« Des lois de mauvaise qualité constituent un terreau fertile pour la corruption. »
Selon le Dr Nguyen Sy Dung, des lois de mauvaise qualité rendront la vie extrêmement difficile et créeront un terrain fertile pour la corruption.
Dans son discours d'investiture à l'Assemblée nationale, le Premier ministre Nguyen Xuan Phuc a insisté à plusieurs reprises sur le principe de l'État de droit. Citant le roi Le Thanh Tong, qui a posé les fondements du système juridique vietnamien : « La loi est la règle générale de l'État ; nous devons tous la respecter », et reprenant les paroles du dirigeant Nguyen Ai Quoc écrites en 1919 : « Sept exigences pour la promulgation de la Constitution / Cent articles doivent avoir la force de loi divine », le Premier ministre a affirmé et s'est engagé : « Ce principe demeure d'actualité. Le gouvernement gouverne la société par le droit et, dans le même temps, il doit le respecter scrupuleusement. Nous devons défendre l'esprit de l'État de droit, renforcer la discipline et l'ordre… En cas de violation, quelle qu'en soit la gravité, les responsabilités doivent être établies et des sanctions sévères appliquées. »
Dans son discours d'investiture, le chef du pouvoir judiciaire, le juge en chef de la Cour suprême populaire Nguyen Hoa Binh, s'est également engagé à travailler avec l'équipe dirigeante de la Cour suprême populaire pour construire un système judiciaire propre et honnête, avec une équipe de juges compétents dans leur profession, versés en droit, impartiaux et courageux dans le prononcé de jugements qui respectent l'état de droit, soient stricts et justes.
Le slogan « Vivre et travailler conformément à la Constitution et à la loi » est bien connu du public. Mais quelles sont les conditions nécessaires pour que l'esprit de l'État de droit ne reste pas un simple slogan ? Un journaliste de VOV a interrogé le Dr Nguyen Si Dung, ancien chef adjoint du Bureau de l'Assemblée nationale, à ce sujet.
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| Le Dr Nguyen Sy Dung (à l'extrême droite sur la photo) dans le studio de VOV. |
PV :Selon lui, comment faut-il comprendre « l’état de droit » ?
Dr Nguyen Sy Dung :L’état de droit signifie que rien ne peut outrepasser la loi, que les citoyens doivent la respecter, que les fonctionnaires et l’État doivent la respecter, et que nul ne peut se placer au-dessus des lois.
PV :Certains affirment que l'état de droit implique que chaque membre de la société doit s'y conformer et que le recours à la loi est le critère principal pour résoudre les problèmes sociaux et les difficultés de la vie quotidienne. Selon vous, ce point de vue est-il correct d'un point de vue à la fois théorique et pratique ?
Dr Nguyen Sy Dung :Je crois que notre peuple le comprend assez bien. La première chose que chacun comprend, c'est qu'il faut respecter la loi. Une compréhension plus profonde est que non seulement les citoyens, mais aussi l'État et les fonctionnaires doivent la respecter. Cette insistance est primordiale car, dans les faits, les citoyens n'ont aucun pouvoir, tandis que les fonctionnaires en détiennent un grand. C'est pourquoi le peuple insiste sur le fait que les fonctionnaires doivent eux aussi respecter la loi ; c'est plus important et plus difficile à faire respecter.
Ce qui me passionne le plus, c'est l'idée que les lois doivent être bonnes, voire parfaites. Les lois qui contraignent les citoyens à s'y conformer doivent tendre vers la justice. Toutefois, si une loi accorde à certains des droits dont d'autres sont privés, créant ainsi une injustice, alors il sera difficile pour les citoyens de la respecter à long terme, car elle ne garantit pas la justice.
Concernant la fonction du droit, permettez-moi d'ajouter un point : on dit souvent que le droit régule les comportements et garantit l'ordre, ce qui est tout à fait vrai. Cependant, la fonction la plus importante du droit dans une société civilisée régie par l'État de droit est de fournir des normes permettant une coexistence harmonieuse et prospère. Autrement dit, la capacité des différentes couches sociales à coexister harmonieusement dans un cadre défini, sans conflit, et à créer les conditions de leur développement : voilà la fonction essentielle du droit.
L'activité législative qui consiste à créer des lois à l'infini est subjective. Si l'on se concentre sur la résolution des problèmes concrets et la définition de normes pour réguler les comportements, on obtient une approche pragmatique de l'élaboration des lois, qui n'engendrera pas une jungle de lois auxquelles chacun devra se conformer indéfiniment.
PV :Étant donné les cas où les gens se font justice eux-mêmes, sans recourir à des moyens légaux, cela pourrait-il être le signe de problèmes au sein du système judiciaire, monsieur ?
Dr Nguyen Sy Dung :L'absence de justice garantie peut engendrer de nombreux problèmes. Par ailleurs, se pose la question de l'application de la loi. Face à l'inaction répétée des autorités, les citoyens sont contraints d'agir pour rétablir l'ordre. Ce comportement constitue un abus de pouvoir et témoigne de l'incapacité du gouvernement à faire respecter la loi, forçant ainsi les citoyens à se faire justice eux-mêmes.
La troisième raison tient au respect de la loi par la population. Se faire justice soi-même viole les principes fondamentaux du droit : seuls ceux qui en ont le droit devraient pouvoir agir. Si les gens agissent à leur guise sans y être autorisés, cela conduit au chaos. Un tel comportement engendre l’anarchie et le désordre.
L'enjeu principal est de s'attaquer à ces trois causes : premièrement, le système juridique doit garantir la justice ; deuxièmement, la capacité du gouvernement à faire appliquer la loi doit être effective ; et troisièmement, la sensibilisation et la compréhension du droit par le public doivent être améliorées.
PVLa Constitution affirme que tous sont égaux devant la loi. Pourtant, une série d'incidents récents, comme l'absence de poursuites contre les dirigeants de Vinaconex pour des pertes s'élevant à plus de 13 400 milliards de VND, le cas de deux mineurs condamnés à la prison pour avoir volé un pain d'une valeur de 45 000 VND sous l'effet de la faim, et plusieurs affaires présentant des signes d'erreurs judiciaires… démontrent que la primauté du droit, bien qu'apparemment un principe, n'est pas toujours aussi simple qu'il y paraît, car elle dépend trop de la volonté de ceux qui sont chargés de son application. Ces incidents rendent difficile pour le public de croire à l'égalité de tous devant la loi. Qu'en pensez-vous ?
Dr Nguyen Sy Dung :Si la loi est appliquée de manière aussi inégale, il est difficile pour le peuple d'y croire. Par exemple, si une personne ayant commis un crime est exemptée de poursuites, il est clair que la loi est appliquée de façon inacceptable. Lorsqu'un crime est commis, la responsabilité pénale doit être engagée. Par exemple, si deux garçons volent du pain d'une valeur de 45 000 VND, tandis que vous avez commis un délit causant des dizaines de milliards de VND de dommages, et que vous êtes pourtant exempté, c'est totalement inacceptable et cela révèle une absence d'égalité devant la loi.
Un autre problème se pose : condamner ces deux garçons à la prison ne rend pas justice car, pour un tel crime, une punition aussi sévère est contraire à la raison et à la conscience.
J'ai lu un jour dans un journal qu'un juge étranger avait déclaré que voler du pain par faim n'était pas un crime. Bien sûr, cela pourrait en être un, mais la déclaration du juge était peut-être plus juste.
Si nous appliquons la loi sans nous soucier de la justice, comment le peuple pourra-t-il nous soutenir ?
Le fait de ne pas poursuivre les dirigeants de Vinaconex viole les principes juridiques, car les infractions commises pour la première fois ou un bon passé personnel ne sont que des facteurs atténuants et non des motifs d'exemption de poursuites pénales.
Il est clair que lorsque la loi est déformée, il est très difficile pour les citoyens de faire confiance au système judiciaire. Si la loi est appliquée de cette manière, le mécontentement du public sera immense. Pour que la loi soit respectée et valorisée, elle doit être appliquée équitablement.
PV :Nous avons la Journée du droit et un vaste système juridique, mais la primauté du droit semble rester un simple slogan. Selon vous, comment la primauté du droit peut-elle devenir une conviction profonde, une culture et une habitude ancrée dans le quotidien de tous les Vietnamiens ?
Dr Nguyen Sy Dung :Avant toute chose, le processus législatif doit viser à ce que la loi soit juste. Les lois doivent être humaines, garantir la justice et promouvoir l'harmonie sociale. Avoir de nombreuses lois n'est pas forcément une bonne chose, car des lois de mauvaise qualité peuvent rendre la vie extrêmement difficile et favoriser la corruption.
Deuxièmement, faire respecter la loi garantit que le respect du droit est un principe fondamental. Troisièmement, la loi doit être appliquée équitablement. Quatrièmement, il est essentiel d'éduquer la population sur l'importance du respect de la loi, afin qu'elle comprenne que ce respect est avant tout dans son propre intérêt, pour le maintien de l'ordre public et pour le bien de la société.
Selon VOV
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