La nouvelle présidente irlandaise, Catherine Connolly : un symbole de tolérance.
La victoire éclatante de Catherine Connolly à l'élection présidentielle irlandaise de 2025 a fait d'elle la troisième femme présidente de l'histoire du pays. Avec 63 % des voix, elle a accompli un exploit personnel, tout en incarnant les aspirations au changement de la classe ouvrière irlandaise, qui la considère toujours comme un symbole de tolérance.
Le voyage de la compassion
Née à Galway, ville portuaire de l'ouest de l'Irlande, Catherine Connolly a grandi dans un foyer communautaire avec treize frères et sœurs. Elle a confié que son souvenir d'enfance le plus marquant n'était pas la pauvreté, mais « le sentiment d'appartenir à une communauté qui n'abandonnait jamais personne ». À neuf ans, elle perd sa mère et son père doit travailler sans relâche dans un chantier naval pour subvenir aux besoins de ses jeunes enfants. Dans ces conditions, Catherine comprend très tôt que la survie exigeait non seulement de la volonté, mais aussi de la compassion – des qualités qui deviendront plus tard les principes directeurs de sa carrière politique.

Après avoir obtenu une licence en psychologie clinique puis un diplôme de droit, Catherine Connolly a exercé pendant de nombreuses années comme avocate, défendant des personnes vulnérables dans des litiges liés au logement et au travail. Ses années à Galway lui ont permis de constater de près le fossé grandissant entre riches et pauvres – une injustice que le système de protection sociale irlandais n'a toujours pas réussi à corriger. En 1999, Catherine Connolly est entrée en politique en étant élue conseillère municipale de Galway sous l'étiquette du Parti travailliste. Cinq ans plus tard seulement, elle est devenue la première femme maire de la ville – la première issue d'un milieu ouvrier à occuper ce poste. Mais alors que le Parti travailliste se centrisait progressivement, soutenant notamment les coupes budgétaires, elle a quitté le parti en 2007 pour se lancer en politique indépendante – une décision audacieuse à l'époque. Aux yeux de ses collègues, derrière l'apparence douce et compatissante d'une femme, Catherine Connolly est une femme politique très déterminée. Elle fait rarement des compromis sur ce qu'elle considère comme injuste, et « elle risque de perdre des voix, mais elle ne renoncera jamais à ses principes ». C’est cette constance qui a permis à Connolly de se forger progressivement l’image d’un homme politique proche du peuple, un homme prêt à se tenir dans la rue et à écouter les sans-abri parler de leur dernier repas de la journée, au lieu de se contenter de prononcer des discours dans des auditoriums.
En 2016, Catherine Connolly a remporté un siège de députée dans la circonscription de Galway Ouest en tant que candidate indépendante. Réélue à plusieurs reprises, elle a été élue vice-présidente de la Chambre des communes en 2020, devenant ainsi la première femme de l'histoire à occuper ce poste. Lors de la campagne présidentielle de 2025, Catherine Connolly n'était pas considérée comme une candidate de poids, son adversaire étant l'ancienne ministre Heather Humphreys, soutenue par le parti de centre-droit Fine Gael. Pourtant, Catherine Connolly a su déjouer les pronostics. Elle a sillonné les petites villes, organisant des réunions publiques et abordant des sujets qui touchaient les électeurs, tels que le logement, le coût de la vie, la paix et le droit à la parole. Les médias irlandais ont qualifié sa campagne de « campagne de confiance », au cours de laquelle cette femme de 68 ans, sans appareil politique important, a conquis le cœur de millions d'Irlandais par sa sincérité. Lorsque les résultats furent annoncés au château de Dublin, Catherine Connolly s'avança devant la foule, un doux sourire aux lèvres, et promit d'être une présidente tolérante, une voix pour la paix et une défenseure de la tradition de neutralité de l'Irlande.

Leprudence européenne
Si la victoire de Catherine Connolly a été inattendue, son style sur la scène internationale l'a été encore plus. Contrairement à la plupart des dirigeants européens qui s'efforcent de projeter une image de consensus en matière de défense et de politique étrangère, Mme Connolly a opté pour une approche différente : elle ne croit pas aux solutions militaires et n'hésite pas à critiquer l'UE pour son éloignement des valeurs des Lumières. Au cœur des débats européens sur l'aide militaire, les responsabilités au sein de l'OTAN et les positions sur des conflits comme celui d'Ukraine et d'Israël-Palestine, Catherine Connolly se distingue par son indépendance – une voix si directe qu'elle suscite la controverse. Elle a ouvertement condamné les actions d'Israël à Gaza, critiqué la « militarisation » de l'Union européenne depuis le conflit russo-ukrainien et a même affirmé que l'UE « perd son âme » en privilégiant l'augmentation des dépenses militaires au détriment du dialogue et du bien-être social. Elle a également comparé la tendance actuelle en matière d'armement à celle de l'Europe des années 1930 – une comparaison que Bruxelles a jugée « déplaisante ». Néanmoins, les diplomates européens ont dû reconnaître que les déclarations sans détour de Catherine Connolly abordaient la question la plus épineuse à laquelle l'UE est confrontée aujourd'hui : la nécessité de renforcer la défense commune et la neutralité de certaines nations comme l'Irlande, l'Autriche et Malte.

À Bruxelles, la victoire de Catherine Connolly a donc suscité une réaction mitigée. D'une part, les responsables européens l'ont publiquement félicitée et ont salué les « solides traditions démocratiques de l'Irlande ». D'autre part, en interne, des décideurs ont exprimé leur inquiétude quant à l'impact que les déclarations de la nouvelle présidente pourraient avoir sur l'image d'unité de l'UE, notamment dans le cadre de la préparation d'un plan de défense commun pour la période 2026-2030. Un responsable européen a indiqué que l'Irlande demeure un membre important de l'Union, mais que si Catherine Connolly persiste à critiquer publiquement les programmes de militarisation de l'Europe, l'UE devra trouver des moyens de maintenir un message cohérent au niveau européen. De fait, immédiatement après l'élection de Catherine Connolly, la Commission européenne lui a adressé ses félicitations officielles, tout en soulignant que l'UE « respecte la neutralité de l'Irlande tout en continuant d'encourager tous les États membres à contribuer à la sécurité collective ». Cette approche diplomatique témoigne du délicat équilibre que Bruxelles s'efforce de préserver. Bien que, durant son mandat de sept ans, Catherine Connolly n'intervienne pas directement dans la politique étrangère irlandaise, l'histoire politique du pays montre que les présidents exercent une influence considérable sur l'opinion publique et les convictions des électeurs, qui déterminent les élections suivantes. Forte de son prestige, elle pourrait encourager le soutien à une Irlande plus indépendante en matière de politique étrangère, tout en réaffirmant l'importance des valeurs humanitaires dans la politique européenne. De fait, la franchise de Catherine Connolly pourrait inquiéter les diplomates européens, mais elle renforce, sur le plan intérieur, son image de « gardienne de la neutralité irlandaise ». Durant sa campagne, elle a réaffirmé son engagement à défendre le principe selon lequel l'armée irlandaise ne peut participer à des missions internationales qu'avec l'approbation des Nations Unies, du gouvernement et du Parlement. Elle a également appelé à un référendum si le gouvernement souhaitait modifier ce principe, une initiative perçue comme une remise en cause directe de la position pro-européenne de l'Irlande. Ces positions ont permis à Catherine Connolly de séduire les jeunes électeurs qui avaient perdu confiance dans les partis traditionnels.
On pourrait dire que, dans le monde calculateur de la politique, la franchise et la tolérance de la nouvelle présidente irlandaise sont une denrée rare. Si l'avenir peut limiter le rôle d'une présidente essentiellement honorifique, Catherine Connolly apporte néanmoins à l'Irlande ce que toute nation désire : la conviction que la politique peut encore reposer sur la compassion.


