La Chine rapproche les Philippines et le Japon.
(Baonghean) - Le président philippin Benigno Aquino effectue une visite d'État de quatre jours au Japon – son sixième voyage depuis son entrée en fonction en 2010. Dans un contexte d'escalade des différends territoriaux alimentés par les actions unilatérales de la Chine en mer de Chine orientale, et en particulier en mer de Chine méridionale, un rapprochement entre les Philippines et le Japon semble inévitable.
La visite du président philippin au Japon est considérée comme une excellente occasion pour les deux pays de renforcer leurs relations en matière de défense et de sécurité. L'objectif principal est bien sûr d'aborder les défis communs actuels, notamment ceux liés aux tensions en mer de Chine méridionale. La Chine revendique toujours unilatéralement sa souveraineté sur la majeure partie de cette mer, englobant les eaux de pays voisins comme les Philippines, la Malaisie, le Brunei et le Vietnam. Concernant plus particulièrement les Philippines, la Chine conteste la souveraineté de Manille en contrôlant le récif de Scarborough, sur lequel les Philippines revendiquent la leur. Plus inquiétant encore, la Chine mène actuellement des travaux de remblaiement à grande échelle et construit des avant-postes illégaux sur des récifs. Outre les Philippines, le Japon est également impliqué dans des différends avec la Chine au sujet des îles Senkaku/Diaoyu en mer de Chine orientale, sur lesquelles les deux parties revendiquent la souveraineté.
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| Le président philippin Benigno Aquino (à gauche) et le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Source : Reuters |
Après avoir été adversaires durant la Seconde Guerre mondiale, l'émergence d'un ennemi commun, la Chine, a accéléré le rapprochement entre le Japon et les Philippines. La visite du président philippin constitue une étape cruciale dans ce processus. Plus précisément, le point d'orgue de cette visite devrait être le lancement du transfert d'équipements de défense du Japon vers les Philippines. Les analystes estiment que la fourniture par le Japon de dix nouveaux patrouilleurs aux garde-côtes philippins est une initiative sans précédent, témoignant du renforcement significatif des relations nippo-philippines. Cet événement concrétise l'engagement pris par le Premier ministre japonais Abe lors de leur rencontre en juillet 2013 de fournir un soutien, notamment en améliorant les capacités des garde-côtes philippins. Ces dix patrouilleurs seront chargés de la surveillance des zones maritimes contestées.
Cette initiative témoigne du renforcement du partenariat entre le Japon et les Philippines, qui dépasse le simple cadre d'exercices navals conjoints. Plus récemment, ce partenariat s'est notamment traduit par un exercice naval historique en mer de Chine méridionale à la mi-mai, et auparavant par le tout premier exercice de lutte contre la piraterie mené conjointement par les garde-côtes des deux pays.
Les observateurs estiment que, même si ce transfert ne modifiera pas significativement l'équilibre des forces navales en mer de Chine méridionale, notamment entre les Philippines et la Chine, il constitue une étape cruciale pour le renforcement des capacités philippines, tant en termes d'infrastructures que de compréhension des enjeux maritimes. Par ailleurs, lors de cette visite, le président Aquino et le Premier ministre japonais Abe devraient aborder les différends maritimes dans la région en général, et ceux opposant les deux pays à la Chine en particulier. Les Philippines en profiteront pour informer le Japon de leur action en justice contre la Chine. Il est clair qu'une meilleure compréhension et une plus grande sensibilisation à cette préoccupation commune sont aujourd'hui primordiales.
Concernant l'objectif de renforcement de la coopération, outre la nécessité de contrer la menace chinoise, les Philippines et le Japon ont d'autres motivations. Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, met en œuvre une stratégie de « pivot » vers l'Asie du Sud-Est, et les Philippines sont appelées à jouer un rôle clé dans cette stratégie. Le rôle crucial de médiation joué par le Japon dans les négociations de paix entre le gouvernement philippin et le Front Moro islamique de libération (MILF), qui ont mis fin à quarante ans de conflit dans le sud des Philippines, témoigne de cet intérêt pour ce pays d'Asie du Sud-Est.
À l'inverse, l'alliance avec le Japon s'inscrit dans une stratégie de renforcement des partenariats avec les alliés régionaux, visant à améliorer les capacités de défense des Philippines. De plus, la stratégie du Premier ministre japonais, qui consiste à utiliser le soft power pour redorer son image dans la région Asie-Pacifique, profitera inévitablement aux Philippines. Par conséquent, selon les analystes, le Japon, troisième économie mondiale, est considéré par le président philippin Aquino comme un moteur essentiel de la croissance économique des Philippines.
Ainsi, la conjoncture favorable, les avantages géographiques et les ressources humaines contribuent à renforcer les liens entre les Philippines et le Japon, plus étroits et plus étroits que jamais. Ce rapprochement s'explique par des facteurs liés à la Chine, mais aussi par les politiques d'image positive et les objectifs de développement économique des deux pays. On peut affirmer que cette situation profite aux Philippines, au Japon et à la paix, la sécurité et la stabilité de la région.
Phuong Hoa



