Pourquoi la Hongrie a-t-elle été exemptée des sanctions énergétiques américaines ?
La visite du Premier ministre hongrois Viktor Orbán aux États-Unis a suscité un intérêt particulier, Budapest ayant obtenu une exemption des sanctions énergétiques et laissé entendre qu'une aide financière de Washington était envisageable. Cette décision revêt une importance capitale tant pour la Hongrie que pour les calculs stratégiques des États-Unis.
Victoire politique
Selon certaines sources, le Premier ministre Viktor Orbán est rentré à Budapest avec une déclaration selon laquelle l'administration américaine avait accepté de fournir à la Hongrie un « bouclier financier » afin d'atténuer les risques si Bruxelles maintenait la suspension de son aide en raison de préoccupations liées à l'état de droit. Il a décrit cette mesure comme « une action qui neutralise les instruments financiers que l'UE pourrait utiliser pour faire pression sur la Hongrie » et a affirmé : « Nous avons réglé ce problème avec les Américains. » Bien que Washington n'ait pas confirmé les détails, les analystes estiment que cette déclaration sous-entend un possible accord financier, peut-être sous la forme d'un échange de devises ou d'une aide financière similaire au plan d'aide récemment accordé par les États-Unis à l'Argentine sous la présidence de Javier Milei.

L'un des résultats les plus concrets de la réunion a été l'exemption de la Hongrie des sanctions américaines liées au pétrole et au gaz russes. Selon M. Orbán, Budapest a bénéficié d'une exemption totale pour le pétrole et le gaz acheminés via les gazoducs Druzhba et TurkStream. Aux termes de cet accord, Budapest s'est également engagée à acheter du gaz naturel liquéfié (GNL) aux États-Unis, pour un montant total d'environ 600 millions de dollars, un geste perçu comme une marque de bonne volonté et un gage d'équilibre entre les deux pays.
Avec de tels résultats, ce voyage aux États-Unis peut être perçu comme une victoire politique pour Orbán. Après quinze ans au pouvoir, son parti, le Fidesz, est pour la première fois à la traîne dans les sondages, tandis qu'une vague de manifestations menée par l'opposition gagne en popularité. Dès lors, l'accueil chaleureux réservé à Orbán par le président américain, conjugué à l'annonce d'un important accord financier, constitue un atout majeur pour consolider sa position et affirmer sa capacité à gouverner sur la scène internationale.
Au-delà des considérations économiques, le Premier ministre hongrois poursuit également l'objectif de renforcer son rôle de médiateur dans les efforts visant à résoudre le conflit russo-ukrainien. Orbán a suggéré que Budapest pourrait accueillir un sommet entre Trump et le président russe Vladimir Poutine, une initiative controversée mais conforme à l'image qu'il a cultivée : celle d'un « négociateur pragmatique » prêt à s'opposer à la position commune de l'UE. Une source au sein d'une organisation hongroise de politique étrangère a déclaré : « Orbán souhaite que le président Trump vienne à Budapest avant l'élection. C'est sa priorité absolue. Ils aborderont la question du gaz russe, mais la principale préoccupation d'Orbán reste l'élection. » Partageant cet avis, Zsuzsanna Végh, analyste politique au German Marshall Fund, estime qu'une telle visite constituerait un « privilège politique majeur » de la part du président américain. Auparavant, Trump assistait rarement à des événements internationaux importants à Budapest. Cependant, de nombreux experts estiment que les chances de concrétisation de cette idée sont faibles, d'autant plus que Washington, sous la présidence de Trump, adopte une position plutôt ferme à l'égard de Moscou.
Globalement, cette visite aux États-Unis a permis au Premier ministre Viktor Orbán d'atteindre au moins trois objectifs : réaffirmer la relation privilégiée avec le président Donald Trump, susciter l'espoir d'une résolution des difficultés financières dans un contexte de gel continu de l'aide par l'UE, et renforcer l'image d'un dirigeant national fort, capable de guider la Hongrie face aux pressions extérieures.
Motifs de l'exception
La Hongrie a longtemps été perçue comme l'enfant rebelle de l'Union européenne, contestant fréquemment les politiques communes du bloc. Pourtant, sous la présidence de Donald Trump, Budapest a été traitée comme une exception, un partenaire toléré, voire favorisé. Dès lors, la question se pose : qu'est-ce qui pousse Washington à assouplir les sanctions et à renforcer sa coopération avec un allié européen difficile à contrôler ?

Premièrement, la Hongrie occupe une position géopolitique unique au sein de l'appareil de sécurité européen. Membre de l'Union européenne (UE) et de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN), elle entretient simultanément des liens étroits avec la Russie et la Chine, ce qui en fait un point d'appui stratégique dans la stratégie d'équilibre menée par les États-Unis. Du point de vue de Washington, maintenir la Hongrie dans la sphère d'influence occidentale, moyennant quelques concessions, demeure une option plus judicieuse que de rapprocher Budapest de Moscou ou de Pékin.
Deuxièmement, le président Trump entretient des relations personnelles et idéologiques étroites avec le Premier ministre Viktor Orbán. Les deux dirigeants partagent des opinions populistes, conservatrices et sceptiques à l'égard de la mondialisation. Aux yeux du président Trump, Orbán incarne le modèle de « forte souveraineté nationale » qu'il prône souvent. Par conséquent, le soutien apporté à la Hongrie relève non seulement de la diplomatie, mais aussi d'un message de politique intérieure, affirmant la position selon laquelle « l'Amérique peut choisir ses partenaires », sans être liée par la direction collective de l'UE ou de l'OTAN.
Troisièmement, la Hongrie présente un intérêt pratique indéniable en matière d'énergie et de sécurité régionales. Malgré les critiques concernant sa dépendance au pétrole et au gaz russes, Budapest contrôle une part importante du réseau de gazoducs d'Europe centrale, notamment le gazoduc TurkStream acheminant du gaz de la mer Noire et le gazoduc Druzhba en provenance directe de Russie. Face à l'augmentation des exportations américaines de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l'Europe, un accord avec la Hongrie permettrait non seulement d'accroître la part de marché des États-Unis dans le secteur de l'énergie, mais aussi d'affaiblir la position de la Russie sur ce marché. L'engagement de la Hongrie à acheter pour 600 millions de dollars de GNL représente une situation avantageuse pour les deux parties : Budapest bénéficie d'une exemption, tandis que Washington obtient des contrats supplémentaires et renforce son influence.
En définitive, les États-Unis doivent préserver leur influence au sein de l'UE, notamment auprès des pays prônant une certaine indépendance politique, tels que la Hongrie, la Slovaquie et la Serbie. Face à la polarisation croissante de l'Europe concernant sa position vis-à-vis de la Russie et de la Chine, privilégier la Hongrie permet à Washington d'éviter la formation d'un bloc européen stratégiquement autonome, détaché des intérêts américains. Si le Premier ministre Orbán peut être une figure controversée à Bruxelles, il constitue pour Washington un canal efficace pour comprendre et influencer les idéologies non conventionnelles au sein de l'UE. De manière générale, Washington comprend que, malgré sa petite taille, la Hongrie joue un rôle crucial dans le paysage géopolitique européen : à la fois membre des alliances occidentales et pont vers le monde eurasien, elle représente un partenaire précieux pour les États-Unis.


