Une Europe à plusieurs vitesses – ça ne va pas être facile !
(Baonghean) – Le sommet de printemps de l’Union européenne (UE) s’est conclu le week-end dernier à Bruxelles, en Belgique. Organisé dans un contexte de profondes divisions en Europe, ce sommet était censé insuffler un nouvel élan à l’unité et à la solidarité au sein du bloc. Cependant, la forte opposition de la Pologne et les inquiétudes de certains pays d’Europe de l’Est quant à l’idée d’une « Europe à plusieurs vitesses » révèlent clairement les difficultés majeures auxquelles l’Europe est confrontée.
Catégoriser les citoyens ?
Face aux divisions et conflits récents concernant la croissance, l'immigration et l'orientation du développement après le Brexit, les dirigeants européens aspirent plus que jamais à une maison commune unie et cohérente. En témoignent les discussions, où ils s'efforcent de combler les fossés et de trouver un terrain d'entente en s'appuyant sur leurs positions respectives.
L'idée d'une Europe « à plusieurs vitesses » a notamment été proposée par la Commission européenne dans son Livre blanc sur l'avenir de l'Europe. En expliquant ce concept, les dirigeants européens ont reconnu que les États membres de l'Union européenne éprouvent actuellement des difficultés à agir et à penser de manière concertée, et qu'un changement est indispensable. Parallèlement, le Brexit a également incité l'Europe à définir un nouveau cadre.
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| Une Europe unie et cohérente est le principal objectif des dirigeants de l'UE. Source : Telegraph |
Cette idée a toutefois suscité des réactions mitigées. Des pays européens de premier plan comme l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne ont tous exprimé leur soutien à cette proposition.
Lors d'un récent sommet informel à Versailles, en France, le président français François Hollande a souligné qu'il s'agissait d'« unité, et non d'uniformité », et a suggéré que certains États membres de l'UE pourraient aller plus vite et plus loin dans des domaines tels que la défense et les tarifs douaniers.
Par ailleurs, la chancelière allemande Angela Merkel a déclaré que l'Europe devait avoir le courage d'accepter que certains pays se développent plus rapidement que d'autres. Selon elle, c'est une nécessité dans le contexte actuel de mondialisation.
À l'inverse, certains pays d'Europe de l'Est, comme la Pologne et la Hongrie, nourrissent des inquiétudes. Ils craignent que le concept de « multivitesse » ne soit qu'une autre interprétation de la « classification des citoyens » et qu'ils soient marginalisés dans les plans de coopération au développement de l'Union.
Lors de la récente conférence, la Première ministre polonaise Beata Szydlo n'a pas hésité à exprimer son opposition à l'idée d'une Europe à plusieurs vitesses. Elle a également souligné que la Pologne était déterminée à ne pas accepter de mesures qui compromettent l'intégrité du marché unique, de l'espace Schengen et, surtout, de l'Union européenne elle-même.
Selon Beata, l'UE doit renforcer sa capacité d'auto-réforme. Outre la Pologne, la Slovaquie, la République tchèque et la Hongrie ont récemment appelé l'UE à traiter tous ses États membres sur un pied d'égalité.
Il est difficile de trouver un terrain d'entente.
Dans un effort pour rassurer tous les États membres, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a souligné lors d'une conférence de presse clôturant le sommet du week-end dernier que l'UE n'avait aucune intention de créer des divisions ou un nouveau « mur de fer » avec un scénario d'« Europe à plusieurs vitesses ».
M. Juncker a également souligné qu'une Europe à plusieurs vitesses existe depuis longtemps au sein de la zone euro et de l'espace Schengen. Selon lui, il s'agit de deux avancées majeures sur la voie de la coopération au sein de l'UE, mais tous les États membres n'y participent pas. Le président de la Commission européenne a toutefois reconnu que cette approche à plusieurs vitesses pourrait désavantager certains pays d'Europe de l'Est.
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| La Première ministre polonaise Beata Szydlo et les divergences de points de vue constituent actuellement l'une des principales préoccupations de l'UE. Source : Telegraph |
De plus, les analystes estiment que la nécessité d'aborder explicitement et publiquement cette question dans le « Livre blanc sur le développement » indique que le conflit entre croissance et développement constitue bel et bien un problème sérieux pour l'Union européenne.
Même une déclaration commune sur l'orientation future de l'UE, qui devrait être publiée à l'occasion du 60e anniversaire du traité instituant la Communauté européenne – l'ancêtre de l'Union européenne – qui se tiendra à Rome, en Italie, le 25 mars, devrait se heurter à de nombreux obstacles.
Les pays d'Europe de l'Est, et notamment la Pologne, exprimeront certainement à nouveau leur opposition, à l'image de leur récent refus de soutenir la réélection de Donald Tusk à la présidence du Conseil européen (CE).
De plus, les fissures et les divisions au sein de la stratégie « Europe à plusieurs vitesses » seront encore accentuées par la feuille de route du Brexit à venir.
Il est fort probable que la Première ministre britannique, Theresa May, déclenche l'article 50 du traité de Lisbonne dès la semaine prochaine, alors que l'UE n'est pas encore pleinement préparée. Par ailleurs, une série d'autres défis, tant nationaux qu'internationaux, tels que la montée du populisme dans les États membres et les relations avec des puissances majeures comme la Russie et les États-Unis, continueront de mettre à l'épreuve l'unité et la cohésion de l'Union européenne. La réalisation et le succès de l'idée d'une « Europe à plusieurs vitesses » restent une question de temps et de détermination de tous les États membres.
Khang Duy




