maritimes avec le Qatar en juin 2017, suite à des accusations de soutien au terrorisme portées contre le gouvernement de Doha. Tant que ces tensions diplomatiques demeurent, le retrait du Qatar de l'OPEP risque d'exacerber la situation.
Au-delà de ses motivations politiques, la décision du Qatar de se retirer de l'OPEP s'inscrit dans sa stratégie de libéralisation économique. N'étant plus membre de l'OPEP, le Qatar ne sera plus soumis à ses politiques d'exportation de pétrole. De plus, le pays concentrera ses efforts sur le développement du gaz naturel afin de devenir un acteur majeur du secteur à l'échelle mondiale.
Le Qatar possède les plus importantes réserves de gaz naturel au monde et prévoit d'augmenter sa capacité de production à 100 millions de tonnes (contre 77 millions de tonnes actuellement), afin d'atteindre cet objectif avant que le marché du gaz ne soit trop tendu au début de la prochaine décennie. Cette initiative est perçue comme une mesure stratégique visant à relancer l'économie qatarie, fragilisée par les sanctions et les blocus imposés par les pays du Golfe.
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| Le Qatar a annoncé son retrait de l'OPEP juste avant la réunion de l'organisation prévue le 6 décembre à Vienne, en Autriche. (Photo : AFP) |
Des fissures au sein de l'OPEP
Le retrait du Qatar de l'OPEP ne devrait pas avoir d'impact majeur sur le marché pétrolier international l'an prochain, sa production ne représentant qu'environ 2 % de la production totale de pétrole brut de l'OPEP. Cependant, le départ de ce membre historique constitue un coup dur pour l'image et l'unité de l'organisation.
Ce n'est pas la première fois que l'OPEP voit des membres la quitter. L'Indonésie, qui y a adhéré en 1962, a suspendu temporairement son adhésion à deux reprises, la dernière fois en novembre 2016. D'autres membres, comme le Gabon et l'Équateur, ont également suspendu temporairement leur participation à l'OPEP dans les années 1990 avant de la réintégrer quelques années plus tard. Le cas du Qatar est toutefois particulièrement remarquable. Outre les cinq pays fondateurs – l'Iran, l'Irak, le Venezuela, le Koweït et l'Arabie saoudite – le Qatar est le membre le plus ancien de l'OPEP. Comptant parmi les nations les plus riches du monde et disposant d'importantes ressources financières, le Qatar exerce une influence considérable au sein de l'OPEP.
Pendant de nombreuses années, le Qatar a joué un rôle crucial de médiateur entre les pays membres de l'alliance. Il a également servi d'intermédiaire entre l'OPEP et d'autres grands concurrents pétroliers tels que la Russie et les États-Unis. Il y a deux ans, lorsque les prix du pétrole ont atteint un niveau historiquement bas, avoisinant les 30 dollars le baril, le Qatar, qui assurait alors la présidence tournante de l'OPEP, a joué un rôle déterminant dans l'élaboration de l'accord de réduction de la production. Après d'âpres négociations, le Qatar a réussi à convaincre les pays membres de l'organisation, notamment l'Arabie saoudite – premier exportateur de pétrole – de réduire leur production pour la première fois en huit ans. Cette décision a été perçue comme une étape majeure pour rééquilibrer le marché et réduire la surproduction, contribuant ainsi à faire remonter les prix du pétrole. Par conséquent, la décision du Qatar de quitter l'OPEP laissera un vide, celui d'un ancien membre actif de l'organisation.
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| Le ministre qatari de l'Énergie, Saad al-Kaabi. Photo : Reuters |
Par ailleurs, le départ du Qatar, conjugué au mécontentement suscité par la domination de quelques pays au sein de l'OPEP, révèle de profondes divisions internes. Dans le contexte des efforts déployés par l'OPEP pour attirer de nouveaux membres, la décision récente du Qatar risque de nuire à la réputation et à l'image de l'organisation. Au sein même de l'OPEP, le retrait du Qatar pourrait inciter d'autres membres, même de moindre importance, à faire de même. Ainsi, la désintégration de l'OPEP est une possibilité. Selon certains experts, même si l'OPEP ne se désintègre pas complètement, son rôle pourrait progressivement perdre de son sens si les dissensions continuent de s'aggraver.
À court terme, cet événement affectera sans aucun doute la confiance et la capacité de l'OPEP à stabiliser le marché pétrolier. Actuellement, le prix du pétrole est inférieur à 50 dollars le baril, son niveau le plus bas depuis près de 14 mois. Les prochaines discussions de l'OPEP se dérouleront sans le Qatar, qui joue un rôle de médiateur essentiel. Cette situation suscite de vives inquiétudes chez les investisseurs et remet en question la structure organisationnelle de l'OPEP. Par ailleurs, le départ du Qatar de l'OPEP renforce les craintes que l'Arabie saoudite, la Russie et les États-Unis – les trois principaux producteurs mondiaux de pétrole – n'acquièrent une influence accrue sur les décisions relatives au pétrole à l'échelle mondiale, la géopolitique étant devenue un facteur déterminant de la fixation des prix.
En bref, le retrait du Qatar est le premier signe d'un avenir turbulent au sein de l'OPEP.





