« L’avidité mène à la ruine. »
(Baonghean) – Pendant longtemps, lorsqu'on évoquait des personnes ou des choses qui n'existent que pour la forme, au sens de « célèbres mais sans substance », dépourvues de tout pouvoir ou effet concret, on utilisait souvent l'analogie de « l'épouvantail gardant des melons ». Cette image s'inspire du phénomène des agriculteurs qui érigent dans leurs champs des figures anthropomorphes appelées épouvantails pour effrayer les oiseaux et les animaux. Ce ne sont que des menaces en l'air ; en réalité, elles sont totalement inoffensives.
Cependant, les temps ont changé, et ces nouveaux « épouvantails » se révèlent encore plus efficaces que de vraies personnes. Par exemple, depuis plus d'une semaine, sur les routes nationales 91 et 80, dans le district de Thot Not, à Can Tho, de nombreux modèles grandeur nature d'agents de la circulation, munis de radars, ont été installés aux intersections et dans les zones densément peuplées. À l'instar de l'« épouvantail gardant les melons », ces policiers en carton, bien qu'immobiles, ont surpris de nombreux conducteurs, les incitant à ralentir. Ils vérifient constamment leur compteur de vitesse pour s'assurer de leur conformité. Nombre d'entre eux admettent n'avoir commis aucune infraction, mais la vue de l'uniforme jaune, bien rangé au bord de la route, les inquiète et les pousse à conduire plus prudemment. Certains conducteurs savent même qu'il s'agit d'une maquette, mais ils restent mal à l'aise, ralentissent instinctivement, restent dans leur voie et s'abstiennent d'excès de vitesse ou de dépassements dangereux.
Les riverains et la police routière ont constaté que depuis l'introduction de ces modèles, la conduite dangereuse, les excès de vitesse, le non-port du casque, le stationnement en sens inverse, le franchissement des feux rouges et surtout les accidents de la route ont considérablement diminué. De plus, la vigilance des usagers de la route quant au respect du code de la route s'est considérablement accrue. Cela prouve que même les épouvantails peuvent parfois s'avérer utiles.
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| Maquette d'un agent de la police routière tenant un radar à Can Tho. Photo : Internet |
Mais cela soulève une question : pourquoi les agents de la circulation en chair et en os, capables de se déplacer, de marcher, de siffler pour arrêter les véhicules en infraction et même de disposer de radars comme les mannequins – ce qui les rend bien plus « dangereux » – ne parviennent-ils pas à réduire les infractions routières aussi efficacement que les mannequins ? Comme l’a admis le chef de la police du district de Thot Not, dans la ville de Can Tho, au premier trimestre 2015, les infractions au code de la route dans la région, notamment sur la route nationale 91 qui traverse le district, ont connu une forte augmentation. Après une inspection sur le terrain, le président du comité populaire du district a suggéré que la police expérimente le déploiement de mannequins aux points noirs de la circulation. Contre toute attente, les résultats ont été très positifs. Autrement dit, les mannequins sont plus efficaces que les vrais policiers. Ce paradoxe, où le factice se révèle plus efficace que le réel, n’est pas difficile à expliquer. Parce que le « policier de papier », posté solennellement et dignement au bord de la route en plein jour, radar à la main, est visible, intimidant et craint, incitant les conducteurs à la prudence. C’est pourquoi les infractions routières ont considérablement diminué. Pendant ce temps, les vrais policiers se cachent souvent derrière des étals ou des buissons, utilisant discrètement leurs radars, si bien que personne ne les voit, personne ne les craint, et les conducteurs roulent à toute vitesse sans retenue. Ce n’est que lorsqu’ils sont arrêtés et verbalisés qu’ils réalisent avoir été pris. Mais ils ne s’en rendent pas compte, alors ils continuent à rouler vite et de manière imprudente. Par conséquent, malgré des amendes élevées, les infractions routières et les accidents ne diminuent pas ; au contraire, ils ont tendance à augmenter.
Ainsi, une légère modification visant à une plus grande transparence des résultats en matière de prévention et de réduction des infractions et accidents de la route a immédiatement engendré des changements positifs. Ce constat n'est pas nouveau ; il est établi depuis longtemps. C'est pourquoi les agents de la circulation sont tenus d'être visibles à leurs postes désignés, au lieu d'opérer dans l'ombre. Malheureusement, cette obligation n'est pas strictement respectée. La raison ? « L'opacité rend le travail difficile. » Se tenir ainsi, sous le regard des autres, inspire la crainte : s'ils ne commettent pas d'infractions, qui verbaliseront-ils ? Sans personnes à verbaliser, pas de corruption ni de sollicitation d'indulgence. Sans personnes à verbaliser, les objectifs fixés ne seront pas atteints. Ne pas atteindre les objectifs signifie renoncer aux primes. Et renoncer aux primes… Par conséquent, même en étant conscients de cela, peu de personnes sont motivées. C'est pourquoi atteindre l'objectif de verbalisation est bien plus attractif que celui de réduction des infractions et des accidents. Or, la réduction des infractions et des accidents de la route demeure l'objectif principal. C'est un objectif national.
Il s'agit clairement d'un cas où les gens font preuve d'avidité et négligent le plat principal.
Montagne du Bouddha



