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Moyen-Orient : Après le choc de Doha, une « OTAN islamique » verra-t-elle le jour ?

Hoang Bach September 25, 2025 15:01

L'attaque de missiles israélienne, un événement rare, contre le Qatar – pays du Golfe abritant la plus grande base militaire américaine de la région – a provoqué une onde de choc dans les pays arabes, les contraignant à réévaluer leurs politiques de défense. Face aux appels à un traité de défense de type OTAN, les analystes estiment qu'un modèle de coopération plus souple est en train d'émerger.

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Un sommet arabo-islamique d'urgence s'est tenu à Doha, au Qatar, le 15 septembre, pour discuter de l'attaque israélienne contre un territoire du Hamas dans ce pays du Golfe. (Photo : Reuters)

Le choc de Doha et l'ébranlement de la confiance américaine.

L'attaque de missiles balistiques israéliens contre des membres du Hamas réunis à Doha, au Qatar, il y a environ deux semaines, constitue un tournant géopolitique. Menée à distance, l'attaque a laissé le Qatar, malgré le statut d'« allié majeur non membre de l'OTAN » accordé par les États-Unis, quasiment sans défense. Six personnes ont été tuées lors de cet incident.
Cet événement a porté un coup dur à la confiance des pays du Golfe dans l'engagement sécuritaire de leur principal allié : les États-Unis. Kristin Diwan, experte de l'Institut des États arabes du Golfe à Washington, a déclaré : « L'attaque israélienne… ébranle les certitudes des pays du Golfe quant à leurs relations avec les États-Unis et les rapprochera. »

Selon Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House, les dirigeants du Golfe « poursuivent leur quête d’une plus grande autonomie stratégique et sont de plus en plus déterminés à atténuer les risques liés à leur dépendance vis-à-vis des États-Unis ».

Une vague d'appels à une « OTAN islamique » et à une action collective.

Suite à l'attaque, les responsables politiques de la région ont fortement plaidé en faveur d'une alliance de défense commune. Lors d'un sommet d'urgence organisé par la Ligue arabe et l'Organisation de la coopération islamique (OCI), les autorités égyptiennes ont proposé la création d'une force opérationnelle conjointe sur le modèle de l'OTAN. Le Premier ministre irakien, Mohammed Shia al-Sudani, a également appelé à une approche collective de la sécurité régionale.

Le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe six pays – Bahreïn, le Koweït, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) – a notamment annoncé l’activation d’une clause de son accord de défense mutuelle stipulant : « Une attaque contre un État membre sera considérée comme une attaque contre tous. »Cette phrase présente des similitudes avec l'article 5 du traité de l'OTAN.

À l'issue de la conférence, les ministres de la Défense du Golfe se sont engagés à renforcer le partage de renseignements, les comptes rendus de situation aérienne et la mise en place rapide d'un nouveau système régional d'alerte aux missiles balistiques, ainsi qu'à organiser des exercices militaires conjoints.

Dans un autre geste, l'Arabie saoudite a également annoncé la signature d'un « accord de défense stratégique conjoint » avec le Pakistan – le seul pays à majorité musulmane possédant l'arme nucléaire – qui stipule que « tout acte d'agression contre l'un ou l'autre pays sera considéré comme un acte d'agression contre les deux ».

Ambition et obstacles : quel modèle est réalisable ?

Malgré les appels à la création d'une « OTAN islamique » pour contrebalancer Israël, les observateurs restent prudents. Andreas Krieg, maître de conférences au King's College de Londres, estime qu'une alliance de type OTAN est « irréaliste » car elle entraînerait les États du Golfe dans des guerres qu'ils ne jugent pas essentielles à leurs intérêts. « Aucun dirigeant du Golfe ne souhaite être entraîné dans une confrontation avec Israël pour défendre l'Égypte, par exemple », a-t-il déclaré.
Le monde pourrait plutôt assister à la formation d'un format « 6+2 », selon une analyse de Cinzia Bianco, spécialiste des États du Golfe au Conseil européen des relations étrangères (ECFR). Ce format « 6+2 » désigne les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), auxquels s'ajoutent la Turquie et l'Égypte.

Bianco estime que ce modèle ne correspond pas à un engagement de défense de type article 5 de l'OTAN, mais privilégie plutôt la collectivisation de la sécurité et de la posture défensive, et surtout, l'envoi d'un message de dissuasion à Israël. Dans ce contexte, la Turquie est perçue comme le « partenaire non occidental le plus fiable » grâce à sa présence militaire au Qatar.

Réorganiser l'échiquier géopolitique

Les experts estiment que des changements importants s'opéreront discrètement et progressivement en coulisses. Des travaux essentiels, tels que le partage des données radar, l'intégration des systèmes d'alerte précoce ou l'autorisation de déploiement des troupes, resteront confidentiels.
Par ailleurs, les États du Golfe cherchent à développer leurs relations de défense avec d'autres partenaires tels que la Russie, la Chine et l'Inde. Cependant, Sinem Cengiz, du Centre d'études du Golfe de l'Université du Qatar, soutient qu'aucun partenaire extérieur ne peut remplacer les États-Unis dans un avenir proche, compte tenu de leur forte dépendance à l'égard de la technologie militaire américaine.

Il est à noter que les États-Unis ne se sont jamais publiquement opposés à la régionalisation de la défense dans la région du Golfe.

Cependant, la situation politique a évolué. L'expert Krieg conclut : Washington n'est plus perçu comme le garant ultime de la sécurité, mais plutôt comme un partenaire apportant un soutien conditionnel et opportuniste. Les dirigeants du Golfe s'orientent vers la création d'un pôle de sécurité dirigé par le Golfe, une position neutre entre l'Iran et Israël.

Source : DW
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