Le Têt (Nouvel An vietnamien) hier et aujourd'hui
(Baonghean)Pour les Vietnamiens, le Têt Nguyên Đán (Nouvel An lunaire) est la plus grande fête traditionnelle, célébrée depuis des millénaires. Si les coutumes et les croyances liées au Têt ont quelque peu évolué au fil du temps, cette fête demeure pour chaque Vietnamien une célébration profondément spirituelle, empreinte de la chaleur des retrouvailles familiales.
Autrefois, le Têt (Nouvel An lunaire) était une période de festivités joyeuses et animées, attendue avec impatience et qui durait longtemps. On pensait que le Têt était synonyme de « nourriture du Têt ». Les mets les plus raffinés et les plus beaux étaient réservés à cette occasion. Même les plus pauvres trouvaient toujours de la viande à la maison le 30e jour du mois lunaire. Et bien sûr, on n'oubliait pas le festin offert aux ancêtres la veille du Nouvel An, pour les honorer et les inviter à célébrer le Têt avec leurs descendants.
De nos jours, le Têt (Nouvel An vietnamien) a considérablement évolué : on ne parle plus de « manger le Têt » mais plutôt de « prendre des vacances pour le Têt ». La vie étant plus prospère, le Têt n’est plus synonyme de mets délicieux et de beaux vêtements. Le quotidien offre des repas nutritifs, riches en viande, poisson et légumes disponibles toute l’année. Le rythme effréné de la vie moderne accapare les gens par le travail, et le Têt est désormais un moment de repos, de visites touristiques, de voyages et de découverte de beaux paysages. Cependant, les magnifiques traditions vietnamiennes, d’hier et d’aujourd’hui, demeurent intactes à l’approche du Têt.
L'ambiance festive du Têt commence le 23e jour du 12e mois lunaire, jour de la fête des dieux du Foyer et de la Cuisine. Ce jour-là, les familles achètent des chapeaux en papier, des vêtements et des carpes pour que les dieux du Foyer et de la Cuisine puissent franchir la Porte du Dragon et monter au Ciel rencontrer l'Empereur de Jade. Dès le 23e jour du 12e mois lunaire, chaque foyer se met aux préparatifs du Têt : nettoyage complet de la maison et mise en place de tous les éléments nécessaires aux festivités. De nos jours, les soucis se sont allégés. Le principal souci est peut-être de gagner l'argent nécessaire pour le Têt. Fini le temps où l'on élevait péniblement des cochons et des poulets, ou où l'on préparait méticuleusement des gâteaux et des saucisses. Si vous ne souhaitez pas vous presser au marché ou faire la queue au supermarché pour vivre l'ambiance du Têt, il vous suffit de passer votre téléphone et de célébrer le Têt chez vous. Même les jeunes mariées n'ont plus à craindre que leurs belles-mères ne mettent leurs talents culinaires à l'épreuve en préparant du poulet ou du riz gluant pour les offrandes du Nouvel An, car tout peut être commandé à l'avance. Mères et filles n'ont plus le temps de surveiller constamment la cuisson des confitures ; un simple tour au supermarché suffit, pour trouver des bonbons et des conserves traditionnels, des châtaignes américaines et des biscuits au beurre danois. À l'ère de la mondialisation, le Têt s'est lui aussi mondialisé : vin français, whisky anglais, saucisses allemandes, salade russe et crackers aux crevettes thaïlandais côtoient désormais le bœuf australien. Les viandes grasses ont complètement disparu, à une époque où l'obésité et l'hypercholestérolémie sont des maladies courantes. Les gâteaux de riz gluant, les saucisses de porc et les oignons marinés sont devenus des incontournables, certes dépourvus de la saveur traditionnelle du Têt, mais rares sont ceux qui y touchent lorsqu'on les sert. C'est pourquoi l'autel ancestral de chaque famille est garni de gâteaux de riz gluant, d'un plateau de cinq fruits, d'encens et de fleurs. Après la cérémonie du Nouvel An, le chef de famille prie les dieux du foyer pour demander la permission aux ancêtres de revenir pour le Têt. Une fois la cérémonie terminée, le Têt est considéré comme étant véritablement arrivé pour la famille. Des coutumes telles que la cueillette de branches porte-bonheur, le rituel du premier pas, la visite du marché du Têt, la célébration de la longévité, l'échange de vœux et l'offrande d'argent porte-bonheur en début d'année sont de belles traditions qui perdurent encore aujourd'hui.
Autrefois, le Têt (Nouvel An vietnamien) était synonyme de réunions familiales, seuls les « malchanceux » devant voyager loin de chez eux la veille ou le jour de l'An. Aujourd'hui, les trains et les bus sont toujours bondés les jours précédant et suivant le Têt, un véritable cauchemar pour les étudiants qui étudient loin de chez eux et pour ceux qui travaillent à l'étranger toute l'année et ne rentrent que la veille du Têt. Mais le Têt d'aujourd'hui est aussi synonyme d'enthousiasme pour les longs voyages, entrepris par ceux qui en ont les moyens et qui souhaitent explorer de nouvelles contrées, ou par ceux qui, épuisés après une année, aspirent à s'évader du Têt pour se détendre et ralentir le rythme de leur vie. L'idée d'« être loin de chez soi » n'est plus empreinte de la même mélancolie, mais s'est enrichie d'expériences intéressantes. Le Têt, hier comme aujourd'hui, est joyeux ou morose, selon le point de vue de chacun, et la façon dont les jeunes et les moins jeunes le perçoivent est également unique.
Au fil du temps, la signification du Têt (Nouvel An vietnamien) a évolué, mais pour chaque Vietnamien, le Têt reste un moment privilégié pour un nouveau départ, pour laisser derrière soi les aspects négatifs de l'année écoulée. C'est pourquoi, au début de la nouvelle année, chacun est joyeux et plein d'espoir pour un avenir heureux et prospère.
Paix


