La « bataille » entre la Turquie et les pays méditerranéens.

Thuy Ngoc May 14, 2020 06:41

(Baonghean) – « L’alliance du mal » : tel est le récent critiquant acerbe lancé par le président turc Recep Tayyip Erdogan à l’encontre de cinq pays – l’Égypte, les Émirats arabes unis, la Grèce, la France et Chypre – après la publication d’une déclaration commune condamnant l’intervention turque en Libye. Mais derrière les arguments relatifs à la sécurité et à la stabilité en Libye se cachent des calculs stratégiques de part et d’autre en Méditerranée orientale, une zone considérée comme un véritable « échiquier énergétique ».

Les « tentacules » de la Turquie en Libye

Lors d'une récente conférence en ligne, cinq pays – l'Égypte, les Émirats arabes unis, la Grèce, la France et Chypre – ont publié une déclaration commune exprimant leur inquiétude face à l'escalade de la violence en Libye, tout en critiquant l'intervention militaire de la Turquie, qui, selon eux, déstabilise davantage le pays et menace la stabilité d'autres nations africaines voisines.

Cette déclaration conjointe a été publiée par les cinq pays suite aux récentes actions de la Turquie, notamment son soutien militaire au Gouvernement d'union nationale (GNA) reconnu par l'ONU et dirigé par le Premier ministre Fayez al-Sarraj, ainsi que son incapacité à empêcher l'afflux de combattants étrangers de Syrie vers la Libye. Les cinq pays ont accusé ces actions de violer l'embargo sur les armes imposé par l'ONU à la Libye, qui interdit à tout pays de fournir des armes à quelque faction que ce soit en Libye.

Các hành động của Thổ Nhĩ Kỳ trên vùng biển ở đông Địa Trung Hải bị các nước Ai Cập, Các Tiểu vương quốc Ả-rập Thống nhất, Hy Lạp, Pháp và Cộng hòa Síp chỉ trích. Ảnh: Armedia
Les actions de la Turquie en Méditerranée orientale ont été critiquées par l'Égypte, les Émirats arabes unis, la Grèce, la France et Chypre. (Photo : Armedia)

Depuis la chute du régime de Kadhafi en Libye en 2011, suite à la guerre civile, le paysage politique de ce pays d'Afrique du Nord s'est internationalisé. Des puissances étrangères soutiennent le Gouvernement d'union nationale (GNA) du Premier ministre Fayez al-Sarraj à Tripoli et le gouvernement du maréchal Khalifa Haftar dans l'est du pays. La Turquie, en particulier, a choisi de se ranger du côté du gouvernement de Fayez al-Sarraj, soucieuse de préserver les relations qu'elle avait tissées avec la Libye sous Kadhafi – des relations qui lui avaient procuré des avantages économiques et politiques.

Avant le déclenchement de la guerre en Libye, 25 % des travailleurs turcs dans les pays arabes étaient employés en Libye. Sous le régime de Kadhafi, les contrats turcs en Libye s'élevaient à 18 milliards de dollars. Si le maréchal Khalifa Haftar prend le contrôle de la Libye, la Turquie risque de perdre de nombreux contrats importants dans les secteurs de la construction, des infrastructures et des services.

De plus, la présence de nombreuses personnalités musulmanes au sein du gouvernement d'union nationale libyen constitue un atout pour Erdogan, lui permettant de maintenir son influence dans ce pays qui possède les plus importantes ressources pétrolières et gazières d'Afrique.

Một cơ sở lọc dầu tại thị trấn al-Buraqah, Libya. Ảnh: AFP/TTXVN
Une raffinerie de pétrole dans la ville d'al-Buraqah, en Libye. Photo : AFP/VNA

En 2018, la Libye représentait 1,1 % de la production mondiale de pétrole. En 2019, sa production de pétrole brut a atteint son plus haut niveau en sept ans, s'établissant à 1,15 million de barils par jour, soit 2,8 % de la production mondiale. Avec une population peu nombreuse, la Libye exporte la majeure partie de sa production de pétrole et de gaz, ce qui en fait un complément idéal pour l'économie turque, la 19e mondiale, mais pauvre en ressources énergétiques.

Nombreux sont ceux qui comparent la protection accordée par la Turquie au gouvernement d'union nationale (GNA) du Premier ministre Fayez al-Sarraj à celle apportée par la Russie au régime du président syrien Bachar al-Assad. C'est grâce au soutien de véhicules blindés et de drones turcs que le GNA a pu conserver Tripoli et résister aux offensives massives lancées l'an dernier par le gouvernement de l'est du maréchal Khalifa Haftar.

Cependant, la stratégie de la Turquie en Libye a attiré l'attention des pays de la région car elle lui sert de tremplin pour étendre son influence à une zone plus vaste, notamment à la Méditerranée orientale, particulièrement importante – un « échiquier énergétique » reliant le Moyen-Orient, l'Afrique et l'Europe.

Việc hỗ trợ quân sự cho Chính phủ đoàn kết dân tộc ở Libya có ý nghĩa chiến lược với Thổ Nhĩ Kỳ. Ảnh: Getty
Fournir un soutien militaire au Gouvernement d'union nationale en Libye est d'une importance stratégique pour la Turquie. Photo : Getty

...à la guerre énergétique en mer

Dans une déclaration conjointe de l'Égypte, des Émirats arabes unis, de la Grèce, de la France et de Chypre, la Turquie a été critiquée non seulement pour avoir violé l'embargo de l'ONU sur les armes imposé à la Libye, mais aussi pour des actions qui aggravent les tensions en Méditerranée orientale, telles que la conduite d'explorations pétrolières controversées dans les eaux chypriotes et le survol de l'espace aérien grec par des avions.

Toutefois, la Turquie invoque l'accord de sécurité et économique signé entre le président turc Erdogan et le Premier ministre Fayez al-Sarraj pour justifier ses actions. Aux termes de cet accord, le Gouvernement d'union nationale libyen recevrait du matériel militaire et des armes de la part de la Turquie. En contrepartie, la Turquie coopérerait avec la Libye pour protéger ses intérêts dans les eaux côtières libyennes situées en Méditerranée orientale.

La Turquie rejette les accusations de l'Égypte, des Émirats arabes unis, de la Grèce, de la France et de Chypre, les considérant comme un acte portant atteinte à la démocratie libyenne, la Libye ayant le droit de signer des accords bilatéraux comportant des droits et des obligations conformes au droit international.

La Turquie a contre-attaqué en accusant la Grèce et Chypre d'éviter un dialogue de bonne foi avec elle, a accusé les Émirats arabes unis de rejoindre une « alliance impie » en raison de leur animosité de longue date envers la Turquie, et a accusé la France de chercher à déstabiliser le pays pour consolider son rôle de protecteur dans le monde musulman.

Thổ Nhĩ Kỳ gọi 5 nước Ai Cập, Các Tiểu vương quốc Ả-rập Thống nhất, Hy Lạp, Pháp và Cộng hòa Síp là “liên minh ma quỷ”. Ảnh: AP
La Turquie a qualifié l'Égypte, les Émirats arabes unis, la Grèce, la France et Chypre d'« union du mal ». Photo : AP

D'après les analystes, les récentes tensions entre la Turquie et cinq pays de la région révèlent les calculs stratégiques des acteurs en Méditerranée orientale. Les vastes réserves de gaz de la région alimentent abondamment les installations d'extraction égyptiennes et israéliennes. La Grèce et Chypre ont récemment conclu des accords avec l'Égypte et Israël concernant l'exploration gazière dans la zone.

En outre, en janvier 2020, la Grèce, Chypre et Israël ont signé un accord pour la construction du gazoduc sous-marin East-Med de 1 900 km destiné à transporter le gaz naturel des gisements gaziers de la Méditerranée orientale à travers la Grèce, Chypre, l’Italie et vers d’autres pays européens.

Ce projet, dont l'achèvement est prévu pour 2025, permettra de transporter 10 milliards de mètres cubes de marchandises.3Le gaz naturel représente chaque année une source majeure de revenus pour l'Europe et est perçu comme une bouée de sauvetage pour réduire sa dépendance au gaz russe. C'est pourquoi la bataille énergétique qui se joue en Méditerranée captive l'attention des nations européennes, sous l'impulsion de la France.

Khu vực biển mà Lybia và Thổ Nhĩ Kỳ cùng bảo vệ theo thỏa thuận ký kết tháng 11/2019. Ảnh: Forbes
Il s'agit de la zone maritime que la Libye et la Turquie protègent conjointement en vertu d'un accord signé en novembre 2019. Photo : Forbes

Parallèlement, grâce à l'accord de sécurité et économique signé avec le gouvernement libyen, la Turquie entend s'arroger le droit de bloquer tout projet énergétique en Méditerranée orientale sans son consentement – ​​un pouvoir considérable qui lui permettrait d'accroître son influence économique et politique dans la région.

Suite à une déclaration conjointe de l'Égypte, des Émirats arabes unis, de la Grèce, de la France et de Chypre, la Turquie a appelé ces pays à résoudre la question par le dialogue et le respect du droit et des normes internationales. Que ce dialogue ait lieu ou non, ces événements démontrent une fois de plus que, près de dix ans après le Printemps arabe, la Libye reste prise dans les machinations de forces extérieures et que le véritable « printemps » qu'elle attend demeure un lointain espoir.

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